Drame de Rogbane : des artistes dénoncent la lenteur de la justice

article mise à jour : 22 octobre 2014
Trois mois se sont écoulés depuis l’incarcération du premier responsable de la structure organisatrice Meurs Libre Prod, Ablaye MBaye et du directeur général de l’AGS, Malick Kébé pour “homicide involontaire” de 33 personnes lors d’un concert offert le lendemain de la fête de Ramadan par les groupes Instinct Killers et Banlieuz’Art à Rogbane.

Des artistes montent au créneau pour dénoncer la lenteur dans le traitement du dossier et demander que justice soit rendue à tous les niveaux et sur tous ses aspects. En conférence de presse ce mardi 21 octobre, ces artistes se sont insurgés contre le « vice de procédure » qui caractérise le traitement de ce dossier et qui fait que les siens continuent de croupir sous les verrous de la prison civile pendant que d’autres personnes également impliquées dans cette tragédie, se promènent librement dans la cité, et d’autres se font administrer des soins à l’étranger.

Dans son exposé introductif, le porte-parole de la Fédération des opérateurs culturels de Guinée, Macka Traoré s’est demandé pourquoi certains inculpés comme le gouverneur de la ville, Soriba Sorel Camara, le commandant de la gendarmerie régionale de Conakry, le lieutenant-colonel Balla Samoura, ainsi que le président de la délégation spéciale de Ratoma, Sékou Batouta Camara vaquent à leurs affaires au moment où les autres sont en taule.

Ayant souscrit à l’observation des 40 jours de deuil décrétés par Alpha Condé, fait plusieurs déclarations pour faire leur mea culpa suite à ce drame, et dédié un morceau de plus de 9 minutes, avec la participation de 24 artistes et groupes, pour présenter les condoléances aux familles éplorées et à l’ensemble du peuple de Guinée, Konko Maléla du groupe Banlieuz’Art, au nom de ses pairs, dit ne pas s’opposer à la détention de Malick Kébé, d’Ablaye MBaye et de Nesta, directeur général de la sécurité civile.

Et comme inspiré par le Code de procédure pénal qui stipule que la détention préventive en matière correctionnelle ne doit pas excéder trois mois, renouvelable une seule fois, l’artiste demande que les sieurs Kébé, MBaye et Nesta bénéficient de la liberté –ne serait-ce que provisoire- en attendant que leurs culpabilités soient établies ou non.

Dans le même ordre d’idée, Ousmane Bangoura du groupe Instinct Killers déplore que son pays soit caractérisé par une justice à double vitesse. “Comment comprenez-vous que des personnes qui ont respecté toutes les démarches administratives pour l’organisation d’un spectacle soient gardées en prison alors que ceux qui l’ont autorisé, ne sont pas inquiétés ?”, s’interroge Fish Killer. “Il faut donc que la justice soit rendue dans toute son entièreté”, intime-t-il.

Trente et trois personnes, essentiellement des adolescents, ont péri le lendemain de la fête de Ramadan dans une bousculade à Rogbane où se produisaient les deux groupes les plus adulés de la musique urbaine à savoir : Instinct Killers et Banlieuz’Art. C’était à l’initiative du label Meurs Libre Prod’ des frères MBaye.

Dans une décision prise dès le lendemain, le président de la République a ordonné l’arrestation des organisateurs et le directeur général de l’Agence guinéenne de spectacles. Instruction est également donnée au procureur de la République d’ouvrir une enquête sur la tragédie.