4ième salon de la musique guinéenne : l’exposé de ‘’Jeannot’’ fait couler des larmes aux anciens

article mise à jour : 22 décembre 2012
Le 4ième salon de la musique guinéenne est entré de plein pied dans l’exécution de son programme. Le premier sous-thème intitulé ‘’ la musique guinéenne et d’autres sonorités. Quelle incidence’’ ? a été exposé par Jean Baptiste Williams. De la période coloniale à la deuxième République en passant par le régime de feu Ahmed Sékou Touré, le conférencier est revenu sur toutes les étapes qui ont marqué l’évolution de la musique guinéenne. Avant de laisser la place à la réaction du public.
La musique guinéenne a un passé glorieux, soutient Jean Baptiste Williams. Trois étapes fondamentales ont marqué cette évolution souligne-t-il. Entre les deux guerres mondiales notamment les années 1920-1930, la musique guinéenne a été fortement influencée par les sonorités étrangères. Néanmoins, les artistes ont vite réussi à s’adapter : « Du Bango à la guitare, le pas est vite atteint » affirme le conférencier. Après l’indépendance, une nouvelle ère va s’ouvrir pour la musique guinéenne. Désormais, l’heure n’est plus à l’interprétation de la création des autres. Plutôt à la création d’une identité propre à la Guinée. Le folklore de chez nous est chanté par les artistes. Quelques années de pratique, de grands ensembles, de grands orchestres apparaissent sur la scène, pilotés par de grandes vedettes. Les précurseurs ont fait une tournée nationale au cours de laquelle, ils ont déniché des talents dans chaque région. Ces artistes appelés ‘’les musiciens du devoir’’ ont fait la fierté nationale et ont eu le mérite d’unir le peuple autour d’un idéal. L’ensemble instrumental et choral national sont créés dans ces conditions. Désormais, l’identité de la musique guinéenne est obtenue. C’est le tour de la Guinée d’exporter et d’influencer les autres. Le groupe Bembeya Jazz national va se produire aussi bien sur le plan national et international et le groupe aligne des succès éclatants. Le deuxième régime prône le libéralisme. La musique n’est pas en reste. Depuis, plusieurs ensembles ont tendance à disparaitre. Néanmoins, une vague d’artistes arrivent sur la scène. Parmi eux, Ibro Diabaté, Lamah Sidibé, Fodé Baro. Cette fois-ci l’influence de la Guinée diminue au fil des années. Plus grave, les musiciens guinéens se laissent influencer par la création des autres. Dans son exposé, Jean Baptiste Williams, revenait souvent sur des extraits des chansons qui ont fait des merveilles. Des chansons que le public reprenait en chœur. Les anciens à l’image d’ Ismaël Condé professeur à la retraite ont versé des larmes. Réaction du public : passages choisis Les larmes de Ansoumane Bangoura : « c’est très douloureux pour moi d’évoquer les premiers jours du deuxième régime. Quand ils sont arrivés, ils ont fait deux choses : ils nous ont pris notre mémoire qu’ils l’ont confisquée à travers les archives, et ils nous ont interdit de jouer notre musique. Si fait que, deux semaines après, des professeurs de l’Université de Dakar, ont pris leur avion et sont venus ( j’étais le Directeur de cabinet du ministre de l’Information et de la Culture) prendre les pieds du Capitaine Mohamed Lamine Traoré qui était ministre de l’Information et de la Culture. Ils disent exactement ceci : « ne faites pas ce que vous êtes entrain de faire. De grâce, jouez-nous de la musique guinéenne. Nous, nous écoutons ça ». Moi, qui ai assisté à cette scène, je ne suis pas étonné de voir ce que je vis aujourd’hui. Une anecdote le président du Sénégal prenait conseil auprès de son homologue guinéen. Il dit qu’il est très content d’avoir vécu ce qu’il a vécu en et d’avoir fréquenté son grand frère. Mais il a émis un regret de n’avoir eu l’occasion (Ndlr) Ansoumane Bangoura pleure chaudement en prononçant ces mots. De n’avoir pas eu l’occasion d’assister à un spectacle en Guinée. Et ça les chefs d’Etats africains nous le reprochent. Nous avons renoncé à nous-mêmes. Si tu n’aimes pas tes arts, ta culture, tu ne peux te connaître, si tu ne te connais pas, tu ne peux pas t’aimer. Si tu ne t’aimes pas, tu ne veux te promouvoir. On développe ce que l’on aime. Ce qui arrive aujourd’hui. Nos enfants nous renient par ce qu’ils n’ont pas appris à nous connaître. N’en voulez pas aux jeunes guinéens. Je souhaiterai vivement que le prochain Chef d’Etat africain qui viendra en Guinée assiste à une manifestation artistique. Justin Morel Junior : « je félicite l’exposé de Jean Baptiste Williams qui doit faire école. Car il a fait des recherches en tant que musicien et en tant que Guinéen tout court. Je ne voudrais pas quitter cette salle avec le sentiment d’échec. A écouter les uns et les autres, j’ai le sentiment qu’il y avait le bon d’un côté et le mauvais de l’autre. Que dans le premier que c’est tout à fait bon et que dans le second c’est à fait à jeter. Je pense que l’histoire de la Guinée est plus complexe que cela. Je pense que nous devons nous remettre en question, avoir une vision qui utilise le premier régime comme le deuxième faire mieux en tant que guinéen. Car c’est autant de la révolution qu’on a connu de grands ensembles, des orchestres de grandes vedettes. On ne peut nier qu’à partir de 1984, des jeunes talents sont venus. Mais également sont venus beaucoup de jeunes vedettes qui sont très talentueuses. On ne peut les rejeter. Un Takana Zion aujourd’hui, c’est le fruit né de la liberté de 1984. Et tous les autres, les Fodé Baro, et beaucoup d’autres de cette nature là qui sont quand des talents de la musique guinéenne nouvelle. Donc je souhaite franchement que l’on puisse en tant que Guinéen faire le pont entre les deux régimes pour que nous puissions faire la synthèse de nos erreurs pour pouvoir avancer. Dénoncer c’est bien, trouver des solutions qui nous permettent d’évoluer je crois c’est encore mieux ».