Culture : l’œuvre de Bembeya Jazz national magnifiée par un auteur guinéen

article mise à jour : 21 décembre 2012
Alpha Oumar Diallo est l’auteur ‘’Demba et le Bembeya Jazz national’’. Enseignant de profession, cet auteur est à son premier livre publié. Dans cet entretien, M. Diallo revient sur les motivations qui l’ont poussés à écrire ce livre tout en soulignant les circonstances dans lesquelles il a fait connaissance avec cet orchestre national avant de revenir sur les succès enregistrés par le Bembeya Jazz national.

Guinée Culture : Vous avez écrit un livre intitulé ‘’ Demba et le Bembeya Jazz. Peut-on savoir vos motivations pour l’écrire de ce livre ?

Alpha Oumar DIALLO : Merci pour cette opportunité que vous m’offrez. Ce livre est paru dans les Editions Verdure, la dédicace s’est tenue le 28 novembre au Centre Culturel Franco guinée (CCFG). Les motivations qui m’ont poussé à écrire ce livre sont parties de mon inspiration d’enfance. Le contexte dans lequel nous étions, notre idole c’était Demba et son groupe. La raison principale c’est que j’ai rencontré le personnage principal en 1969 à la gare de Mamou alors que je ne savais même que c’était la star. Au cours de notre causerie, il nous a dit qu’il était Demba. On était surpris et heureux de le rencontrer. Il nous a demandé ce qu’on voulait devenir après nos études. Je lui aie dit quand je terminerai mes études, je parlerai de lui un jour. Et lui d’ailleurs, il s’est acquitté parce ce que il m’a fait rentrer à la permanence pour suivre son spectacle. Désormais j’avais comme une dette vis à vis de lui. Après 30 ans, quand l’inspiration est venue, je me suis mis à écrire. Heureusement le rêve d’enfance promis à l’époque, aujourd’hui se réalise. Grâce à l’éditeur, le promoteur du livre Sidiki Sano.

Guinée Cutlure : Vous avez côtoyé le Bembeya Jazz ou bien ce sont des personnes ressources que vous avez rencontré pour écrire ?

Alpha Oumar Diallo  : Depuis 1969 j’ai eu la chance de les côtoyer. Non seulement en spectacle mais aussi en privé.

Guinée Culture : Vous êtes novice ou bien vous avez écrit d’autres livres ?

Alpha Oumar Diallo : Bon je ne suis pas novice, mais c’est le premier manuscrit qui a été accouché. J’ai pas mal de manuscrits n’ont publiés. Etant sociologue, je me suis dis, c’est l’occasion de mettre à la disposition de l’actuelle génération l’histoire de la Guinéen à travers ce livre, pour le rayonnement et la promotion de la Culture.

Guinée Culture : Qu’est ce que vous avez abordé dans ce livre ?

Alpha Oumar Diallo : J’ai parlé d’abord de l’histoire de Demba dans le Bembeya Jazz et l’histoire de ce grand groupe depuis sa création en 1961 jusqu’au décès de la star en 1973 à Dakar. J’ai réussi à ressortir l’une des plus grandes pages de l’histoire de la musique guinéenne à travers le Bembeya Jazz.

Guinée Culture : Durant son évolution, le Bembeya a connu des hauts et des bas.

Alpha Oumar Diallo  : Si vous lisez le livre, vous allez rencontrer deux aspects : le premier, c’est l’aspect spéculatif le message de l’auteur. Le deuxième c’est la démarche pédagogique dans laquelle Demba est resté pour sa formation. L’apprentissage à travers le seny populaire Djeliba qu’il a rencontré à Mamou lors de son séjour dans le prologue pour l’influencer sérieusement sur sa vision de la musique. Grâce à Djeliba, il a été réellement orienté vers la musique et il lui fallait trouver un groupe pour mettre en pratique ses connaissances. C’est ainsi qu’il a trouvé un orchestre à Beyla à partir de 1962. Maintenant il va mettre ses connaissances en pratique, renforcer sa capacité, planer avec le Bembeya, arriver à la consécration et ce qu’on appelle aujourd’hui la célébrité. Enfin, Demba maître formateur, éducateur des masses populaires, à travers ses chansons. Donc grâce à la sensibilisation.

Guinée Culture : Donc Demba suivait une voie que lui avait tracée le destin ?

Alpha Oumar Diallo : C’est évident ! Justement dans le livre il y a un chapitre réservé au destin de Demba. Lorsqu’il va rencontrer Djeliba représentant de génie populaire, qui va lui donner les notions d’arts à travers le folklore, le ballet et la musique pour pouvoir l’orienter sérieusement vers sa nouvelle vocation. N’oubliez pas au départ qu’il a été menuisier reconverti en mécanicien à Mamou avant de se retrouver dans un orchestre comme le Bembeya Jazz national.

Guinée Culture : Dans ce livre vous parlez de la musique de Demba en termes de quantités. On peut avoir une idée du nombre d’albums qu’il a produit ?

Alpha Oumar Diallo  : Dans ce livre, je n’ai rien occulté. Non seulement j’ai parlé de l’histoire de Bembeya Jazz national. D’abord il faut que les nouvelles générations sachent ce que c’est que le Bembeya ? Bembeya signifie en langue guerzé ‘’ liant’’ donc c’est la liane qui lie les générations à travers la musique produite par cet orchestre là. Le Bembeya Jazz national avec Demba Camara, a réussi à produire pas mal de morceaux comme loi cadre, bembeya ko, mobeny baralé mais aussi à travers leurs 33 tours, leur 10ieme anniversaire, qui leur a donné le succès grâce à l’expression de Kanté Aboubacar. Dans ce tube, ils ont réalisé au moins 10 morceaux, l’introduction, le tintimba, woulikoro, etc. Des morceaux qui ont fait le tour du continent et qui ont occupé une place de choix dans la musique internationale.

