A la découverte de la communauté « Toubaka »

article mise à jour : 4 février 2014
« Toubaka » se traduit littéralement par « l’habitant du Touba » en langue Malinké qui est le Bambara au Mali, le Dioula au Burkina Faso, au Niger, en Cote D’voire, le Mandingo au Sénégal etc. En fait, cette langue a été celle de grands empires et royaumes médiévaux en Afrique occidentale, comme l’empire du Mali et celui du Wassoulou.

Le Touba est aussi le nom que portent deux contrées fortement islamisées en Guinée (entre les régions de Boffa et Boké) et au Sénégal. Les deux les populations ont en commun cette caractéristique : leurs érudits passent pour des prédicateurs, des devins, des grands guérisseurs, des voyants, des maitres du L’Ingil, considéré comme le livre de la connaissance et des miracles.

En réalité, l’Ingil est mentionné parmi les cinq livres sacrés révélés avec le saint coran dont les feuillets d’Abraham (Naby Ibrahima) le Tawrat ou Thora et le Zahur. C’est le livre des révélations faites au prophète Issa (Naby Issa ou Jésus Christ) qui est appelé chez les chrétiens l’Évangile ; il est donc considéré comme le livre des miracles. Le Tawrat ou Thora a été révélé à Moïse (Naby Moussa) tandis que le Zahur rassemble les Psaumes de Salomon (Moulkou Souleymane) et de son père le roi David (Daouda).

Cette note religieuse est importante pour mettre en exergue la caractéristique essentielle des deux Touba en Afrique Occidentale et l’aura d’érudition qui entoure ses ressortissants considérés comme de grands connaisseurs des livres sacrés dont ils tirent leur pouvoirs d’intercesseurs, de guérisseurs et de devins.

Toubaka par extension désigne aussi celui qui vient d’arriver du Touba même s’il n’en est pas originaire. C’est un aspect langagier de la familiarité qui consiste à reconnaitre que le voyageur apporte une partie du lieu visité avec lui.

En somme, pour comprendre la chanson « Toubaka » et l’accepter comme une chanson d’amour plutôt qu’un chant guerrier, il faut avoir à l’esprit le double sens des mots en Afrique en plus de leur sens contextuel. C’est d’ailleurs l’un des aspects ésotérique du discours traditionnel africain dont la maitrise range L’individu dans la catégorie des hommes accomplis et sages.

Enfin, « Toubaka » est un chant populaire qui a subi beaucoup d’interprétations griotiques et orchestrales dont celles de Mangala Camara, El hadj Diéli Sory Kouyaté, African Virtuose, Prince Diabaté, le Bafing jazz, Kélétigui et ses tambourinis, etc.

Celle dont nous traduisons le contenu est chanté par feu Manfila Kanté de l’orchestre Kélétigui et ses tambourinis. Le chanteur, griot de naissance, fait une adaptation orchestrale sans pour autant se départir de l’ésotérisme discursif de sa profession sociale. À tel point que les comparaisons de couples célèbres qui sont tirées de l’histoire des grands Hommes et des grands empires africains donnent l’impression que le contenu se rapporte à leur vie et leurs batailles. Ces références semblent être des digressions inutiles.

En réalité, Ce sont des mises en garde contre l’infidélité et l’abandon de la personne amoureuse. L’on se complait en même temps à flatter l’être aimé (l’objet d’amour) en comparant, comme les poètes, leur amour à celui des grands héros de leur monde. L’objectif est de faire miroiter une éternité qui nie toute possibilité de renonciation ou de trahison.

En outre, il y a une divinisation de l’amour à travers un appel permanent à Dieu. C’est l’œil de celui qui surveille les agissements et qui punit, sans faute, toute conduite inconsidérée, contraire à l’expression de l’amour de celui qui exprime la complainte. À la fois il y a un chantage qui appelle à soumettre à l’amour et un appel au respect de l’éthique social dans l’engagement sentimental.

Enfin du point de vue sémantique, certaines expressions se promènent d’un paragraphe à l’autre, d’un contexte à l’autre. Il faut les comprendre selon l’utilisation qui en est faite, notamment, du point de vue du genre. Quand le chanteur dit « Ndonny » qui signifie « mon petit frère ou ma petite sœur » en s’adressant à son guitariste, il y a bien sûr la connotation affective mais il le dit aussi parce qu’il est réellement plus âgés que celui à qui il s’adresse.

Sinon dans la tradition africaine guinéenne il ne se le permettrait jamais. La même expression « Ndonny » adressée à une jeune fille ou une dame a en plus de ce contenu hiérarchique - en ce sens que l’homme doit toujours courtiser moins âgées que lui - mais signifie en plus « mon chou, mon petit cœur, » ou « baby » en Anglais. Par contre « Dömany » au sens amoureux s’adresse seulement aux filles et aux dames. « Ndiaraby » signifie « mon amour », et « NKanignö » voudrait dire « ma chérie ou celle que je chérie » à l’endroit des jeunes filles. L’interchangeabilité est permise au regard des sens. Question de verve !

Lu sur Chronafric.com