A la découverte de Tierno Monenembo et de son œuvre

article mise à jour : 8 mars 2016
Détenteur du prix Renaudot (en2008) et auteur d’une dizaine de romans, Tierno Monenemba était ce dimanche au centre d’un débat initié par la structure Alternative Proximity et qui a eu pour cadre l’enceinte du groupe scolaire Safia Ecole, dans la commune de Ratoma. Animée par l’écrivain lui-même, la conférence destinée aux élèves de l’établissement, a été rehaussée par la présence de grandes personnalités dont le ministre de la culture, Siaka Barry, les députés Mouctar Diallo et Habib Baldé, et le directeur général de la maison d’édition, L’harmattan Guinée, Sansy Kaba Diakité.

En 2 heures de débat et d’échanges avec les élèves via les questions que ces derniers lui ont posées, Tierno Monenembo a fait le tour de sa vaste œuvre. Méthodiquement, il a révélé le contexte de chacun de ses romans et donné le sens et le message qu’il a voulu véhiculer. Ainsi, parlant notamment de son roman ‘’Les Crapauds-brousse’’ (1979, Seuil), l’écrivain affirme :

"Les thèmes essentiels de mon roman, c’est l’exil, mais aussi l’impuissance des intellectuels africains. Les intellectuels africains n’ont nulle part eu à jouer leur rôle. C’est d’ailleurs le thème essentiel dans le roman Les Crapauds-brousse ; les crapauds pourquoi ? Parce qu’il y a une légende de chez moi qui dit qu’à l’origine du monde, l’être préféré du bon Dieu n’était pas l’homme, mais le crapaud. Il était le plus beau, le plus intelligent. Lui seul a le secret de la mort. Il a envie de transmettre aux hommes son secret, mais il est maudit, il n’arrive pas à délivrer son secret. C’est une analogie avec les intellectuels africains. Ils n’arrivent pas à transmettre à la société le secret du monde moderne"

Puis, à la fin du débat, plutôt satisfait de l’échange, il a conclu avec une pointe d’espoir pour la littérature guinéenne

"Je crois que la grande littérature guinéenne est en gestation et ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui la feront."

Ayant pris part à l’ensemble du débat, le ministre des sports, de la culture et du patrimoine historique, Siaka Barry a dit toute sa fierté à l’endroit de Tierno Monenembo dont, implore-t-il, l’exemple doit être suivi

"C’est un motif de fierté. Un écrivain comme Tierno Monenembo, ce ne sont pas tous les pays qui en ont. La Guinée se fait de plus en plus connaitre à travers ce seul label, parce ce qu’au-delà de la citoyenneté guinéenne, il devient un citoyen mondial. Donc, si ce dernier a décidé de venir de converger avec la jeunesse ce n’est qu’un motif de fierté. D’ailleurs, il faut que tous les intellectuels guinéens acceptent de faire comme Monenembo. Moi-même, récemment, j’ai animé une conférence similaire à l’université Général Lansana Conté. Il faut que les intellectuels acceptent de venir au contact de la jeunesse pour donner des conseils sur comment se forger une situation"

Pour sa part, Sansy Kaba Diakité de la maison d’édition L’Harmattan Guinée, pense qu’au-delà de la personne de Tierno Monenembo, l’échange entre lui et la jeunesse est le symbole d’une certaine ‘’renaissance’’ de la littérature guinéenne. Une renaissance dont l’avènement plein et entier suppose cependant des conditions.

"On sent que la jeunesse à soif d’écriture et de lecture. Il n’y a pas un peuple fort et riche s’il ne lit pas, n’écrit pas. Il faut des bibliothèques et des librairies partout dans le pays. Mais paradoxalement, vous savez comme moi que c’est justement ce qui est négligé dans ce pays. C’est ce dont on ne se soucie pas. Dans les quartiers, il n’y a pas de bibliothèques"

Outre la conférence proprement dite, le ministre de la culture en a profité pour déclarer l’écrivain ambassadeur de l’événement ‘’Conakry, capitale mondiale du livre en 2017’’

Aminata Kouyaté pour ledjely.com