Djembé D’or 2012 : L’artiste Amadou Sodia, candidat pour trois distinctions

article mise à jour : 5 novembre 2012
L’album « Communiquer Chérie » d’Amadou Sodia actuellement prisé par les mélomanes de la Guinée et d’ailleurs porterait-il bonheur à l’artiste musicien ? La question se doit d’être posée. Cet album de quatorze titres est sur le marché de disques depuis le 8 juillet 2012. Il a déjà offert à l’artiste plusieurs opportunités de spectacles à l’extérieur du pays. Et mieux, la structure Select communication et l’émission Sono mondiale viennent de le nominer pour la onzième édition de « Djembé d’or » pour trois distinctions à savoir : Le meilleur artiste de l’année, la meilleure vente et le meilleur album à l’extérieur.Ce Vendredi 02 novembre, dans sa villa flambant neuf située au quartier Lambanyi, banlieue de Conakry, le griot appelé « grand parolier » nous accorde une interview où il dit sa satisfaction de concourir à ses trois prix avant d’aborder avec assez de modestie son parcours d’artiste et ses projets. Dégustez !

Guinée Culture : Vous êtes nominé par select communication et l’émission sono mondiale dans la catégorie de meilleur artiste de l’année, votre dernier opus « communiquer chérie » pressenti pour être parmi les meilleures ventes et meilleur album à l’étranger. Quel est votre état d’âme face à ses différentes distinctions ?

A.S  : Je ne peux que remercier mes fans et les autres gros consommateurs de mes produits car sans eux je ne pourrais pas atteindre ce niveau. Mes remerciements vont à l’endroit des différents medias également. Je ne suis nullement surpris, je sais que je suis bien aimé par mon public. Je crois que c’est le plus important d’ailleurs.

GC : C’est votre première fois d’être en course pour une distinction en Guinée ?

A.S  : Non. En 1998, j’ai été distingué pour la première fois par les initiateurs des éditions djembé d’or. Je venais de sortir mon premier Album intitulé « Touma sera » qui a été sacré meilleur album. C’était la belle époque de l’émission sono mondiale. Mais c’est ma première fois d’être en course pour trois prix. C’est vraiment un immense plaisir pour moi.

GC : « communiquer chérie », le titre phare de votre dernier album du même nom est pour beaucoup dans cette illustration. Expliquez nous un peu le sens de cette chanson ?

A.S  : Quant ont dit communiquer, ça veut dire tout. Sans la communication il n y a pas de vie, il n y a pas d’amour. Ce n’est pas seulement entre un couple. Par exemple, un enfant doit communiquer avec ses parents. Voila pourquoi ce titre connait un franc succès. Tout le monde y trouve son compte.

GC : cet album est aussi parmi les meilleures ventes à l’étranger. Qu’est ce qui explique cela ?

A.S  : C’est une question d’organisation. Je suis bien encadré à l’étranger. En France où je vis, j’ai des structures qui vendent mes produits. Quant on sort un album, nous prévoyons deux mix différents : Le mix africain consommé sur le continent. C’est un frère guinéen et moi-même qui sommes chargés de cette distribution. Et puis, il y a mon éditeur principal qui s’occupe de la diffusion dans le reste du monde. Je suis fièr que le titre « communiquer chérie » ait pris de l’ampleur au Mali où les mélomanes connaissent la chanson par cœur. Quand j’ai été récemment en visite là-bas, j’ai reçu plusieurs grands promoteurs et producteurs pour la diffusion de l’album, malgré que la distribution soit en berne. Le Sénégal, la Cote d’Ivoire se le sont également procurés. Ces pays sont cités à titre d’exemple en Afrique et je suis content que l’album soit internationalisé.

GC : Amadou Sodia, on vous sait ancien sociétaire du groupe Horoya bande national. Expliquez nous brièvement votre parcours musical ?

