4ème édition du salon de la musique guinéenne : Fodeba Isto Keïra annonce les couleurs

article mise à jour : 20 décembre 2012

Agenda

20 déc

4ème édition du salon de la musique guinéenne

Centre culturel franco-guinéen

Du 20 décembre 2012 09:00 au 21 décembre 2012 15:00

Après un vif succès des trois premières éditions du Salon de la Musique, Mass production et le BEMA présente la 4ème édition. Ces structures s’attellent à tout mettre en œuvre pour que cette nouvelle édition 2012 soit une fabuleuse fête pour tous les amoureux de la musique. Du 20 au 21 décembre 2012 au CCFG, la musique guinéenne tout entière sera présente, dans sa diversité, dans toutes ses dimensions. La rédaction de Guinée Culture a rencontré le président du Bureau Export de la Musique Africaine et Manager général de Mass production, Fodeba Isto Keïra. Dans cette interview qu’il nous a accordée, il annonce les couleurs de l’événement. Lisez !

Bonjour M. Isto Keïra, nous sommes à la vieille de la 4ème édition du salon de la musique guinéenne, pouvez-vous nous annoncer les couleurs de cet événement ?

Le salon de la musique est une initiative de l’agence de la promotion artistique et culturelle Mass production en collaboration avec le Bureau export de la musique africaine (BEMA), qui est une structure panafricaine, que j’ai l’honneur de présider depuis 2007. Ce salon n’est autre que la création d’un espace de rencontre, de dialogue, de présentation, d’exposition des œuvres musicales, phonographiques des instruments de musique traditionnelle, afin de permettre aux intervenants de la culture (Journalistes culturels, animateurs, promoteurs, maisons de production, agences de spectacles, artistes…) de pouvoir se rencontrer et discuter des problèmes de la musique.

Un autre volet important, est celui de la dimension de réflexion. Dans le salon de la musique, nous organisons des sessions de formation, et c’est qui fait qu’à chaque fois que nous organisons un salon, nous mettons un accent sur trois composantes majeures : la formation, l’exposition et le spectacle.

La 1ère édition du salon de la musique a eu lieu en 2009 a eu pour thème l’encyclopédie de la musique guinéenne, une manière pour nous d’exposer la musique guinéenne de 1958 à 1984. La 2ème édition avait pour thème : la corrélation entre la musique et les nouvelles technologies de l’information. De nos jours, l’internet est entré dans le monde de la musique, notamment par les téléchargements. Donc il fallait que nous initiions cela.

La 3ème édition, c’était l’année dernière, le rôle de la culture dans la démocratie était au cœur des débats. Nous avons pensé qu’il était utile que nous ressortions l’importance des artistes dans le véhicule des messages de fraternité pour éviter l’ethnocentrisme dans notre pays.

Cette quatrième édition prévue les 20 et 21 décembre, au centre culturel Franco-guinéen aura pour thème central : Quel avenir pour la musique guinéenne, la musique guinéenne et les sonorités étrangères, quelles incidences  ? Un Thème qui sera développé par Jean-Baptiste Williams qui est le directeur national de la culture. Il y aura également des sous-thèmes dont entre autres : Droits et devoirs des artistes, qui sera développé par la direction générale du Bureau Guinéen des Droits d’Auteur (BGDA). A cela s’ajoute le sous-thème axé sur la place et le rôle du manager dans la carrière de l’artiste. Ce sous-thème sera développé par Mohamed Amirou Conté qui est le directeur de l’agence Festi Kaloum.

La structure Mass production organise-t-elle ce salon avec d’autres agences de production de la place ?

Oui, nous travaillons avec toutes les maisons de production qui œuvrent en Guinée. C’est le lieu pour moi de remercier Meurs Libre Prod qui évolue dans la musique urbaine, Contact Evolution, Benedi Records, Team production, qui font de la production mais pas de l’organisation des spectacles. Ce sont les productions discographiques qu’il faut exposer. On ne peut faire venir un diffuseur de spectacles pour exposer quelque chose qu’il n’a pas fait. Les maisons de production telles que CDS, Emascif, Syllart Production, participent à ce salon. Il en est de même pour la direction du musée national qui fera une exposition ethnographique des instruments de musique, la direction générale de bibliothèque nationale présentera toute la régie syliphone, ce sont les premières productions discographiques sous la 1ère République jusqu’en 1984. Les archives de la RTG participent depuis la 1ère édition. Nous allons d’innovation en innovation dans l’optique de renforcer les capacités des acteurs culturels.

Vous savez de nos jours, notre culture et notre musique sont envahies par une certaine inondation de sonorités étrangères, et si on ne fait pas attention, notre musique a tendance à disparaitre. On mondialise tout sauf la culture. Si nous mondialisons à 100% notre culture, c’est que nous prostituons. Je dirais qu’il faut être ouvert aux autres cultures, en faisant des emprunts, mais il ne faudrait pas noyer notre culture d’où cette métaphore, nos artistes doivent avoir les pieds dans la tradition et la tête dans la modernité.

Pour vous répondre, toutes les maisons de production sont associées à ce salon. Les radios et télévisions publiques et privées, la presse en ligne, celle écrite participent aussi pour que nous menions un combat commun, qui est une lutte pour la culture et la musique guinéenne. Il faudrait faire en sorte que le problème d’exportation de la musique guinéenne soit résolu. Cela ne peut se faire qu’à travers une synergie d’actions. Ce salon est une occasion pour la presse culturelle de venir voir à la source et s’outiller d’éléments culturels.

