AGUIPELEN : à la découverte d’une association

article mise à jour : 18 novembre 2012
AGUIPELEN est une association qui œuvre pour la promotion des langues nationales. Ses promoteurs se battent avec des difficultés sur le terrain pour réaliser ses projets. A ses affectifs, AGUIPELEN a réussi à traduire le coran et quelques principes islamiques en poular. Certaines œuvres des auteurs qui ont marqué l’évolution de la culture peulh sont publiées, d’autres sont en voies d’être publiées. Pour nous parlez des réalisations et projets de l’AGUIPELIN nous avons approché l’un des chargés de la recherche appliquée de l’association, Mamadou Aguibou SOW.

Guinée Culture : Présentez-nous votre Association.


Mamadou Aguibou SOW
 : L’association guinéenne pour la promotion de l’écriture et de la lecture en langue nationale (AGUIPELEN). Au départ nous étions avec un nombre assez important mais au jour d’aujourd’hui nous sommes avec la section poular seulement. AGUIPELEN est créé en 1981 avec des cadres qui ont fini l’université, pour la plupart des linguistes. Certains ont étudiés en Guinée dans les universités de Kankan et Conakry et d’autres en Egypte. L’Egypte est un grand pays où les peulhs venaient de partout. Les peulhs du Cameroun, du Sénégal, du Mali et de la Guinée y résidaient. A leur retour, ils ont décidé avec quelques linguistes guinéens de créer une association appelée AGUIPELEN.

Guinée Culture : Depuis cette création, quelles sont les activités que vous avez menez ?

Mamadou Aguibou SOW
 : C’est en 1992 que l’AGUIPELEN a eu son agrément définitif. Depuis, chaque année il y a un concours littéraire qu’on appelle ‘’ Concours Thierno Samba Mombeya’’. Vous savez Thierno Samba Mombeya était un érudit du Fouta Djallon qui d’ailleurs avait fait beaucoup de tapages sur la promotion des langues nationales surtout le poular. C’est un monsieur qui s’était rebellé contre les arabes bien qu’il parlait le français. Ensuite, il y a un journal ‘’Duudal’’ bimensuel. L’existence d’une commission de l’éducation, l’existence de classes à Madina, à Tombolya, à la Carrière, à Petit Simbaya, et à l’école Harounaya ici. C’est cette dernière classe qui continue à exister de nos jours. Ensuite il y a une commission qui travaillait sur le dictionnaire qui est enfin disponible. Une autre commission qui travaillait sur les textes de religion a également terminé la traduction du courant. Avant le coran quelques ouvrages de principes islamiques avaient été traduits : on peut citer Al akhdari, Al As Mayi, et autres. Nous attendons la publication dans les mois à venir du coran traduit. Ensuite, un autre groupe travaillait sur la recherche appliquée qui compilait les coutumes et les mœurs du Fouta. Cela a amené un certain nombre de publications d’ouvrages dans ce sens. Si je dis les coutumes et mœurs du Fouta, c’est comment on fait le baptême, le mariage, l’enterrement en pays peulh. Tout cela avait été fait avant que je n’intègre l’association. Quand je suis arrivé, j’ai instauré la commission recherche et application. Nous avions fait énormément de recherches surtout sur l’histoire du Fouta Djallon, nous n’avons pas encore publié parce que la publication pose problème. Au titre des réalisations nous avons un site appelé‘’ www.jowlol.org’’ opérationnel mais en poular. Notre objectif, c’est de prouver que ce qui est fait en français est faisable aussi en poular. Nous rentrons d’une campagne à l’intérieur du pays pour faire comprendre aux gens que c’est nécessaire et c’est bon d’apprendre dans sa propre langue. Au mois d’août dernier, nous avons organisé ici dans l’enceinte du Harounaya scolaire, une journée de formation et d’information pour quelques journalistes afin de les amener à faire un peu plus de commodité dans leur intervention en langue poular dans les radios et télévisions de la place. Au-delà, nous faisons des conférences-débats, où nous apprenons aux citoyens à lire, à écrire dans leurs propres langues pas en poular seulement. Parce que la diversité est notre devise. Si nous travaillons en poular c’est parce que c’est là que nous avons de l’expertise.

Guinée Culture : vous avez un partenariat avec les associations qui œuvrent pour la même cause ?

Mamadou Aguibou SOW : Evidemment. Sur le plan national, d’abord les fondateurs de ‘’Ikranko’’ étaient membres de AGUIPELEN au départ. C’est après que le petit fils de Souleymane Kanté a décidé de quitter pour aller créer l’ONG IKRANKO. Nous participons à bons nombres de séminaires et ateliers organisé par le réseau guinéen des alphabétiseurs dont nous sommes membres. Sur le plan international, nous sommes membre de Tabittal pulaaku international, nous travaillons avec ‘’kawtal jangoobè pular’’ et ‘’fulfulbè’’ en Égypte une association d’étudiants du poular d’Egypte. Nous coopérons avec ‘’Tabbital pulaaku’’ Bruxelles. Nous coopérons avec d’autres organisations qui font du poular en Mauritanie et au Sénégal ainsi que des individus qui ont fait assez de recherches sur le poular notamment le burkinabè Issa Diallo qui est membre de ‘’Tabital pulaaku international’’ qui travaille sur les terminologies. D’ailleurs c’est dans ces pays que ça a beaucoup foisonné. Nous partageons la même politique que ‘’L’ACALAN’’ une académie africaine des langues. Je peux dire que le poular est une langue très rependue en Afrique. C’est le trait d’union des langues Ouest africaines et Centrales. C’est devenu une langue provinciale. L’ACALAN a besoin d’apprendre à parler en poular. Il n’y a pas longtemps nous rentrons d’une tournée de mise en place des associations de ce genre en Sierra Leone et en termes de nombres, les peulhs viennent en troisième si je ne peux pas dire deuxième position.

