Balla et ses balladins

article mise à jour : 26 octobre 2011
Bembeya jazz national. Le Horoya Band. Kèlètigui et ses tambourinis. La boucle des orchestres nationaux n’est pas bouclée. Il ne reste qu’un élément, l’orchestre Balla et ses baladins. Les débuts et les perspectives de cette légende musicale en vrac…

La petite histoire

C’est un vieil orchestre. C’est d’ailleurs le big bang vécu par le Sily Orchestre pendant les « soleils des indépendances »qui a abouti à la naissance d’un rejeton musical à l’étiquette souveraine, l’orchestre du Jardin de Guinée.

Regroupant donc tous les anciens musiciens du pays qui exerçaient avant la colonisation, l’orchestre du Jardin de Guinée, piloté par Kèlètigui, s’est vu pris dans un tiraillement par le chef d’orchestre et l’administrateur du Jardin de Guinée qui était à l’époque Diallo Jardin de Guinée.

Chacun, usant de son influence voulait mettre sous contrôle cet orchestre de « souveraineté nationale ».

Résultat ? Sous l’égide du Premier président de la République de Guinée, l’orchestre du Jardin de Guinée fut divisée en deux groupes sur décret présidentiel.

Le premier dont faisait parti Kèlètigui et Linké Condé partit faire le bonheur de la Bonne Auberge qui chuteront après à la Paillotte pour la gestion de cette maison qui était en perte de vitesse.

La 2ème vague restera toujours au Jardin de Guinée avec à la tour de contrôle Papa Diabaté.

Reprenant cet orchestre, Maitre Papa fera beaucoup de folklore. Il fut d’ailleurs l’auteur des tubes du Jardin de Guinée. C’est à la permanence nationale aujourd’hui située entre le ministère des sports et de la jeunesse et la Direction Communale de l’éducation de Kaloum.
Là, Papa Diabaté présentera l’orchestre pour la première fois. Depuis lors, l’orchestre du Jardin de Guinée fut appelé l’orchestre Papa Diabaté. C’était merveilleux.

Adorant voyager, Papa partit. Il fut alors remplacé par Balla Onivogui. C’est lui qui mettra l’orchestre en bonne posture.
Les moments de gloire de l’orchestre Diabaté s’écriront avec lui. Après sa mort, les membres de l’orchestre décidèrent avec liberté que désormais l’ex orchestre du Jardin de Guinée portera le nom de Balla et ses baladins.

Depuis lors le navire Balla tangue tant bien que mal selon la bise de l’océan Guinée…

L’avenir

L’actuel chef d’orchestre de Balla et ses baladins, aujourd’hui fauché par l’hypertension, plante le décor : « Si les autorités ne font pas un pas vers nous, nous sommes là sans espoir. Depuis la fin du premier régime, c’est comme si nous n’avions pas servi ce pays. Nous n’avions connu que le service de la patrie pour autant. Ce qui reste certains, c’est que quelque soit la haine qu’on a, nous (les orchestres nationaux), la culture guinéenne est resté et reste avec ces orchestres. Personne n’a pu le remplacer jusqu’à nos jours. Les guinéens n’ont pas pu changer cela. Les autorités nous ont ignorés et même détestés. Mais le bienfait pour son pays n’est jamais perdu… »

Pour leur lendemain, Monsieur Papa Kouyaté croit mordicus à la pérennité de son orchestre. Grace à son engagement dira-t-il cet orchestre a encore de beaux jours devant lui.

Mais comment fonctionne-t-il alors aujourd’hui ? Sans ambages, le mari de Djely Kany Fanta Kouyaté répond : « On fonctionne selon mes moyens. Les répétitions se font chez moi. C’est difficile ! Mais je ne peux pas rester tranquille et regarder cet orchestre mourir. Parce que Balla Onivogui m’a dit en la présence de Sékou Bembeya : ‘‘Si tu laisses cet orchestre mourir, c’est à toi que je vais m’en prendre si Dieu le veut bien le jour du jugement dernier.’’ Dieu merci que ma femme m’aide au financement grâce à l’argent qu’elle gagne… ».

Quant aux évènements qu’ils présenteront au peuple de Guinée, le chef d’orchestre reste dans le vague. Rien en vue implicitement.

Seulement « si Dieu me donne longue vie, j’ai envie de fêter le cinquantenaire de notre orchestre ».

Pour finir, le chef d’orchestre de Balla et ses baladins réclame comme le Horoya Band leur siège.

« Nous sommes la souveraineté nationale. Donc nous demandons aux nouvelles autorités que nous voulons nos sièges. Pas un autre. » averti Mr Papa Kouyaté.

Espérons que cet appel ne tombe pas dans des oreilles de sourd…