Djibril Kassomba Camara, écrivain, « Le bipartisme pourrait être la solution à la crise politique guinéenne »

article mise à jour : 26 février 2014
Le débat sur la démocratie guinéenne et en particulier sur la nécessité de la bipolarisation de la scène politique nationale est éminemment actuel. Djibril Kassomba Camara qui a passé quarante années de sa vie à l’étranger a cru devoir y apporter sa modeste contribution en proposant de pistes de réflexions. Dans ‘’Bipartisme’’, Kassomba pose dans toute sa complexité l’équation de la démocratie guinéenne. Il y aborde notamment des questions dont la réponse murie de manière collective permettront de sortir la Guinée de sa léthargie. Pour le plus grand bien des Guinéens aussi bien de l’intérieur que l’extérieur qui méritent un destin plus attrayant. ‘’La diaspora guinéenne’’ est l’autre ouvrage publié sous la plume de Djibril Kassomba qui a également écrit, sous le label de l’Harmattan, d’autres livres sur le tourisme guinéen. Il s’est prêté aux questions de la rédaction de Guinee-culture.org. Entretien…
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De la Diaspora Guinéenne

« Mon premier ouvrage s’intitule ‘’La diaspora guinéenne’’. Il pose de manière crue le problème lié à l’utilisation des ressources humaines dont dispose la Guinée aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. J’ai constaté qu’il y avait un gâchis à ce niveau qu’il s’avère impérieux de corriger ».

Du redressement national

« J’ai fait aussi un livre sur ‘’le redressement national et ses effets pervers’’. Je suis parti du constat que que l’improvisation débouche souvent sur des résultats catastrophiques. Parce que tout simplement les projets ne sont pas souvent passés au crible avant d’être mis en exécution. A travers des analyses et débats contradictoires. Il va donc falloir revoir ces comportements qui nous coutent cher pour rien. A propos, il y a des propositions portant sur sept pistes de réflexions avec une allusion mesurée à la corruption qui est un fléau à l’origine de la plupart de nos maux ».

Du tourisme

« Ensuite j’ai écrit sur le tourisme, une sorte de réaction contre le laisser-aller, l’abandon de ce secteur qui représente pourtant la principale source de recette dans certains pays. Le tourisme constitue le facteur privilégié de développement des pays voisins de la Guinée qui s’en sucrent au quotidien. Il est donc étonnant que la Guinée qui a des potentialités énormes dans ce sens ait accepté de laisser ce secteur en rade au cours des 20-25 premières années de l’accession du pays à l’indépendance. Je considère que le retard dans la promotion du tourisme pourrait être cependant une chance énorme pour notre pays. Dans le cas bien sûr où l’on pense à capitaliser les expériences des autres qui ont échoué dans la promotion du tourisme. Il faut reconnaitre qu’ils sont légions autour de nous. Il n’y a aura à mon avis qu’à comptabiliser les erreurs de ces pays pour en tirer le maximum de profit. En faire une synthèse pour mettre, par le bais d’études sérieuses, en place un tourisme de développement avec une forte connotation guinéenne ».

Mon expérience personnelle

« J’ai également écrit sur mon itinéraire personnel qui pourrait être instructif pour la jeune génération. Une manière de me poser la question sur ce que j’ai pu faire, après cinquante années de séjour en France, pour mon pays et ce je me sens capable poser comme acte positif pour lui dans le futur. J’ai estimé en toute modestie qu’à travers mon expérience personnelle, il est possible de cultiver le sentiment du patriotisme chez les jeunes guinéens vivant à l’étranger et surtout orienter leurs esprits vers le retour au pays. Dans cet ouvrage je raconte les déboires que j’ai connus à l’étranger et qui s’assimile à la fameuse aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kann qui enseigne que « celui qui voyage apprend beaucoup mais perd aussi un partie de soi ». Seule la résultante compte et celle-ci n’est autre que la recherche. En raison du penchant que j’ai pour mon pays d’origine au désavantage de la France qui est un endroit où il fait relativement bon de vivre est une autre preuve de mon patriotisme ».