Guinée Culture : Il était connu en Guinée. Au niveau africain a-t-il eu un prix ?

Alpha Oumar Diallo : Oui ! Bembeya Jazz a fait ses preuves. En dehors de la Guinée, il a voyagé au Libéria, en Sierra Leone après avec Demba en Côte d’Ivoire maintes fois au Sénégal et au Mali. En 1966, ils ont participé à un sommet international qu’on a appelé ‘’ le sommet du tri continent Alhavana ‘’. Le Bembeya n’avait que 5 ans. Dans ce sommet ils ont ébloui le plus grand chanteur de l’époque Abelardo Barosso à travers le morceau ‘’Wantanamo’’. Les musiciens Aragon étaient émerveillés. C’est là que le Bembeye Jazz s’est rendu compte qu’il avait la maitrise et qu’il a un défi à relever. Dès que le groupe est rentré en Guinée, la consécration va s’ouvrir pour lui, pour devenir l’orchestre national de la République de Guinée. A partir de là, les succès se sont enchaînés.

Guinée Culture : Surtout au festival d’Alger !

Alpha Oumar Diallo : Au festival d’Alger c’était autre chose parce que le Bemba Jazz a constitué l’ossature du syli orchestre qui devrait représenter la Guinée à ce grand festival et ils ont raflé le 2ème prix. Donc c’était la consécration en Afrique. C’est pourquoi une ONG malienne ‘’le Tamani d’or’’ a décerné un prix au Bembeya Jazz comme étant le meilleur orchestre africain le plus célèbre de 1960 à 2011.

Guinée Culture : Entre Demba et le Bembeya qui a grandi l’autre ?

Alpha Oumar Diallo  : On ne peut pas séparer les deux. Les deux constituent une symbiose dans laquelle on retrouve la valeur de la culture africaine. Certes les musiciens de Bembeya Jazz étaient des professionnels il faut le dire comme ça parce qu’ils ont commencé dans le néant.

Guinée Culture : Donc, ils n’ont pas fait l’école de la musique ?

Alpha Oumar Diallo : Pas du tout. Mais à travers la pratique, le génie populaire, ils sont devenus des grands. Et à côté de ça, Demba a su être en complicité avec les 10 autres membres pour donner un souffle extraordinaire au Bembeya Jazz national. Il avait assez de talents, à la fois bon chanteur, animateur, humoriste, et surtout quelqu’un de très intelligent. Donc, il a utilisé toutes ses qualités pour le Bembeya Jazz national.

Guinée Culture : On l’appelle le dragon de la musique africaine. Qui lui a donné ce nom ?

Alpha Oumar Diallo  : Tout à fait. La seule personne qui a écrit sur le Bembeya Jazz et qui a révendiqué le nom c’est Justin Morel Junior. Jusqu’à preuve de contraire c’est lui qui a donné ce sobriquet de dragon de la musique africaine.

Guinée Culture : A part sa musique et sa fille on peut dire qu’il n’a pas laissé grand-chose parce que quand il se produisait ce n’était pas à but lucratif ?

Alpha Oumar Diallo : Pas du tout. C’était des musiciens du devoir. C’est pourquoi ils ont réussi parce ce que quand quelqu’un ne pense pas à l’argent, il pense à l’avenir du pays il va se défoncer. Et ils se sont défoncés pour l’avenir, pour l’honneur de la République et non pas pour l’argent. Et aujourd’hui c’est difficile de remplacer ce genre de personnes.

Guinée Culture : Revenons maintenant à votre livre. Ecrire un livre, ce n’est pas écrire une lettre comment avez-vous fait ?

Alpha Oumar Diallo : Le métier d’écrivain, c’est un métier de pression. Ce qu’on appelle inspiration, c’est presque quelqu’un qui se prépare à l’accouchement. Quand tu écris quelque fois l’inspiration vient à 4 heures du matin pour dire cette phrase n’est pas à sa place etc. C’est la plume qui te montre les personnes sur lesquelles il faut passer l’écriture. On n’écrit pas pour l’argent, on écrit pour sa satisfaction personnelle. Surtout pour le cas spécifique de ce livre. Je vous ai expliqué que j’avais un contrat en 1969 avec Demba. Si vous voulez c’est un livre de mission. C’est fait, c’est une satisfaction morale pour moi.

Guinée Culture : Les difficultés ?

Alpha Oumar Diallo : J’en ai rencontré. Ecrire en Guinée ce n’est pas facile. Les conditions dans lesquelles nous sommes, ne sont pas faciles. Une écriture demande de l’argent, l’achat du matériel, étant un enseignant ce n’est pas facile. Dieu merci au bout de l’effort j’ai réussi. Je remercie mon promoteur Sidiki Sano qui a mis de l’argent, l’éditeur karamoko Oury Wann. Sans oublié le centre culturel franco guinéen.

Guinée Culture : C’est votre premier bébé il y en aura d’autres ?

Alpha Oumar Diallo  : Je le pense oui. L’écrivain c’est toujours comme ça.

Guinée Culture : Comment se comporte le livre, on sait que la Guinée a une légende d’être la moins lectrice ?

Alpha Oumar DIALLO  : C’est vrai on pêche toujours à ce niveau. La philosophie de l’écriture n’est pas développée chez nous. Pourtant c’est la base de tout. Tous les autres genres se servent du livre. Mais je crois qu’en forgeant, on est entrain de bousculer les choses pour amener les guinéens à aimer la lecture.

Merci