Eliane Liraud, écrivain : « Je voulais juste faire un témoignage sur une tranche de ma vie destinée à mes enfants, mes amis… »

article mise à jour : 10 février 2014
Eliane Liraud est une française amoureuse. Amoureuse de la Guinée, de Socrate, un jeune homme métis de sa génération, de Marie Seck, sa mère adoptive, de Djibril, un jeune bana bana qui lui vendait des légumes…bref de son environnement social en général. Un amour brisé par les circonstances politiques d’alors caractérisées par la rupture frasque entre son pays, ancienne métropole, la France, et l’une de ses colonies stratégiques, la Guinée. Un incident historique qui devait la contraindre à plier bagages et rentrer définitivement dans sa France natale. Sans pour autant rompre le cordon qui la liait à des Guinéens, quoique vivant très loin d’eux, qu’elle a continué à affectionner avec la même chaleur que toujours. Malgré la réticence de ses parents, de comportement bourgeois. Une histoire qu’elle confine dans un roman intitulé ‘’L’aventure guinéenne’’ qui tire sa source d’un avis de recherche lancé par l’auteure sur le site d’information guinéenne, guineenews.org. Ce livre écrit dans un style sobre et accessible n’a pourtant rien de romanesque. Pour les détails, nous avons rencontré Eliane Liraud, à l’occasion d’une cérémonie de signature, quand elle a officiellement lancé son livre en décembre 2013 à Conakry….
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Guinée-Culture.Org : Vous venez de présenter votre livre, une sorte de mémoire sur la Guinée. Quels sont vos sentiments ?

Eliane Liraud : Un sentiment de joie et de plaisir immense. Je suis très émue pour avoir regroupé autour de moi des personnes qui me sont chères comme Socrate, objet de mes premières amours, Hadja Marie Seck, ma maman guinéenne ou encore Dr Diallo qui m’a sauvé la vie dans la tendre enfance. Donc beaucoup d’émotions que d’avoir tout ce beau monde autour de moi et en particulier ces jeunes élèves étudiants qui pourraient être tentés un jour par la plume. Je leur souhaite tout le bonheur et surtout qu’ils puissent un jour eux aussi coucher sur papier leurs mémoires et autres expériences de la vie.

De quoi vous parlez dans ce livre ?

Mon inspiration est partie d’un avis de recherche. Il faut dire que j’ai recherché pendant 35 ans ma maman guinéenne, soit dit en passant, j’ai une autre maman en France, celle-là même qui m’a donnée naissance. Marie Seck, puis que c’est d’elle qu’il s’agit, ma maman adoptive qui m’aime autant, sinon plus que la première que j’ai perdu de vue depuis les incidents qui ont succédé l’accession de la Guinée à l’indépendance, un événement qui a marqué la rupture avec la France et mon départ inopinée pour la France. Je me suis trouvée dans l’obligation de recourir au service des media et en particulier à Boubah.com devenu entre temps Guinéenews.org qui a accepté de passer en première page l’avis de recherche que j’ai rédigé à cet effet. Dès le lendemain de l’affichage du message j’avais une réponse et au bout de trois semaines je suis entrée en contact avec Marie Seck que j’aime de la même manière que quand je quittais la Guinée il y a plusieurs décennies. Ce livre est tout un déroulement, un enchainement entre cet avis de recherche, ce que j’ai vécu à l’époque et tout ce qui a motivé mon envie de recherche.

Vous décrivez surtout vos premières amours ?

Bien sûr que oui. L’amour est au centre de ce livre.

Vos inspirations ?

Mes amis. Tous ces gens qui m’ont toujours été chers et qui m’ont toujours demandé d’écrire et d’immortaliser notre histoire commune. Ça fait toujours chaud au cœur.

Il est vrai que j’ai vécu plein de choses drôles en Guinée. Vous le verrez dans le libre, j’ai voulu que tout cela reste comme un témoignage vivant et intemporel. Bref, ils ont été mon inspiration.

Vous parlez en plus d’un certain Djibril, un bana bana…

Djibril est un homme au grand cœur qui était notre petit bana bana à l’époque. Il nous apportait à vendre à domicile des fruits, des légumes et autres objets de moindres valeurs. Puis un jour nous avons eu un gros problème que je n’évoquerais pas ici, vous lirez le livre pour en savoir plus. Djibril nous a vraiment servi avec loyauté.

Et puis quand vous êtes entrés en contact avec Marie Seck, combien de temps avez-vous pris pour écrire cet ouvrage ?

J’ai mis à peu près six mois pour l’écrire. Evidemment, au départ je n’avais pas l’intention d’écrire un document à éditer, je voulais juste laisser un témoignage à mes enfants. C’est ainsi que j’ai croisé Kadé Seck (actuel directrice du musée national de Sadervalia), laquelle m’a présenté à Sansy Kaba de l’Harmattan-Guinée qui m’a encouragé à publier dans un livre que nous avons finalement intitulé ‘’L’Aventure guinéenne’’ sous- titré, ‘’Avis de recherche’’.

Quels sont les personnages les plus importants de votre vie d’enfance ?

Très difficile comme question. Mes souvenirs sont riches en événements dont je n’ai rapportés que quelques uns dans ce livre. Cela dit, si je suis là aujourd’hui pour vous raconter toute cette histoire, c’est parce que Dr Diallo m’a sauvé la vie à un moment de l’enfance. Cet homme était un médecin chirurgien à l’époque, à l’hôpital Ballet de Conakry, actuel CHU de Ignace Deen. Face à ma malaria en phase finale, qu’aucun traitement venu de France ne pouvait guérir, je m’enfonçais vers la mort, je n’avais que huit à dix jours à vivre, c’est grâce à la perspicacité de Dr Diallo que j’ai survécu. Dommage que nous avons perdu Dr Diallo il y a quelques années alors qu’on avait réussi à nous regrouper, nous reconstituer en famille.

Qu’est ce qui a motivé la rédaction de ce livre ?

En fait, j’avais seize ans quand je venais en Guinée. Ceci n’est donc pas un roman mais une tranche de ma vie destinée à mes enfants, à mes parents, à mes amis… afin qu’ils comprennent pourquoi j’aime tant ce pays.

Comment peut-on écrire sur des personnages vivants sans pour autant tomber dans des affabulations ? Est-ce que ce livre n’est pas quelque peu romancé ?

Absolument pas. Ce livre n’est vraiment pas romancé. C’est une tranche de ma vie, sans fioriture, sans rien. Ce ne sont que des vécus au jour le jour de ces deux années qui ont marqué ma vie en Guinée.

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