Guinée Culture : Parlez-nous brièvement de ce que furent Thierno Samba Mombeya et Ramatoullaye Tellico.

Mamadou Aguibou SOW  : Cerno Samba Mombeya était un érudit. Une seule expression de Cerno Samba Mombeya nous ramène à me rappeler les termes de Rabelais où les termes du collège. Thierno Samba Mombeya disait dans un de ses textes en poular je cite : « L’on ne peut comprendre un récit que dans les authentiques » quand il dit authentique cela veut dire la langue nationale. Donc ce qui fait, que nous avons compris qu’à cette période de l’histoire, il y avait des personnes sous la domination arabe qui avait compris que la religion devait être apprise dans la langue nationale. Parce ce que pour lui il n’existe aucun doute lorsque nous l’apprenons dans nos langues nationales. C’est le mérite que nous donnons à Thierno Samba Mombeya en dehors de son caractère de savant. Je parle des mérites linguistiques.
Et de l’autre côté avec Ramatoullaye Tellico, ce qui nous a le plus impressionné chez lui, c’est le genre. A cette période là, en France je pense qu’on parlait de Madame de Séville, on parlait d’autres dames. Et c’était des privilèges. C’était des préciosités de voir une femme prendre la plume et défendre une communauté. Et bien Ramatoullaye s’est illustrée dans ce cadre là. Et malheureusement les gens n’ont pas cherché à connaitre qui elle était ? Tout simplement parce qu’elle s’est battue contre un pouvoir. Imaginez une femme qui se bat contre un pouvoir théocratique. Elle s’est levée un beau matin, elle a écrit un poème très religieux et le Fouta ne voulant pas que ça soit une femme qui approche les hommes avait interdit ses poésies. Elle a reçu le pardon de thierno Samba Mombeya qui avait demandé à l’Almamy Oumar son ami d’en faire autant pour cette dame. Parce ce que c’est normal qu’une femme aussi se prononce. On l’a pardonné une première fois. Cette même dame a écrit pour la deuxième fois un poème satirique. On a dit que si on laisse cette femme libre, elle va briser l’imamat. Ça n’a pas marché. Ils l’ont brisé dans ses rapports sociaux. On l’a mis en exil. Comme limoge pour la France. Tous ceux qui avaient des problèmes en France, on les amenait à Limoge. Elle aussi, elle était à Tellico mais en quarantaine. On l’a scindé de son mari, de son troupeau de bétail. Malgré tout elle a continué à écrire. On a brûlé ses textes. Une peste s’est abattue sur Tellico et elle n’avait pas où aller. L’instruction était dure. Personne ne devait héberger Ramatoullaye. Elle est morte de cette maladie. Ce qui nous a le plus marqué c’est le fait que sa soit une femme qui s’oppose à la façon dont la religion était tenue à l’époque à Timbo mais aussi à la manière dont les femmes étaient tenues aux foyers. C’était une première. Parce que même les Sévignés et autres qui avaient écrit, n’avaient pas parlé des femmes. Si aujourd’hui on devait enseigner la condition féminine on ne devait pas oublié Ramatoullaye.

Guinée Culture : Avez-vous de difficultés dans vos prestations ?

Mamadou Aguibou SOW  : On ne peut pas rester sans difficultés. Nous avons un journal que nous publions et vendons. Nous n’avons pas la culture de la vente de journaux en Guinée. Nous n’avons pas d’acheteurs alors qu’on publie ce journal à nos propres frais. Le site également existe mais malheureusement nous sommes issus d’une communauté qui ne lit pas souvent. Lorsque vous affichez quelque chose sur le net, si c’est en français vous avez 20% de chance d’être lu. Mais si vous affichez en poular vous avez des chances plus réduites. Parce ce que les gens ne peuvent imaginer qu’on peut faire de l’internet avec le poular. Alors que dans les autres pays en Mauritanie, au Sénégal si vous ouvrez leur site internet vous vous rendrez compte que le nombre de lecteurs foisonnent dans ces pays là. Pas en Guinée. Ce qui fait que nous ne gagnons pas de publicités. Pourtant nous administrons le site nous payons des factures. Lorsque nous faisons des recherches, nous ne parvenons pas à publier faute de moyens. Financièrement on a quelques difficultés. La Guinée a une particularité, parce que la première République avait échoué dans la promotion des langues nationales. Donc les gens ne veulent pas revenir sur le cauchemar du passé. Ils ne cherchent pas à comprendre pourquoi on avait échoué. Ils se disent tout simplement que ce sont les langues qui avaient échoué. Or, c’est la politique des langues qui avait échoué et non les langues. Donc les gens ont une image très noire des langues nationales. Lorsque vous remettez un texte écrit en poular à un peulh, il vous dit : « vous voulez nous ramenez à cette révolution ? ». Parce ce que pour eux, seule une révolution peut faire la promotion de telle chose. Et pourtant c’est un devoir pour chacun de faire la promotion de sa langue. Sa culture y va de soi.

Guinée Culture : votre dernier mot.

Mamadou Aguibou SOW : Je demande à chacun de comprendre qu’apprendre dans sa langue, n’est pas synonyme de haïr les autres. Apprendre dans sa langue, n’est pas synonyme de perdition ou de fermeture. On doit apprendre dans sa langue ce qui est science et technique. Apprendre les autres langues pour des besoins de communication. Je vous remercie pour l’occasion que vous m’offrez de m’exprimer sur votre site et j’attends les critiques les plus acerbes à mon égard.