Baba Cheick Sylla, directeur général de la biblithèque nationale’’

article mise à jour : 2 avril 2015
Dr Baba Cheick Sylla, directeur général de la bibliothèque nationale de guinée, est un historien de formation. Après son diplôme de maîtrise en histoire à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, il a eu une bourse pour l’institut de Culture de Leningrad de l’ex Union Soviétique, aujourd’hui Saint-Pétersbourg. De retour au pays après avoir empoché son doctorat de 3ème cycle en bibliothéconomie, Dr Baba Cheick Sylla est envoyé au Centre National de Documentation et d’Information pour le Développement (CENDID) où il exercera plusieurs années avant d’être nommé, directeur général de la bibliothèque nationale, qui était en souffrance.

Bibliothèque nationale
‘’L’infrastructure en construction va permettre à la Guinée de récupérer son important patrimoine documentaire se trouvant dans certains pays’’ , affirme Dr Baba Cheick Sylla, directeur général de la bibliothèque nationale

Guinée-culture : Monsieur le directeur général , on vient de poser la 1ère pierre de la bibliothèque nationale de Guinée. Qu’est-ce qui motive la construction de cette nouvelle infrastructure ?

Dr. Baba Cheick Sylla : Avant de répondre à votre question, donnez- moi le temps de vous raconter brièvement l’histoire de cette bibliothèque qui est le temple de la culture nationale. En fait, la bibliothèque nationale est un service rattaché au cabinet du ministre de la Culture et du Patrimoine historique . Elle est responsable de l’acquisition, de la conservation et de la mise en valeur de toutes les publications éditées en Guinée et sur la Guinée. Elle est le fruit de plusieurs transformations successives. Son histoire se confond à celle de l’Institut fondamental d’Afrique Noire (IFAN) devenu à l’indépendance, Institut national de Recherche et de Documentation de Guinée (INRDEG) puis l’Institut Central de Coordination, de Recherche et de Documentation de Guinée (ICCRDG) .
Jusqu’en 1985, la bibliothèque nationale était l’institution chargée de recueillir, de manière complète et détaillée, d’enregistrer sous forme bibliographique, de présenter et de rendre disponible l’héritage documentaire de la Guinée ou qui a trait à lui en vue de servir le fonctionnement effectif et efficace des autres bibliothèques disséminées dans le pays à travers la gestion des collections d’importance nationale. Elle fournit l’infrastructure pour la coordination des activités au sein du système d’information et de bibliothèque du pays, pour une liaison internationale en jouant le rôle de leader.
De juillet 1987 à avril 1999, la bibliothèque nationale était fermée au public faute de locaux permettant de l’accueillir. Au cours de cette période difficile, et avec les multiples changements de tutelle institutionnelle ( d’un département à un autre), l’important fonds documentaire estimé à plus 60.000 volumes fut dispersé en divers endroits inappropriés pour la conservation du patrimoine . Cette fermeture de la bibliothèque au public a aussi entrainé le départ massif du personnel évoluant alors dans la structure pour d’autres horizons. Aujourd’hui, le service n’a que 12 cadres qui y travaillent depuis leur affectation à l’occasion du recrutement de nouveaux fonctionnaires en 2008.
Je vous rappelle que c’est à partir de la note de service n* 99005 du mois d’avril 1999 mettant la case des hôtes du Musée national à la disposition de la bibliothèque nationale que la vie à repris dans ce service et cela grâce au concours de certaines ambassades comme celles de la France et des Etats-Unis et des mécènes guinéens et étrangers. Ces différents partenaires ont permis le ramassage et la conservation du reste du fonds documentaire estimé aujourd’hui à 30000 titres dans ces installations actuelles en attendant que le nouvel édifice dont la pose de la 1ère pierre a été faite mercredi mars 2015 par Monsieur le Premier ministre sur l’espace communément appelé terrain rouge prés de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry.
Ainsi, en vous faisant ce bref aperçu historique, je vous ai pratiquement donné les raisons qui conduisent aujourd’hui à la construction d’un édifice devant abriter la bibliothèque nationale.

Justement, monsieur le directeur, à observer aujourd’hui les installations de votre service, on a du mal à imaginer le rangement correcte des quelques 3000 titres qu’il contient. Comment vous prêtez-vous quand on vous demande de classifier tout le contenu ?

Les quelques 30.000 titres dont dispose la bibliothèque actuellement sont tant bien que mal rangés en dépit des difficultés d’ordre infrastructurel. Je vous disais tantôt qu’il y avait un inventaire de 60.000 documents. Tout ce fonds documentaire était bien rangé. Il était reparti en fonds anciens (26000 titres), fonds mémoire (21000 titres), fonds général (15245titres), fonds esclavage (475 titres) et en fonds Nenekhaly (200 titres). Nonobstant l’exigüité du local, la bibliothèque nationale s’est dotée de textes portant sur son organisation. En dehors du directeur général et de son adjoint, le reste du personnel est redéployé dans 2 départements techniques qui sont le département : traitement documentaire et communication avec les cellules information , statistique et documentation et le département conservation et restauration avec les cellules préservation, infrastructure et formation. Mais, le problème du personnel qualifié reste entier car les 10 agents affectés n’ont aucune formation en techniques documentaires. Ils apprennent sur le tas.
Concernant le local, le problème serait dans quelques mois résolu. La construction de la nouvelle infrastructure financée par le budget national du développement viendra combler ce besoin. Cependant, nous avons une autre préoccupation, c’est celle liée à l’équipement de la nouvelle infrastructure qui sera construite. Ca, c’est une autre paire de manches qu’il faut engager. Les 5 milliards fg qui seront déboursés ne concernent que la construction du bâtiment. Le projet c’est construction et non construction-équipement.

De nos jours quelles sont les perspectives de votre institution ?

En parlant de perspective, je me contenterais pour le moment de ceci : Mieux traiter le fonds documentaire que nous avons pu conserver ici, le mettre dans de meilleures conditions de conservation. Aussi, la bibliothèque nationale a un important patrimoine documentaire à l’INSAN de Dakar, en France et dans d’autres pays africains, mais par manque de local approprié et décent, on ne pouvait pas le récupérer. Toutefois, si nous avons une infrastructure digne du nom avec des équipements adéquats nous allons le transférer ici. Pour le moment il est bien conservé la où il est. Le transférer en Guinée après la construction et l’équipement de la nouvelle infrastructure serait quelque chose d’important pour notre culture nationale.

Cela suppose de nouveaux documents ?

Absolument. C’est pourquoi, je disais tantôt que la construction de cette nouvelle infrastructure suppose de nouveaux équipements adaptés aux conditions modernes de conservation et de traitement documentaire.

Propos recueillis par Lansana Sarr