Cheick Fantamady Condé raconte l’histoire du football guinéen dans son dernier livre

article mise à jour : 25 septembre 2015
Cheick Fantamay Condé M. Cheick Fantamady Condé est le secrétaire général de la Cour Constitutionnelle de la République de Guinée .Ancien ministre de l’Information et de la Culture, ex-secrétaire général du ministère de l’intérieur, plusieurs fois chef de cabinet de départements ministériels, ce diplômé ‘d’histoire de l’institut polytechnique de Conakry est un éminent journaliste sportif

Il a été au rendez-vous des plus grands événements sportifs de la Guinée, d’Afrique et du Monde. Évoluant dans les médias publics ( Radio nationale, télévision nationale, quotidien gouvernemental-Horoya) au sein desquels il a occupé plusieurs postes jusqu’à celui de directeur , M. Condé , mordu du cuir rond, a couvert le sacre du célèbre Hafia Football Club de Guinée, les différentes joutes sportives continentales et mondiales comme la Coupe d’Afrique des Nations de football , la Coupe du monde de football ou encore les Jeux olympiques. Dans son objectif de faire connaître aux générations montantes le passé glorieux du football guinéen, les hic et les insuffisances, M. Cheick Fantamady Condé a fouillé dans les archives publiques et privées, consulté des témoins et talonné avec persévérance des acteurs de plus en plus rares pour étaler dans son nouveau livre, "Le football guinéen : des origines à l’indépendance", des passages inédits et pleins d’informations de cette époque que le lecteur n’aura pas du mal à déguster à cause de sa simplicité et de la justesse des mots qui décrivent les évènements. Votre reporter l’a rencontré pour vous en vue de vous présenter les grandes articulations de ce livre et les raisons qui ont amené l’auteur à l’écrire.

Guinée culture : Vous projeter de dédicacer votre ouvrage intitulé : Le football guinéen : des origines à l’indépendance (1925-1958)’’. Quelle sont vos motivations en écrivant cet ouvrage sur un pan de l’histoire du football en Guinée ?

Cheick Fantamady Condé  : Mes motivations sont celles de tout auteur. Il s’agit de faire passer un message. Dans le cas d’espèce, il me paraît important de faire connaître les évènements qui ont caractérisé l’évolution du football dans notre pays. C‘est de faire connaître ce sport en Guinée. Comme en toute chose, il n’est pas inutile de savoir d’où l’on vient. Une fois cette précaution prise, on peut mieux se situer, savoir pourquoi à un moment donné notre football a atteint un niveau ou n’a pas franchi cet autre et définir la voie à suivre pour renouer avec le sommet. Ce travail est celui d’un homme qui a consacré la première partie de sa carrière au traitement des informations sportives. Je rends grâce à Dieu de m’avoir pourvu de facultés qui m’ont permis d’évoluer dans la presse sportive à travers les différents aspects qui la caractérisent. J’ai été l’un des rares journalistes à se targuer le mérite de faire le traitement de l’actualité sportive à la radio , à la télévision et dans les colonnes des journaux guinéens et étrangers. Le sport a été toujours ma passion, le football en particulier. A ma tendre enfance j’étais vu par certains comme un être doué. J’ai interrompu mon envolée footballistique sans savoir pourquoi. Je me le demande encore aujourd’hui. C’est plus tard que je me suis intéressé au journalisme et je l’ai pratiqué à un moment où le football était considéré en Guinée comme le plus prestigieux du continent.
C’est donc, en ma qualité de journaliste sportif, que j’ai écrit sur les plus saillants événements qui ont caractérisé l’histoire de football dans notre pays. Il y a entre autres ‘’ Sport et politique en Afrique’’, ‘’Hafia 1977’’ .
Vous pouvez le comprendre, dans ce dernier livre, j’ai principalement parlé du triplé et de l’arrivée définitive du trophée continental en Guinée. Je ne m’arrête pas à ce livre. C’est pourquoi je me suis intéressé à la période d’avant l’indépendance dans ce livre que je m’apprête à présenter au public grâce à la maison d’édition et de diffusion Harmattan Guinée du jeune et dynamique Sansy Kaba Diakité. Dans ce présent livre, je parle du football en Guinée , de ses origines à l’indépendance. Comme tous les aspects de la vie nationale, le football aussi a son histoire.
En fait, ce livre raconte la période où le football a été introduit dans cette ancienne colonie française qui prendra le nom, après son indépendance, République de Guinée. Il y a des péripéties qui ont suivi cette introduction qui méritent qu’on en face un récit. C’est cette histoire que j’ai essayée de transcrire dans ce livre qui vient de paraître.

