Coutume : Entre tatouages et initiation

article mise à jour : 21 décembre 2012
La Guinée forestière située au sud de la Guinée est l’une des rares régions qui garde encore les pratiques ancestrales en dépit du brassage culturel que connait la Guinée. Parmi ces pratiques, les tatouages et l’initiation qui, de nos jours, restent une chasse gardée des populations de la Guinée Forestière.

Si le brassage culturel et le frottement entre les ethnies sont
devenus une réalité en Guinée, il n’en demeure pas moins que chaque
communauté garde encore l’essentiel de son mode de vie pour ne pas
s’éloigner de ses origines et ses coutumes. La communauté forestière
reste la plus conservatrice en Guinée. Les fils et filles de cette
région accordent une importance capitale à l’initiation.

En dépit de la modernité, les populations de la forêt sont encore
soudées à cette coutume ancestrale. La forêt sacrée est un lieu où
tout candidat à l’initiation séjourne pour un minimum d’un ou deux
trimestres, affirme Koly Koivogui. Qui elle, s’est prêtée à cette
pratique : « Nous passons entre trois et six mois dans la forêt
sacrée sans contact avec l’extérieur ». Avant d’ajouter que la durée
du séjour varie suivant les candidats ou candidates à l’initiation
précise notre interlocutrice.

Interrogée sur le mystère qui entoure cette initiation, Koivogui ne
cache pas son ignorance « même moi qui suis devant vous, je ne connais pas. Seules les personnes initiées ou chargées d’effectuer cette mission ont le secret, nous autres, nous ignorons entièrement. On ne peut pas non plus demander : c’est sacré ! ». Elle précise tout de même que « durant les trois ou six mois, la personne va être préparée à affronter la vie. On l’append par exemple comment vivre en société. Egalement lui parler de ses origines. Les comportements qui
distinguent les familles les unes des autres sont aussi enseignés.
C’est pourquoi d’ailleurs pour celui qui connait nos coutumes, il lui
est facile de distinguer une personne initiée et celle non initiée ».
Jusqu’à un passé récent, les parents obligeaient leurs enfants à
s’initier. Mais avec la modernisation, seuls les nécessiteux peuvent
se porter candidats explique Koivogui.

L’autre particularité des populations de la Guinée Forestière, c’est
le tatouage. Les filles et fils de cette communauté utilisent cette
pratique pour, souligne notre interlocutrice : la première raison
c’est la beauté, et la seconde pour la protection. En ce qui
concerne le tatouage qui a trait à la beauté, c’est surtout la couche
féminine qui rafle la palme d’or sur ce point, indique Koivogui.
Ainsi, les membres supérieurs, la poitrine ou encore le cou sont les
parties du corps les plus vues. Le plus souvent, les traits sont
regroupés par deux, trois voir quatre sur la partie choisie.

Pour ce qui concerne la protection, tous les gens utilisent le
tatouage. C’est une pratique qui existe depuis toujours, selon les
utilisateurs. Ceux qui acceptent de subir cette pratique, croient dur
comme fer qu’ils sont à l’abri des mauvais sorts. En guise d’exemple,
« lorsque la Guinée Forestière a été attaquée par la rébellion, tous
les jeunes tatoués, étaient partis au front et revenus saints et sauf.
Par contre, les non-tatoués ont eu des problèmes et ont passé le plus
clair de leur temps à se cacher », explique Koly Koivogui.

Pourvu que les anciens ne meurent pas avec leurs secrets qui entourent les initiations et les tatouages de protections. Cependant, les fils ressortissants de cette région doivent approcher les aînés au risque de perdre ce trésor caché.