Djembé d’Or 2013 : ‘’Demba est et reste un génie…’’

article mise à jour : 6 novembre 2013
La 12e édition du Djembé d’Or ou le sacre des meilleurs a été officiellement lancée ce mercredi au musée national de Sandervalia en présence de hautes personnalités du pays, notamment le président de la république, Pr Alpha Condé ; le ministre de la culture, Ahmed Tidjani Cissé, hommes de culture, amoureux de la musique Guinéenne.

A la cérémonie de lancement de cet évènement culturel de renommé, un buste sculpté de l’artiste Demba Camara a été présenté au public en présence du président Alpha Condé. De par ce geste, selon Jean Baptiste Wiliams, le président Guinéen est le protecteur des arts et de la culture, défenseur du patrimoine de la nation.

A 14 heures, le public s’est déporté dans la salle des spectacles du centre culturel Franco-Guinéen (CCFG) qui a refusé du monde. Symposium, projection du film Festival 1970 dans lequel l’orchestre Bembeya Jazz National a été mis en exergue, et témoignages de proches de l’artiste ont enrichi les couleurs de l’évènement.

Différentes personnalités se sont succédé pour rendre un vibrant hommage au dragon de la chanson africaine. Notre rédaction, présente à ce grand évènement culturel vous livre in extenso le contenu de quelques témoignages.

Ansoumane Bangoura, ancien rédacteur en chef de la voix de la révolution

‘’Demba est et reste un génie. Le génie est un privilège distribué par le créateur. Les génies ne sont pas nombreux, ils ne sont jamais en quantité industrielle. Demba était de ceux-là’’.

Antonio Souaré, mécène et patron de la société de loterie Guinée Games

‘’La 11e édition du Djembé d’Or rendait hommage à une très grande personnalité, à la maman Africa que vous avez connue : Myriam Makéba. Cette 12e édition nous fait revivre une page mémorable de l’histoire de la culture Guinéenne à travers l’un de ses fils le plus respecté Boubacar Demba Camara. Telle une étoile cet artiste a fait vibré Beyla et le monde entier. Son inspiration n’avait nulle autre pareille ; interprète génie, sa musique demeure immortelle. Chacun de nous fut émerveillé par le talent qui le caractérisait. Lui rendre hommage à ce jour et à travers la 12e édition du Djembé d’Or est une initiative à féliciter et à encourager. Même si les artistes ne sont plus, ils continuent de vivre dans les cœurs des mélomanes. Que la jeune génération suive l’exemple de ses ainés qui n’était animé que par le désir de partager leur passion avec le plus grand nombre. En tant qu’homme de culture, je suis heureux à ce jour de vous dire que Demba fut l’un des plus grands, sinon le plus grand. Son souvenir restera graver à jamais dans nos cœurs’’.

Ahmed Tidjani Cissé, ministre de la culture, des arts et du patrimoine historique

‘’Quand on a dévoilé le buste de Demba tout à l’heure au musée, j’étais tellement ému. J’ai failli pleurer. On peut, avec l’espoir que ce que Demba a été, voir d’autres Demba naître non pas pour chanter, mais pour créer. Il faut mettre les moyens à la disposition des créateurs afin que nous consommions notre propre culture et que nous ne soyons pas condamnés à consommer ce que d’autres ont créé chez eux en fonction de leur identité culturelle’’.

Koulako Camara, fille de Demba Camara

‘’Je ne pourrai que remercier tout ce beau monde qui est là pour rendre hommage, je ne dirai pas à mon père, mais à l’histoire de la Guinée. Ça fait 40 ans depuis que Papa est décédé. On parle encore de lui. Merci au président de la république qui a eu le temps de venir dévoiler le buste de mon père. Merci aux initiateurs, à tous ceux qui ont participé de près ou de loin cet évènement culturel. Ma grand-mère est décédée en 1984. Aujourd’hui là où elle est, elle doit être fière de son fils, qui était son unique garçon. Quand il a décidé de chanter, cette dernière a eu tous les problèmes du monde parce que la famille n’a pas vite compris le talent que mon père avait. Elle n’est pas de ce monde aujourd’hui, tout comme mon père, mais elle doit savoir que son fils à travailler pour la Guinée’’.


Sekou le Gros, membre fondateur du Bembeya Jazz National

‘’Dans le rétroviseur du passé, nous voyons encore défilé les images. Le 12 décembre 1962, lorsque Sékou Diabaté ‘’Diamond Fingers’’, Guitariste du Bembeya Jazz de Beyla a organisé, sous les ordres de Hamidou Diaouné, le chef d’orchestre, une séance de prise de voix et d’essai de voix de Salifou Kaba et de Aboubacar Demba Camara. Ces derniers étaient arrivés de Kankan pour retrouver leur maitre d’atelier Etienne Touré qui, après les avoir reçu la journée a remarqué qu’ils étaient beaucoup plus chanteurs qu’ouvrier menuisier. Il a donc expliqué à Hamidou à qui il a rapporté l’arrivée de Demba et de Salifou qui veulent travailler à la section manuelle de région. Etienne était sûr que Demba et Salifou étaient des chanteurs. En très bon connaisseur, Hamidou Diaouné a accepté de les faire passer un essai de voix. Ce qui fut fait par le truchement du directeur technique adjoint de l’orchestre à cette époque, Sékou Diabaté. Après cet essai, Salifou Kaba fut retenu pour être le chanteur du Bembeya Jazz de Beyla à cause de sa voix de rossignol. Ce dernier, par honnêteté intellectuelle, a reconnu avoir une belle voix, mais a soutenu que Demba était le chanteur qu’il fallait à l’orchestre. Timide, Bègue qu’était Demba, a appuyé les propos de son ami Salifou. Et le 12 décembre 1962, Demba Camara a été engagé au sein du Bembeya Jazz. Et depuis, il est devenu une légende de la musique africaine de Guinée’’.

Justin Morel Junior, journaliste culturel

‘’L’initiative de rendre hommage à Demba est à saluer. Et mieux, à imiter pour faire de la Guinée un pays où les arts et les artistes sont honorés pour la capacité et la beauté de leurs œuvres. Car vraiment et c’est ma conviction philosophique, sans les artistes la vie sera triste. C’est pourquoi, Souleymane Keita et moi avions écrit un livre en hommage au Bembeya Jazz National et en chapeau Boubacar Demba Camara’’.