Culture : Plus de concerts en Guinée au-delà de 18 heures ?

article mise à jour : 11 février 2013
Dans un communiqué conjoint signé des ministres de la jeunesse et des sports et son homologue de la culture et du patrimoine historique, lu sur les médias d’Etat ce jeudi, aucune manifestation culturelle se déroulant dans les espaces publics ne peut aller désormais au-delà de 18 heures. Une mesure mal perçue et qui fait déjà beaucoup jaser dans les milieux du show biz et dans les rangs de la jeunesse de Conakry.

L’effet de surprise passé, dans les QG des structures et agences de production et de promotion de spectacles, on cherche à comprendre les contours de cette décision gouvernementale. Nous avons y promené notre micro, histoire de recueillir les réactions au lendemain de la diffusion de ce communiqué. Dans l’ensemble, c’est un concert de désapprobation. Lisez plutôt.

Première escal, la CIS’COM de Saint Kauphy. Connu pour être l’inventeur du concept de ‘’ Miss et Master Bôrô’’, St Kauphy ne trouve pas de mots pour commenter cette mesure. Tout en déplorant cette initiative qu’il fustige au passage, il dit ceci « S’ils veulent restreindre nos libertés ou nous imposer un couvre-feu qui ne dit pas son nom, qu’ils nous le disent. ».

Le jeune homme, également membre du COMIGUI, dépité, estime simplement que cette mesure si elle était appliquée signerait l’acte de décès de l’industrie culturelle guinéenne.

A la CPP, on se dit étonné comme des fondeurs de cloche. Foté, l’homme à tout faire de la structure, nous a confié que c’est à la radio qu’il a appris l’information. Il trouve la mesure scandaleuse et estime que rien, vraiment rien ne peut justifier une telle décision.

A la question de savoir ce que son agence compte faire, il a répondu « Nous allons nous retrouver dans les jours à venir à notre niveau, puis certainement avec les autres, ensuite nous irons voir le ministre, d’abord qu’il nous dise pourquoi une telle mesure ? », et de conclure « Nous nous battrons pour que cette initiative ne prospère pas, il faut que la mesure soit levée aussitôt ».

Au MLP, c’est le même désarroi. Selon Abdoul N’Baye, au passage manager du groupe les ‘’Banlieu’zart’’, « avec cette décision, ils ne veulent plus que les promoteurs que nous sommes vivons de nos activités, c’est aussi simple que cela. », plus loin, il s’étonne que le gouvernement ait pris une telle décision, car à ses yeux, c’est plus la musique urbaine et le reggae qui sont visés, étant les deux genres musicaux qui se déploient sur les différentes plages de Conakry.

Ce qui veut dire que le concert du 16 février du groupe de rap français Sexion d’Assaut au palais du peuple n’est pas concerné par la mesure, puisque prévu pour se dérouler sur l’esplanade du palais du peuple.

Il faut rappeler que cette mesure selon le ministre Ahmed Tidjani Cissé, de la culture, vise à éviter désormais que l’on retrouve des filles dans les rues de Conakry à des heures indues, venant des concerts sur les différentes plages de Conakry, se promenant à demi-nues et parfois en état d’ébriété. Comportement et pratiques qui n’honorent pas la guinée.

Sur ces raisons avancées par l’autorité, Abdoul N’baye réagit en disant que de cette manière, ce ne sont pas les concerts de mamayas, de musique mandingue, traditionnelle et autres en quelque sorte, ne sont nullement visés par la mesure, car ce sont des personnes s’habillant correctement qui s’y rendent généralement.

Comme on peut le constater, cette mesure risque de faire un ramdam pas imaginable dans la cité dans les jours à venir, surtout qu’elle arrive à un moment où la fête des amoureux, la Saint Valentin se profile à l’horizon, sans compter tous les événements culturels programmés déjà. Aux dires de certains, ladite mesure provoquera à coup sûr des manifs de la part des jeunes. Affaire à suivre !