Alseny Prince Sylla, manager des Zawagui : « Les Zawaguin font un travail sérieux qui mérite d’être connu et valorisé »

article mise à jour : 3 février 2014
‘’Les Zawagui’’ ou Triplé en langue Toma, nom attribué au groupe traditionnel de danse et de chants composé de trois braves dames en provenance de la dorsale guinéenne, préparent une série de spectacles à N’Zérékoré et à Macenta où elles comptent prendre une part active à la journée internationale de la femme qui sera placée sous la haute de la présidence de la première de la république, Mme Condé, Hadja Djènè Kaba. Particulièrement talentueuses, ces trois grandes artistes de la musique guinéenne ont été, au cours de la dernière décennie, à la hauteur de nombreux défis musicaux et ne sont conséquemment plus à présenter ni dans la sous -région ouest-africaine encore moins en Guinée, leur pays. Déjà avec ‘’Mano River’’, l’intitulé de leur avant dernier produit, leur réputation a fait le tour du monde. Pour la consécration, malgré leurs charges de plus en plus grande à l’échelle internationale, ‘’Les Zawagui’’ ont mis récemment sur le marché un double album qui fait tabac dans l’univers musical guinéen. Elles sont soumises également aux contraintes d’un programme serré de prestations diverses que leur manager, Alseny Prince Sylla, détaille dans cette interview accordée à la rédaction de Guinee-Culture.org. Entretien…
JPEG - 12 ko

Guinee-Culture.Org : Monsieur Sylla, comment se porte-t-il le groupe ‘’Les Zawagui’’ ?

Alseny Prince Sylla : Disons que les Zawagui ont mis récemment un double album sur le marché de disque, enregistré entre Paris, Bamako et Conakry. Le groupe est revenu en forme et en force. En fait depuis la sortie de ‘’Mano River’’, l’avant dernier album, les Zawagui sont toujours en mouvement. D’ailleurs, c’est avec joie que je porte à la connaissance de vos lecteurs qu’elles font parti désormais du club des opéras de Paris. Ces braves dames sont conséquemment à chaque trois mois dans la capitale française pour des prestations dignes de statut d’ambassadrices culturelles de la Guinée à travers le monde. Ces occupations ne leur laisse que peu de temps pour travailler en studio. Malgré tout, elles se sont rendues compte qu’il serait encore mieux de mettre leur riche expérience, acquise sur la scène internationale, au service de leurs compatriotes et de la jeune génération en particulier. C’est dans cette logique qu’elles ont fignolé un double album composé de 22 titres disponibles depuis plus de trois mois sur le marché de disque. Dans ces deux albums, elles chantent la bravoure de la femme, le sida, la scolarisation de la jeune fille, les sèrè de Guinée…

Guinee-Culture.Org : Comment ces albums se comportent-ils sur le marché ?

Ce sont des albums d’autoproduction et d’auto-distribution. Cela dit, vous comprendrez que ‘’ Les Zawagui’’ ne sont pas à l’abri de la piraterie, un comportement qui sape la production des œuvres de l’esprit. En fait, de même que les producteurs, les distributeurs ont trouvé que l’album était trop traditionnel et ont estimé qu’il n’était pas nécessaire d’engager leur argent dans cette entreprise qui, selon eux, ne leur rapporterait pas grand-chose. Mais, à notre niveau, nous nous sommes dit qu’à cœur vaillant rien d’impossible. C’est ainsi que nous nous sommes autoproduit et à présent nous nous attelons à l’écoulement du double album qui est, faut-il le noter de passage, de très bonne facture. En tous les cas, pour le moment, tout se passe très bien pour le groupe. Vu que Zawagui ont récupéré leur place du meilleur groupe traditionnel de Guinée. Un titre que nous aimons bien.

Comment se passe-t-elle la collaboration avec les opéras de Paris ?

