’’Conakry peut être la capitale mondiale du livre ’’

article mise à jour : 4 mars 2015

Sansy Kaba Diakité est le directeur général de l’Harmattan Guinée, une maison d’édition et de diffusion du livre créée en septembre 2006 pour permettre aux Guinéens d’avoir accès au livre.

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Cet universitaire qui est spécialisé en management avec ses 2 masters obtenus dans les universités françaises a voulu participer au développement de la Guinée en venant ouvrir une maison d’édition et diffusion du livre à Conakry, capitale guinéenne qui n’en est pas pourvue apparemment. C’est par ce créneau inexploité qu’il compte promouvoir la culture guinéenne. Animé par cette vision et mû par la volonté de s’inscrire dans le futur que ce jeune manager de haut rang, s’est donc attelé à la tache. C’est ainsi que les rencontres annuelles des 72heures du livre ont vu le jour à Conakry, Capitale qu’il veut transformer en capitale mondiale du livre à l’images d’autres métropoles d’Afrique qui se sont déjà inscrites dans d’autres spécialités. Dans cet entretien, il parle de ses activités et des démarches qu’il a effectuées pour rendre réelle cette projection qui lui tient à cœur..

- Guinee-cultre.org : Bientôt la 7 édition des 72 heures du livre à Conakry. A quel niveau se trouvent les préparatifs ?

Sansy Kaba Diakité : Je voudrai vous rassurer que c’est tout un comité d’organisation qui travaille nuit et jour depuis 10 mois pour que la 7ème édition des 72 heures du livre ait lieu cette année en Guinée. C’est important parce que nous traversons une situation sanitaire difficile à cause de l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Ebola. Le comité, cependant, estime qu’aujourd’hui les 72heures du livre peuvent se tenir. Les écoles et les universités sont ouvertes, les gens se meuvent dans les bureaux et les marchés ; beaucoup d’événements se font ; les mesures de protection fonctionnent, la chaine de contamination est presque brisée et l’épidémie tend à être vaincue.. Donc les 72heures du livre peuvent se tenir.
Elles se tiendront les 23,24et 25 avril à Conakry et 26 et 27 à Labé qui est la ville invitée d’honneur parce qu’il y a des innovations. Cette année, le thème choisi est Livre, Science, Climat et Environnement parce que la Guinée doit participer au sommet des Nations Unies sur le climat en fin d’année 2015. Il faut que les Guinéens se préparent. C’est une manière pour nous aussi d’apporter notre contribution à la préparation de notre pays à ce rendez-vous important.
Pour les 72 heures du livre, nous avons un pays invité d’honneur : la Côte d’Ivoire. Nous nous apprêtons à aller à Abidjan pour rencontrer les autorités qui ont favorablement répondu à notre invitation en vue de régler les détails comme le nombre de participants, les maisons d’édition, les acteurs du livre, les professionnels, les officiels qui seront à Conakry…. Aujourd’hui, tout est quasiment prêt ( programme disponible, invités connus, espaces identifiés, conférences et conférenciers connus ). Nous sommes fin prêts pour offrir une belle fête à la jeunesse guinéenne, au peuple de Guinée.

- En déclinant le programme des festivités avez-vous pensé à faire des communications sur l’épidémie hémorragique à virus Ebola qui sévit actuellement chez nous ?

Nous avons pensez à cela. C’est pourquoi, nous avons introduit le volet sciences dans le programme pour qu’on puisse faire des débats. On a lancé spécifiquement un prix littéraire dénommé prix du jeune écrivain, consacré à Ebola. Donc, il y aura beaucoup de débats autour de la situation sanitaire en Guinée. Des professionnels, des spécialistes guinéens et étrangers viendront animer les débats. C’est aussi une manière pour nous de contribuer en vue de vaincre définitivement le virus maudit. Nous avons fait une boite à image qu’on a distribuée aux élèves et qui sera donnée. Cette boite à image sera aussi distribuée pendant l’événement. On a aussi fait des affiches pour les écoles et pour les universités. Donc nous serons au cœur de ce qui se passe ; car quand un pays est menacé, les intellectuels, les écrivains, les artistes brefs tous les citoyens de ce pays doivent se mobiliser. Donc, nous nous sommes mobilisés pour cela et j’espère qu’il n’y aura aucun problème. On mettra les kits qu’il faut à l’intérieur comme à l’extérieur des espaces où il y aura des regroupements. Des professionnels de santé qui sont nos partenaires seront là pour gérer la situation en cas de petits problèmes. Cela à l’intérieur comme à l’extérieur de l’espace de regroupement. Je pense qu’avec les différentes mesures qui sont prises avec l’ensemble de nos partenaires (centre culturel franco-guinéen, les institutions républicaines et internationales, le système des Nations Unies, les ambassades de France, D’Allemagne, des Etats-Unis, bref tous ceux qui nous accompagnent), tout se passera bien.

- Vous voulez faire de Conakry la capitale mondiale du livre. En avez-vous les moyens et quelles sont les démarches entreprises dans ce sens ?

