’’C’est le moment de mettre en jeu les problèmes du livre pour qu’on en sorte pour de bon’’ dixit Idrissa Camara, directeur national des lettres et de la lecture publique.

article mise à jour : 21 octobre 2015
Il est à la fois professeur de lettres, animateur de l’émission ’’belles lettres’’ à la Radio télévision guinéenne (RTG) et directeur national des lettres et de la lecture publique. Il, c’est Idrissa Camara. Dans cet échange, il dépeint sans langue de bois la condition du livre en Guinée, aborde les difficultés de son insertion dans la vie quotidienne. Idrissa Camara propose aussi quelques recettes pour une meilleure place du livre et étale son sentiment sur Conakry capitale mondiale du livre en 2017. Entretien.

Guinee-culture.org : Qu’est-ce que c’est, une direction nationale des lettres et de la lecture publique  ?

Idrissa Camara : D’abord en tant que direction nationale, nous sommes une administration centrale de la direction générale. Notre but majeur est de mettre en application la politique du gouvernement en matière de livre tant au niveau du secteur public que du secteur privé. Quand je prends par exemple l’Harmattan Guinée, nous avons obligation d’épauler l’Harmattan dans toutes ses démarches, dans tous ses projets allant dans le sens de la promotion du livre. Nous sommes obligés s’il y avait les moyens bien sûr, de travailler avec l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre que sont les auteurs, les éditeurs, les libraires, les bibliothécaires et même les lecteurs sans oublier tous ceux qui s’intéressent au livre. Il est question essentiellement de leur faciliter tout ce qu’il faut, de les appuyer et leur fournir tout ce dont ils ont besoin dans l’accomplissement de leurs tâches. Pour me résumer, notre but est l’application de la politique nationale du livre, de promouvoir le livre et aller dans le sens de la promotion culturelle.

Guinee-culture.org : Qu’en est-il de la politique nationale du livre, en existe-t-il ?

Idrissa Camara : Il y a un draft en la matière. Depuis 2002, la politique nationale du livre a été élaborée. Mais cependant jusqu’ici, elle n’a pas été adoptée parce qu’elle n’est pas passée au niveau de l’Assemblée. Nous avons le document avec nous. Je suis entrain de m’organiser avec une équipe de spécialistes qui doit en principe nous accompagner pour qu’ensemble nous travaillions sur le document pour le mettre à jour et l’introduire au niveau de l’Assemblée pour sa ratification.

Guinée-culture.org : Quelle place accordez-vous au livre en tant qu’outil d’éducation, de formation et de culture aussi entre autres ?

Idrissa Camara : Une place majeure. Mais le livre il faut le dire, est un produit qui souffre beaucoup à cause de l’absence ou du manque de regard qu’on porte sur lui. Cette situation doit être revue par tous les acteurs de la chaîne du livre et pas seulement la direction nationale du livre. Il importe pour moi de mettre le livre au centre des débats pour changer l’orientation du regard qu’on a sur le livre. Certes nous ne pouvons pas ici évoquer tous les facteurs. Mais pour l’essentiel, les livres ne sont généralement pas inscrits au programme d’enseignement. Il y a le fait que le livre coûte cher. La raison c’est parce qu’il n’y a pas une politique nationale du livre permettant d’y accéder à moindre coût. Sans oublier les intrants. Les parents pour avoir les livres, les manuels scolaires, doivent souvent débourser beaucoup d’argent. Ce qui fait que sur le livre, c’est le parascolaire pour ce qui en ont l’amour bien sûr, s’achète. Bref il faut pour conclure, une promotion, une politique nationale du livre permettant à celui-ci d’aller dans tous les secteurs de la vie. Ce travail doit être l’œuvre de tous.

Guinée-culture.org : Quelle serait selon vous l’approche la meilleure pour une meilleure insertion du livre dans la société ?

Idrissa Camara : La toute première c’est la validation de la politique nationale du livre comme je le disais tout à l’heure. Et ce travail revient à tous les acteurs de la chaîne du livre. C’est sur cette politique que tous les acteurs doivent converger. Demandez aux éditeurs combien ça leur coûte de faire entrer les livres à travers la douane. C’est le tableau indicateur qui devrait permettre au livre de circuler dans tous les secteurs notamment scolaire. Il faut donner au livre son caractère économique pour que chacun ait accès au livre. C’est très important.

Guinée-culture.org : Qu’en est-il de la thématique des livres d’enseignement dans les établissements scolaires ?

Idrissa Camara : C’est ce que j’évoquais tout à l’heure. Il faut qu’on s’assied tous et dire à l’autorité qu’il faut à nos enfants tel genre de livres avec tel thématique. Malheureusement, on se contente des dons, des livres qui viennent d’ailleurs. Les éditeurs par exemple n’ont pas accès aux livres scolaires. Ce n’est pas eux qui les éditent, ça vient d’ailleurs. Le livre tel qu’il existe sous sa forme traditionnelle revêtira toujours son caractère transversal.

Guinée-culture.org : Conakry capitale mondiale du livre en 2017. Que vous inspire cet acquis ?

Idrissa Camara : Dans sa phase préparatoire, j’ai été impliqué ainsi que ma direction. C’est un projet de l’Unesco qui a été soumis à la Guinée. Il faut dire que l’Harmattan Guinée y a contribué pour beaucoup. Un comité préparatoire a été mis en place. Il a travaillé sur le dossier qui a été défendu à Paris. J’ai donc travaillé avec l’équipe du comité préparatoire. Quand j’ai appris la nouvelle, très heureuse fut ma réaction. C’est le fruit d’un dur labeur mérité.

Guinée-culture.org : Cet acquis doit-il être vu tel un nouveau départ pour le livre en Guinée ?

Idrissa Camara : Absolument. Les pions sont posés. Un comité sera constitué pour mettre en place Conakry capitale mondiale du livre en 2017. Au ministère de la culture par exemple, on a démarré la construction de la bibliothèque nationale de Guinée. D’autres activités dans lesquelles seront impliqués des auteurs, des artistes et bien d’auteurs acteurs sont à venir pour que cette année soit celle du livre. Et comme l’a dit le gouverneur, le livre sera transporté jusque dans les familles.

Guinée-culture.org : Quel rôle pour la jeunesse dans CCML 2017 ?

Idrissa Camara : D’abord, outillons la jeunesse. Quand elle le sera, elle transmettra son message. C’est vrai que l’engouement est déjà un message. Mais il faut qu’ils sachent ce que c’est que Conakry Capitale Mondiale du Livre. Il faut qu’on le leur explique, qu’on les sensibilise. Il faut qu’on sorte les messages consistants à leur endroit. Conakry Capitale Mondiale du Livre en 2017 se passera avec la jeunesse. C’est le moment pour tous de mettre en jeu les problèmes du livre pour qu’on en sorte pour de bon. Je fais ce paris avec la jeunesse.

Ausmin