Très bien. Même s’il est vrai que cette collaboration va être suspendue très prochainement, le temps d’un congé que nous avons pris avec Pap Sène , le tourneur des Zawagui au niveau international. Ce qui nous permettra d’envisager une tournée dans le pays profond avant d’en faire autant pour l’Afrique et d’aller de nouveau à la conquête du monde. Au même moment, en plus d’un album vidéo de 13 titres que nous avons réalisé, nous sommes en train de mettre en valeur des images de la cérémonie de dédicace du double album à Conakry et d’autres prestations. Tout cela pour mieux vendre l’image de marque des Zawagui, en particulier en France, en Europe et un peu partout dans le monde, avec la bénédiction du mécène Pap Sène. Je fais le même travail dans le pays profond, dans la sous-région ouest-africaine et en Afrique. Les Zawagui font un travail sérieux qui mérite d‘être connu et valorisé pour le plus grand bien de la culture guinéenne qui tarde à récupérer la place qui est la sienne sur la scène africaine.

Déjà à partir du 8 mars, la fête internationale de la femme, elles s’apprêtent à livrer une série de spectacles en Guinée Forestière pour cultiver la paix dans cette région sujette à des remous sociaux récurrents. Les préparatifs de ces événements vont bon train et dès le 6 mars les Zawagui quitteront Conakry pour N’Zérékoré où elles contribueront à la construction de la concorde sociale. Au même moment nous passeront des messages sur la scolarisation de la jeune fille, les mutilations génitales féminines, le port du préservatif, la lutte contre le sida et sur le développement économique et durable...

Est-ce que les Zawagui bénéficieront à cette occasion du soutien des autorités locales ?

Bien sûr que oui. L’événement est placé sous la haute présidence d’honneur de la première dame de la république. Vu l’importance du message de la paix à passer, toutes les autorités militaires, administratives et religieuses sont impliquées et chacun en ce qui le concerne travaille pour y conférer tout l’éclat qu’il mérite. Pour leur part les Zawagui sont déterminées à donner le maximum d’elles-mêmes et c’est tant mieux pour la beauté du spectacle qui sera forcément riche en couleurs et en sons.

Dorénavant, je me suis personnellement rendu en Guinée Forestière où j’ai pris attache avec le gouverneur de région administrative, les préfets de la localité et les élus locaux. Tous se sont engagés à prendre l’événement à bras le corps et de mettre tout en œuvre pour y conférer tout le succès escompté. Pour que la paix revienne dans cette région. Disons que le autorités administratives et politiques de la localité ne pouvaient mieux faire en accompagnant les Zawagui, dans la mission que le groupe s’est assigné et qui est celle de sensibiliser, de conscientiser les populations de la Guinée forestière sur la nécessité de cultiver la paix pour une cohabitation sereine entre ses différentes composantes . Nous avons, pour ce faire, mise en place une commission centrale à N’Zérékoré dirigée par Dr Mathieu0. A Macenta c’est le directeur préfectoral de la jeunesse qui fait office du président de la commission locale. Il existe aussi des sous-commissions comprenant dont celle chargée de l’accueil et d’hébergement, de l’ aménagement et du réaménagement, de la mobilisation, de la communication… Les deux spectacles auront lieu dans des stades préfectoraux.

Les perspectives des Zawagui ?

Les Zawagui ont besoin de vendre à la fois leur image de marque et leurs produits. C’est pour quoi nous allons continuer les tournées dans le pays profond. Pour qu’elles les s’imposent effectivement comme meilleur groupe traditionnel de Guinée. Ainsi, après les spectacles en Guinée Forestière, les Zawagui iront alors en Haute Guinée pour des prestations du même genre. Sur le plan continental, Pap Sène, un sénégalais basé au Mali, est en train de mettre en place un plan pour un travail de promotion en Afrique. Comme pour dire que les Zawagui sont vraiment de retour en tant que meilleur groupe de traditionnel du pays. J’invite pour cela les promoteurs et la direction nationale de la culture à nous soutenir sans réserve. Nous sommes disponibles pour toutes les cérémonies officielles organisées en Guinée et ailleurs.

1 photos