Dans ce livre vous parlez beaucoup de Racing Club de Conakry et de la Société Sportive de Guinée. Pourquoi ?

Le Racing Club et la Société Sportive de Guinée ont été les deux clubs phares de l’époque coloniale. Bien qu’ils ne soient pas les premiers clubs créés sur le territoire, ils ont fait des performances qu’aucun autre club avant eux n’avait pu égaler dans l’ex-colonie française. Aussi, ils symbolisaient la santé du football en cette période. Bien qu’ils évoluassent à la même période que les autres, ils étaient les plus performants sur le terrain. C’est pourquoi dans mes récits, j’ai parlé abondamment d’eux.
Le Racing Club de Conakry a été fondé en 1941, il est né dans des circonstances qui méritent d’être relatées. Parmi les clubs qui l’ont précédé figuraient l’Aigle noire et l’Étoile qui occupaient non seulement le haut du pavé à Conakry comme dans le reste du territoire. Les deux clubs entretenaient des relations antagoniques. Toutes leurs rencontres donnaient lieu à des scènes de violences inouïes. Sur la pelouse comme dans la ville, l’antagonisme avait fini par avoir une telle acuité que les dirigeants des deux clubs, malgré les difficultés qu’ils ont eues pour la création de leur club respectif et malgré la passion qui se manifestait au niveau des supporters ont eu la grandeur d’esprit de les fondre en une seule entité. Le Racing Club de Conakry est né des cendres de l’Aigle noire et de l’Étoile. Dès sa création, pour le Club qui regroupe désormais l’élite du football à Conakry, les résultats ne se sont pas faits attendre. Ces résultats sont évoqués dans mes récits. Mais je me dois de reconnaître qu’écrire sur cette période d’avant l’indépendance, n’est pas aisé à cause de la rareté de documents. Les témoins de cette époque palpitante sont de moins en moins nombreux. Le chercheur est parfois confronté à des difficultés qu’il ne peut pas transcender .Il est obligé de se contenter de l’incongru. Vous avez certainement lu le livre. Les exploits du Racing Club y sont relatés tant sur le plan local que dans les compétions à l’échelle de l’Afrique Occidentale Française (AOF). En 1950, il a été le premier club de l’AOF non sénégalais a remporté la coupe du même nom. Les clubs de l’ex Soudan ( Mali) et de la Côte d’Ivoire ont suivi après en inscrivant leur nom au palmarès du football de la fédération. Avant cette date, la coupe de l’AOF était l’apanage des clubs sénégalais exactement des équipes dakaroises. D’ailleurs l’année précédente, en 1949, c’était encore une première, le Racing a été finaliste de la même coupe. Imaginez la joie qu’il y a eu à Conakry quand le Racing remporta le trophée. C’était une liesse populaire dans les rue de Conakry. Cette liesse préfigurant celle que moi-même j’ai vécue quand Hafia football Club de Conakry a remporté la coupe Nkrumah en 1972. L’un dans l’autre, le Racing a été incontestablement le plus grand club que la Guinée ait connu avant son indépendance. Cette domination fait date étant jugé les succès qu’il a remporté sur le plan local et sur celui fédéral parce que la Guinée faisait parti de la Fédération de territoires de l’Afrique de l’Ouest. Son plus grand adversaire fut la Société Sportive de Guinée (SSG) que les détracteurs appelaient sous le sobriquet de Mamaya. Mamaya parce que ses plus grands dirigeants étaient originaires de la Haute Guinée et organisaient à leur domicile des soirées au cours desquelles on dansait la Mamaya. La rivalité entre le Racing et la SSG rappelait par moment celle qui existait par le passé entre l’Aigle noir et l’Étoile de Guinée . Évidemment, les dirigeants de la SSG nourrissaient l’ambition de supplanter le Racing Club de Conakry. Les débuts du club ont été laborieux. Ils ont été émaillés par de multiples insuccès. Mais à force de persévérance et grâce à la discipline imposée aux joueurs, la balance se penche du côté de la SSG et finit par l’équilibre des forces vers la fin des années 1950. La SSG a pris l’ascendance sur le RCC . Elle était incontestablement le meilleur club du territoire à la veille de l’indépendance bien que les résultats sur le plan de la fédération soient restés en deçà de ceux qui ont été réalisés par le Racing. Pas à cause de son potentiel mais de la malchance qui l’a souvent accablée dans les compétitions africaines.

