72 heures du livre : entretien avec Eugène EBODE, auteur invité

article mise à jour : 24 avril 2013
Invité aux 72 heures du Livre, Eugène EBODE qui est à son deuxième voyage en Guinée et sa première participation à cet évènement, nous livre ses impressions. Lisez…

Guinée-culture : Qu’est ce que vous apportez de spécifique à cet évènement ?

Eugene EBODE : C’est d’abord un roman. ‘’La rose dans le bus Jaune’’, qui est l’histoire de Rosa Parks, l’Américaine âgée de 42 ans qui, le 1er décembre 1955 a refusé de céder sa place dans un bus et avec elle, a basculé l’histoire des Etats-Unis. Parce que la ségrégation qui était en cours a fini par cesser. Les noirs et les blancs ne pouvaient pas voyager côte-à-côte, manger dans le même restaurant, ainsi de suite.

Vous écrivez une histoire qui s’est passée depuis les années 1955, quel rapport avec l’actualité ?

C’est parce qu’elle a marqué l’Amérique. Vous savez que Barack Obama est président. Pour comprendre d’où il vient, comment l’Amérique a pu élire un président noir, il faut remonter à cette histoire qui fait la bascule. Voir Matin lutter King et son fameux ‘’i have a dream’’. Il avait un rêve lui, que l’Amérique serait unie. Le rêve s’est réalisé symboliquement avec l’élection de Barack Obama.

De même, nous autres africains, il faudra nous dire d’où nous venons. Nous sommes souvent habitués à esquiver les problèmes, à les masquer, à dire tout. Il faut parler des problèmes et les résoudre. J’ai voulu en parlant de cette œuvre parler des tabous de l’Amérique. J’essaie d’être cohérent pour dire que chaque société a ses tabous. Chaque société a ses interdis, mais on ne peut les dépasser qu’en les affrontant. L’Amérique avait des problèmes de négation d’une partie d’elle -même, grâce à des actions, à certaines personnes, comme Martin Lutter King, Robinson, Rosa Parks et bien d’autres dont je parle dans mon livre que cela a pu se résoudre. Et l’histoire racontée dans ce livre prend fin en Guinée. Cela a un sens pour moi. C’est le seul livre qui parait cette année au centenaire de Rosa Parks.

Pourquoi ce livre se termine t-il en Guinée ?

J’ai dit au jeune tout à l’heure, qu’il y a eu des fractures dans le golf de Guinée, il y a 285 millions d’années. A l’époque, il n’y avait ni président, ni rêve ni rien. La terre s’est séparée et ses fractures sont l’histoire du monde. Pourquoi, l’histoire par des Etats-Unis pour se terminer en Guinée, c’est pour recoudre les fractures. Rosa Parks, c’était une couturière. Et donc symboliquement la couturière recoud les vêtements déchirés. C’est cette vocation métaphorique qui m’a amené à faire en sorte que l’histoire de Rosa Parks s’achève à travers des personnages.

L’évènement ’’Les 72 Heures du livre’’ est placé sous le thème, ‘’les mots au service de la paix’’, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Tous les mots ne servent pas à la paix. Mais, en se mettant dans la position de facilitateur on utilise les mots qui rassemblent plutôt que ceux qui divisent. La Guinée est à un stade de son existence, où elle a besoin de tous ses enfants, de la majorité comme de l’opposition. Elle a besoin de ceux qui sont ici comme ceux d’ailleurs pour ressouder la fracture.

La chose du monde la mieux partager, c’est faire la guerre. La paix est difficile. Donc faire la paix, il faut être plusieurs. Donc soyons plusieurs pour faire la paix. Pour élaborer les questions que nos générations se posent. On ne peut pas crier la paix le matin et faire dans les actes que nous posons, des actes de guerres.

Les jeunes ont du mal à lire. Que devons-nous faire pour les amener à l’envie de la lecture ?

La lecture, c’est le don des morts. J’ouvre Camara Laye, c’est un don, il n’est plus là. J’ouvre William Sassine c’est un don. Ainsi de suite. Quelqu’un peut me dire par quel mystère moi je lis et que les autre ne peuvent pas lire ? Il faut commencer par se donner des objectifs individuels. En se disant, je vais m’exclure du bavardage et autre divertissement pour lire.

A quoi vous vous attendez au sortir de cet évènement des 72 heures du livre ?

Que des engagements soient pris à la foi par les autorités de l’Etat, les organisateurs de cet évènement, mais aussi par le public. Je vais vous donner un engagement. J’ai vu que les enfants pour la plupart avec leurs enseignants, mais je vaudrais voir que pour l’année prochaine qu’un jeune a envoyé un parent. Maman, Papa, grand-père ou grand-mère. Voir que c’est un jeune qui parraine un ancien à cet évènement.

A l’homme politique, je lui dirais que je voudrais que dans chaque région, qu’il y est des bibliothèques, pour que le livre soit accessible. Mais je ne voudrais pas que ces bibliothèques soient vides. Que les livres se regardent et s’ennuient. Je veux qu’ils y aient des jeunes qui se réunissent atour d’un fromager ou d’un manguier pour dire qu’avons nous lu et échangeons.