Vous êtes le président du BEMA, est-ce que la musique guinéenne est vraiment écoutée à l’étranger ?

Notre musique sur le plan structurel traverse des moments difficiles. Depuis la création du BEMA en 2007, nous avons concocté 4 compilations. Dans chacune de ces compilations, il y a eu la participation des artistes guinéens. Dans la 1ère compilation, Djeli Kany Fanta a représenté notre pays, dans la 2ème Aminata kamissoko, dans la 3ème Banlieuzarts et Degg J Force 3, nous estimons qu’il faut faire un clin d’œil à toutes les tendances, la musique urbaine ne doit pas être en reste. La 4ème compilation sera présentée à la presse au cours du salon au CCFG. Nous ferons une large diffusion de cette compil en janvier 2013. L’artiste Ibrahima Sory Kandia Kouyaté alias ‘’Petit Kandia’’ à juste titre a été choisi par le jury international comme l’artiste qui devait être présent sur cette compil.

Le problème d’exportation de la musique guinéenne se situe au niveau du manque de formation et du manque de structure de management autour des artistes guinéens. C’est pour cette raison que nous avons mis dans le programme de formation le rôle et la place du manager dans la carrière de l’artiste. Ce n’est pas l’artiste qui doit se vendre, ce sont des gens qui appartiennent à une structure de management, qui ont la formation dans ce cadre qui doivent être à cheval pour la commercialisation, la présentation, et la promotion de l’artiste. Si nous avons des problèmes, c’est à ce niveau. Nous n’avons pas plus de 3 operateurs culturels qui ont la formation dans ce domaine, mais qui brillent par un certain amateurisme. C’est pourquoi, il est important que la presse nationale et les acteurs culturels (promoteurs et producteurs de spectacles) se ressaisissent afin qu’ensemble nous puisons faire de sorte que la formation que nous donnons qu’il y ait une large mobilisation de cette couche pour venir écouter. On ne peut pas être dans le casting des grandes nations culturelles si nous avons une presse qui ne sait de quoi elle va parler.

Ecouter nos radios aujourd’hui, vous n’allez pas vous reconnaître en Guinée, le quota n’est pas respecté. Il y a plus de musique étrangère que guinéenne.

Selon vous, à qui faut-il imputer la faute ?

C’est vrai que l’Etat a sa part de responsabilité, car il doit mettre en place une politique nationale culturelle. Celle qui existe aujourd’hui est caduque, elle date de septembre 1999. Il faut rapidement l’adapter.

Il n’y a pas d’investissements en matière de culture, on ne met rien à la disposition du ministère de la culture et du patrimoine historique.
Les directeurs des radios aussi en tant que guinéen doivent comprendre que si l’on parle de Youssou N’dour, Alpha Blondy, ou de d’autres artistes, c’est qu’il y a eu Feu Sory Kandia Kouyaté 1er disque d’or africain décerné par Charles Cros en 1970, les ballets africains, le Bembeya Jazz, Aboubacar Demba, Kèlètigui Traoré et ses Tambourinis. Tous ces chanteurs ont servi de modèle pour ces icones aujourd’hui de la culture africaine.

Lorsque vous parlez avec Salif Keita, il vous dira avoir aimé la culture guinéenne parce qu’il y avait ces artistes cités ci-haut. Cela nous interpelle tous.

On dit souvent que l’histoire ce sont les faits. Le feu président Ahmed Sékou Touré avait opté pour une politique culturelle agressive était un bon africain et bon guinéen. En 1958, le président Ghanéen Kwame Nkrumah a embarqué des musiciens de Mensa qui est le père de High life, la musique ghanéenne. Ces musiciens ont joué l’authenticité de la musique ghanéenne. Malheureusement, à cette époque les musiciens guinéens avaient une influence coloniale. Ils jouaient les répertoires des chanteurs européens. C’est après cela que le président Sékou Touré a décidé de créer au niveau de chaque préfecture des orchestres préfectoraux (fédéraux à l’époque, ndlr). C’est qui a fait qu’il a eu un bouillonnement pour la grande offensive de la Guinée sur le plan culturel et artistique.

Et malheureusement aujourd’hui cette culture n’est pas trop ‘’présente’’ sur la scène internationale…

Elle est d’abord absente à l’intérieur, comment être présente à l’extérieur, D’où la problématique de la musique guinéenne, et de se demander quel avenir pour cette musique ?

Nous interpellons les medias, les operateurs culturels, l’Etat représenté par le ministère de la culture et du patrimoine historique, afin de se procurer pendant ces deux jours de discussions un document qui va servir éventuellement de feuille de route pour l’actuel ministre de la culture comme plaidoyer en faveur de la culture nationale.

Après 48 heures de réflexion, de débats, il faut se relaxer. L’apothéose, le 21 décembre, Petit kandia sera en spectacle gratuit pendant 2 heures non-stop. Je précise que la rentrée est gratuite, mais sur invitation.

Le dernier mot de l’entretien

Je salue votre professionnalisme. Il est rare de voir des journalistes proactifs à la recherche de l’information. Je voudrais vous dire que nous sommes entièrement à votre disposition. Lorsqu’il s’agira de la culture, nous sommes prêts à échanger avec vous.

Merci de nous avoir reçus chez vous

C’est à moi de vous remercier !

Interview réalisée par Ciré BALDE