Pourrez-vous nous parler des individualités qui ont marqué cette époque ?

Il est fastidieux de parler de toutes les individualités qui ont marqué l’évolution du football au cours de deux dernières décennies qui ont précédé l’indépendance de la Guinée . Le nombre de talents pouvant être recensés à cette époque, on ne peut en citer que quelques uns . A tout honneur tout seigneur, je parlerai d’abord de celui dont l’évocation du nom m’amène à croire qu’il a été le plus grand . Il s’agit de James Bouré dit Toppie considéré comme le premier grand joueur de l’histoire de la Guinée d’avant l’indépendance. Il savait tout faire avec le ballon rond m’a-t-on dit. Il l’a prouvé avec l’Étoile dont il a d’abord porté le maillot et avec Racing dont il a été la vedette incontestée pendant les premières années de ce club. Il n’a quitté le Racing que lorsqu’il a été mobilisé à la 2ème Guerre mondiale.
Il y a eu son complément idéal Mory Saidou Yattara dit Champion dans l’axe offensif de l’Étoile et du Racing. Étonnement doué, ce joueur pouvait à lui seulement faire la différence par sa maîtrise du ballon, sa rapidité et sa prodigieuse efficacité. Plus tard, Il y a eu Lucien Loomy, un Antillais dentiste aussi phénoménale avec le cuir rond. J’ai aussi parlé de la génération des René Saadi , le Mulâtre , les frères Kounta (Cheick kounta , Morlaye Bakaye ), Yéro Diarra, François ChA CHA CHA, N’Famara Camara, 502 Louis….

Vous avez dans votre livre parlé des clubs de l’intérieur du pays tel que ceux de la localité de Mamou ?

Je me suis pas beaucoup étendu sur les clubs de l’intérieur à cause surtout de l’insuffisance de documents relatant la vie sportive dans ces localités. Parlant de Mamou, j’ai souligné l’existence à l’époque de 2 clubs. L’AST ou Association Sportive Théâtrale et l’équipe des Cheminots et plus tard un troisième club animé par la communauté libanaise appelé les Métropolitains. Si le football n’a pas connu le même développement partout, il est évident que le virus du ballon a contaminé toutes les régions et Mamou ne pouvait pas rester en reste. J’ai parlé de sa position charnière ; j’ai parlé aussi de son peuplement hétéroclite et du dynamisme qui a caractérisé sa jeunesse. Pour ses raisons, Mamou ne pouvait pas échapper à la fièvre du football. Il a même été le précurseur de ce sport au Fouta. .

A l ‘indépendance, ces clubs existaient. Quelle a été leur contribution dans la constitution des équipes nationales ?

Cela sera le thème de mon prochain livre dans lequel je parlerai du Syli national, de sa création à 1984. A sa création en 1959, il a été constitué essentiellement des joueurs du Racing Club de Conakry et de la Société Sportive de Guinée. En 1958, ces deux équipes avaient fait leur mue. Des vedettes vieillissantes ont laissé la place aux nouveaux talents. Ainsi les joueurs de ces deux formations ont majoritairement revêtus la couleur de l’équipe nationale lors de sa première apparition effectuée au Ghana contre le club de Slovan de Brostislava, un club de l’ex Tchécoslovaquie.
Mais l’histoire de football après l’indépendance correspond à une autre réalité. Parce que chaque époque se caractérise par une situation qui lui est propre. Vous constaterez qu’après la proclamation de l’indépendance en 1958, des réformes ont été entreprises dans le domaine du sport précisément . Celles-ci ont abouti à l’éclatement de toutes les structures qui existaient alors. Le football a été géré dès lors à travers un nouveau prisme.