A.S : La nouvelle génération que vous êtes ne sait vraiment pas mon histoire. Bon tiens ! D’abord je suis né dans une grande famille griotte à Fadama (NDLR : sous préfecture de Kouroussa). Mon parcours est chargé de bonnes choses. En 1979, j’étais avec mon grand frère Bramani Doumbouya à Kankan où je fréquentais des orchestres comme le 22 bandes. A l’époque Lancinet Kanté (NDLR : Alors leader du groupe horoya bande national) qui y était pour une visite familiale m’avait découvert sur scène dans la grande salle « J.B ». Il était vraiment séduit par mon talent. Après le spectacle, il m’a appelé dans un coin pour me féliciter et m’encourager. Par la suite, il m’a invité de sortir de mes ténèbres à Kankan pour venir faire de la musique dans la capitale. J’ai été emporté par ses propos. C’est ainsi que je suis venu à Conakry la même année. Il m’a introduit parmi les membres de son groupe qui était un peu instable à cause du transfert du leader vocal Djéli Fodé Diabaté pour l’ensemble instrumental et Alpha Keita qui était son remplaçant trouva la mort quelques mois plus tard. Je suis venu avec de nouvelles créations que j’ai fait ressentir dans mes titres Lannaya, Tibilila, hakilimaya... ma contribution a été énorme pour le groupe. En 1987, je suis allé au Libéria avec le groupe où il y a eu quelques couacs causés par un conflit de génération. Dès que nous sommes revenus de ce voyage, mes amis et moi avons mis en place la troupe théâtrale « Benso Sodia » dont j’ai chanté le morceau générique. J’ai côtoyé pas mal de personnages de la culture comme Ousmane kouyaté. Ce dernier m’a invité à l’accompagner dans son nouvel album à travers deux chansons : Kounadi et nkélentalé. Ainsi, Cet opus a connu du succès en Grande Bretagne. En visite dans ce pays pour un concert, j’ai eu beaucoup d’opportunités. Nous avons fait des tournées dans différents pays européens. J’ai évolué avec le groupe d’ousmane Kouyaté jusqu’en 1997, date à la quelle il m’a conseillé de songer à sortir mon premier album en me promettant une assistance financière. C’est alors que j’ai sorti mon album en 1998 « Toumasera ».

GC : Vous faites quel genre de musique ? Et quelles sont vos recettes c’est-à-dire vos inspirations ?

A.S : Je fais la musique mandingue mélangée avec la modernité. Ma force, c’est la mélodie et la parole pour qu’elle soit consommée par tout dans le monde. Pour ce qui est de mon inspiration, je dirais que la musique est un don. Je suis un parolier, cela signifie beaucoup de choses.

GC : Avec cette appellation de parolier, est ce que cela ne vous fait pas de jaloux dans votre monde ?

A.S  : Bon ! Personne ne ma montré cela. C’est naturel chez moi. Je m’entends avec tout le monde. Je n’ai pas peur de la jalousie mais je n’aime pas l’égoïsme et la méchanceté.

GC : Qu’est ce que vous pensez de la production artistique guinéenne d’aujourd’hui ? Est ce qu’elle est en baisse ou en crue ?

A.S : actuellement il n ya pas de production en Guinée. Chaque artiste va de ses propres frais en se produisant lui-même. Dans ce cas de figure, c’est tant pis pour les plus jeunes. Chose regrettable pour l’avenir de la musique dans notre pays. Ajoutés à cela, le manque de promotion, l’arrivée de l’internet et son cortège de malheurs, le piratage des œuvres et les autres formes d’injustice dont sont victimes les artistes musiciens. C’est simplement dommage pour un pays comme le notre.

GC : Si vous aviez des conseils à donner aux jeunes artistes, que diriez-vous ?

A.S  : Les jeunes doivent respecter la musique guinéenne sans la travestir. Quelque soit le style : ragga, reggae…, le fond devra ressortir les sonorités traditionnelles. C’est pourquoi quand vous écoutez mes œuvres vous entendrez toujours des notes de guitare, de balafon et autres instruments culturels.
GC : Pour terminer, cela vous fait déjà vingt cinq ans que vous résidez en France. Comment se passe le quotidien d’un artiste que vous êtes dans ce pays européen ?

A.S  : Ecoute mon petit ! C’est le combat de tous les jours. Quand on n’est pas chez soi, tu dois te conformer à la loi des autres et accepter tous les coups. Le voyageur qui n’acceptera pas ces conditions aura des difficultés à s’en sortir. J’ai d’ailleurs consacré « Toumka » (NDLR : le voyage), l’un des titres de mon premier album à ce précieux conseil.
Des notes d’Kapela de ce titre ont mis fin à notre entretien dans un espace très glamour.