Avancez, ne nous attendez pas ! Le constat amer d’un intellectuel africain Par Jean-Claude Shanda Tonme (Paris : L’Harmattan, 2008)

article mise à jour : 25 février 2015
Le titre de cet essai sonne comme un cri de cœur d’un homme désabusé. Jean-claude Shanda Tonme est un intellectuel camerounais qui s’interroge sur le destin de l’Afrique. Qu’est-ce qui fait que notre continent , en dépit de ses immenses richesses humaines et naturelles, est à la traîne sur le chemin du progrès ? Pour y répondre Shanda Tonme passe en revue tous les handicaps, tous les travers politiques et sociaux dont souffre l’Afrique et qui font que cette terre n’arrive pas à décoller, à prendre le train du développement. En fait l’Afrique donne l’impression fâcheuse de marcher à reculons, d’évoluer sur une autre planète, celle de la misère chronique et de l’incapacité congénitale de ne construire quoique ce soit de bon.

Ce livre nous amène donc, nous Africains, à prendre conscience de nos travers dont les principaux s’énumèrent comme suit :

• La prétendue spécificité africaine prônée par une classe dirigeante affairiste et démagogique qui empêche nos peuples d’embrasser les valeurs universelles de démocratie, des droits de l’homme ou des libertés fondamentales ;

• Le statut de mépris fait aux femmes considérées comme citoyennes de seconde zone ;

• L’énorme gâchis dans la gestion des affaires publiques ;

• La marginalisation de la recherche, l’incohérence des programmes de formation et le découragement des initiatives ;

• L’organisation chaotique de la politique et de la diplomatie africaines ;

• La jeunesse, avenir du continent, laissée pour compte dans les soi-disant plans de développement ;

• L’éventail impressionnant des us et coutumes qui jurent avec toutes notions de gestion de temps, de travail, d’économie.

Mais par dessus tous les handicaps qui freinent l’évolution de l’Afrique, la trahison des élites est le plus monstrueux. Car si les intellectuels, censés être le capitaine qui doit mener à bon port le navire du développement, sont les premiers citoyens à faillir, tout est perdu. Nos Etats sont indépendants voici un demi-siècle, allons-nous continuer à incriminer l’occident de tous nos maux ? Il est vrai que les colonisateurs d’hier et les impérialistes d’aujourd’hui ont contribué et contribuent encore au retard de notre continent, mais nous voilà libres et souverains, que faisons-nous de notre destin ? C’est le lieu de rependre le cri d’indignation de Shanda Tonme aux autres peuples : « Avancez, ne nous attendez pas ! »

Walaoulou BILIVOGUI