Notre vision est claire. Depuis que nous avons commencé ce projet d’entreprise d’édition et de diffusion, c’est de faire Conakry la capitale africaine du livre. Vous savez que Ouagadougou est la capitale du cinéma, Bamako la capitale de la photo, Dakar celle de la mode , Abidjan de la musique . D’autres capitales existent mais on pense que Conakry peut être la capitale du livre parce que c’est le pays de Camara Laye, de Therno Monenimbo, de Djibril Tamsir N’Niane , de William Sassine, de N’Fan Touré, c’est le pays des grands écrivains. Vous comprenez. On peut donc avoir le livre en Afrique.
Nous avons travaillé l’année dernière avec l’UNESCO. Cette agence onusienne a vu la qualité du travail et nous a demandé pourquoi nous ne pouvons pas postuler pour faire de Conakry la capitale mondiale du livre parce que depuis 7 ans nous y tenons les 72 heures du livre. Je précise qu’une ville est retenue en fonction du programme. Et aujourd’hui nous sommes en train de préparer cette candidature de Conakry pour qu’elle soit en 2017 capitale mondiale du livre. Ainsi nous voulons pour une année que Conakry soit le centre des actions en ce qui concerne l’édition, la librairie, la bibliothèque, bref tout ce qui est autour des métiers du livre. Les gens viendront de partout pour célébrer un agenda, un programme de qualité chez nous. Je disais donc, que nous sommes en train de préparer cette candidature. Nous avons rencontré les autorités gouvernementales, notamment Monsieur le Premier ministre, l’ensemble des ministres concernés, le gouverneur de Conakry, les 5 maires des 5 commune de Conakry, beaucoup d’entreprises partenaires, les institutions …Nous avons l’appui du gouvernement et de toutes ces institutions pour cette candidature.

- Pensez-vous que même avec cet appui, il n’y aura des problèmes d’infrastructures au niveau de la capitale ?

Il y’ a beaucoup d’efforts à faire sur place en matière d’infrastructures. Mais déjà, ils sont en train de réaliser des bluezones dans les communes de Conakry. Vous avez déjà vu la bluezone de Kaloum, vous verrez bientôt celle de Dixinn. Sur le long du chemin de fer, il y aura 7 bluezones et dans chaque bluezones il y aura une médiathèque des espaces agréable de lecture et de travail. Nous avons confié à chaque mairie l’identification d’espaces pour qu’on puisse réaliser des médiathèques. Dans les quartiers de Conakry nous souhaitons implanter des bibliothèques, dans les secteurs des centres de lecture, dans les écoles des points de lecture. Tout cela est important. C’est une question de vision et de volonté C’est pourquoi chacun de nous doit jouer sa partition. Je pense que la population va s’y mettre, les décideurs, les institutions, les entreprises dans leur rôle de responsabilités sociales et environnementales doivent s’impliquer pour que les espaces soient crées. Cela n’a fait que trop durer. Ce n’est pas normale que dans un pays qu’il y ait des marchés, des mosquées des églises, des centres de santé et qu’à côté qu’il n’’y ait pas des centres de lectures, des médiathèques et des bibliothèques. C’est vraiment important de les associer et de faire çà à côté.

- Pour cette entreprise n’avez-vous pas des difficultés ?

Nous avons beaucoup de difficultés. Mais à cœur vaillant rien d’impossible. Nous progressons avec cela car c’est notre travail, c’est notre métier. Moi, je suis un manager et nous faisons face à nos difficultés tous les jours. Il faut se mettre au dessus et faire en sorte que le projet aboutisse. C’est pourquoi je vous parlais tantôt de vision. Ce n’est pas aujourd’hui que nous visons, c’est demain dans 10 ans, dans 15 ans. Quand ces différentes infrastructures seront créées, les jeunes auront à lire, nous aurons des jeunes de qualité, des citoyens responsables et on aura un pays où il fait bon vivre, où le vivre ensemble serait intéressant. C’est ce demain là qui nous intéresse. Certes il y a des difficultés. Les difficultés c’est itinérant à toute action humaine. L’essentiel, c’est de faire en sortes que le projet aboutisse et d’arriver à bon port.

- Que pouvez-vous dire aux autorités, aux populations, aux partenaires ?

C’est de leur dire de se réveiller. Il ne peut y avoir de nation forte sans un système éducatif fort, sans une culture forte. En faite tout ce que l’on fait dans la vie c’est culturel. Et l’élément important de la culture c’est le livre. Le livre ouvre l’esprit, il permet à l’individu d’être éclairé, d’être épanoui, de se construire et de participer au développement de son pays. Il est donc fondamental de mettre le livre au cœur de nos préoccupations. C’est ce que j’ai demandé au Premier ministre et il ne faut qu’il dise que le livre n’est pas une priorité. Cela serait l’erreur. Il faut que le gouvernement donne la priorité à l’éducation, à la santé. Cela est lié aux questions de lecture, d’édition, de responsabilité. Et la connaissance n’existe nulle par ailleurs que dans le livre. Les gens qui écrivent, pensent et éclaircissent les gens, c’est-à-dire les écrivains, sont à l’avant-garde du développement dans le pays. Ce sont eux qui réfléchissent et qui proposent des solutions à nos problèmes. C’est leur travail, c’est leur rôle, on ne peut pas les mettre toujours au dernier rang. Il faut les respecter pour qu’ils puissent bien produire. Et pour les respecter et les considérer, il faut utiliser ce qu’ils écrivent, les lire, les distribuer. Il faut qu’ils entrent en contact avec le public, les lecteurs.
Propos recueillis par Lansana sarr

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