Devoir de mémoire

« L’avant dernier livre que j’ai écrit concerne la biographie d’un des compagnons d’indépendance, en l’occurrence Naby Ibrahima Youla. Il faut dire que Monsieur Sansy Kaba de l’Harmattan Guinée et moi sommes au point de mettre en place une collection intitulée devoir de Mémoire. Le premier tome porte sur Naby Ibrahima Youla, un homme certes ordinaire ; mais qui a posé des actes de grandes portées à moment donné de l’évolution de la Guinée. Il a tendance, comme bien d’autres grandes figures de sa génération, à tomber dans l’oubli. Ce qui est inconcevable. C’est pour cette raison que nous avons devoir exhumer sa mémoire et l’exhiber. Et surtout illustrer son exemple pour que la jeune génération puisse s’inspirer de son exemple pendant qu’il est encore vivant. Pour qu’on sache qu’il y a des Guinéens qui ont posé des actes qui méritent d’être immortalisés à travers leur intégration définitive à la conscience collective ».

De la démocratie bipartite comme solution à l’ethnicité

« Mon tout dernier ouvrage porte sur le bipartisme. Une sorte de réflexion réflexion assez douloureuse pour notre génération qui a eu la chance de vivre la période d’indépendance de la Guinée. C’est une période d’enthousiasme, d’euphorie…peut être excessif, mais justifié. La Guinée venait d’être érigée en Etat indépendant et faisait office d’exemple dans la zone ouest africaine. Dire que ce pays est en piétement pour des choses que l’on considère comme secondaires par rapport à la souveraineté, à notre unité…notre évolution positive, ça fait tout simplement mal. Pour être précis, j’ai pris toute la distance nécessaire pour analyse le phénomène avec un certain recul. En réalité, la démocratie guinéenne est conditionnée désormais au système de parti. Quel système convient à notre pays ? Nul n’en parle. Seulement on est parti du monopartisme à une multitude de partis politiques. J’ai trouvé ce changement exagérément ouvert. A tel point que pour des gens qui n’ont pas de culture, d’expérience démocratique avérée… s’en trouvent fourvoyés. De sorte que pendant trois années, depuis qu’un président démocratiquement élu est en place, les Guinéens se sont défoulés quelquefois sans prendre soin de comprendre au préalable le sens réel la portée des choses. Et surtout sans se poser la question de savoir quel modèle de démocratie serait adopté pour notre pays qui, faut-il le remarquer, a ses spécificités. ‘’Le bipartisme’’ tourne autour de cette question cruciale. Tenez-vous bien qu’il a fallu trois années pour organiser les élections législatives après la première élection pluraliste en Guinée en 2003. Soit la même période après la tenue de la première élection dite démocratique. Vous n’êtes pas sans savoir que l’assemblée nationale est un pilier incontournable dans toute démocratie. Sans elle, les lois ne pourraient être votées et aucune convention internationale ne saurait être signée. Avec tout son corollaire d’intolérance, de violence… Aussi paradoxal que tous acteurs politiques ambitionnent un développement harmonieux pour la Guinée. Mais tout se passe comme si nul ne se montre prêt à écouter l’autre ou à se joindre à l’autre pour des actions concertées en faveur du pays. On se moque éperdument du fait que les uns et les autres soient complémentaires.
Cela dit, je n’ai pas tranché sur le système qui conviendrait au cas guinéen, mais j’ai tenu à soumettre à l’approbation de l’opinion nationale et internationale la question portant la nécessité de réfléchir une démocratie bipartite. En 2010 par exemple, on est allé d’une centaine de partis politiques à la constitution de deux pôles. Un premier groupe regroupé autour de l’arc-en-ciel soutenant le candidat Alpha Condé et un autre autour de Cellou Dalein Diallo et ses alliés. Je vous demande voir le nombre de sosso, de peules, de Forestiers ou de malinkés autour des deux tendances. Il ya un échantillon de chaque groupe ethnique dans les deux camps. En d’autres termes, le bipartisme qu’on a refusé au temps de Conté est revenu au galop. Bref, il s’avère à présent impérieux qu’on mette en commun les immenses ressources tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Je sais que ça va être difficile. Mais, je ne fais que lancer le débat, pour qu’à la fin de ce premier mandat du président Alpha Condé, le même problème ne se pose ».

D’autres grandes figures de la nation

« Enfin, la maison l’Harmattan Guinée et moi sommes sur le projet de biographie de Tidjane world Music qui est un exemple de jeune qui a émergé dans son domaine, le manageriat. De même celle que Tidjidanké Diakhaby, une ancienne militante du PDG-RDA qui a continué son combat jusque sous Lansana Conté. Elle est une députée en retraite. Jeanne-Martin Cissé est une autre grande figure de la nation guinéenne que l’on va chercher aussi à immortaliser pour conscientiser la jeunesse un les jeunes à travers son combat. Dans la même logique nous réaliserons quelque chose pour Amadou Bailo Traoré fondateur méconnu du musée de Boké vivant depuis toujours dans l’anonymat ».

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