En aparté avec l’auteur de ’’La Guinée est une famille’’

article mise à jour : 1er septembre 2015
« Vous vous apercevrez qu’on est que juste Guinéen », dixit avec fermeté Nènè Moussa Maléyah Camara

Ingénieur géologue et géochimiste, Nènè Moussa Maléyah Camara est auteur de l’ouvrage ’’La Guinée est une famille’’ et de sept autres publications. Après ses études à l’Université de Conakry, il obtient une bourse pour une spécialisation en gestion des entreprises minières à l’université du Colorado (Etats Unis) et se spécialise en technologie minière. Aujourd’hui, il est Chef du service communication et des relations publiques du ministère des Mines et de la Géologie. A son bureau, nous l’avons rencontré. De son livre et de ses projets d’écriture, nous avons parlé. De la culture aussi. Projecteur Culture !

Guinee-culture.org : La Guinée est une famille. Peut-on en savoir plus sur votre livre ?

Nènè Moussa Maléyah Camara : C’est le résumé d’une très longue recherche qui a commencé en 1975. A l’époque, j’étais étudiant sous la première république. J’ai commencé à écrire ’’La Guinée est une famille’’ il y a bien longtemps. C’est le fruit d’une observation, d’une longue recherche, c’est la conclusion de tout ce que j’ai appris de notre pays. Je me suis aperçu que nous ne sommes pas ce que les gens pensent de nous. Au-delà de ce que vous voyez sur l’apparence de la Guinée, j’ai percé les choses et je me suis aperçu qu’il y a des choses qui sont cachées. Je suis allé au fond. Bref, ’’la Guinée est une famille’’ part de certaines observations pratiques que je m’en vais vous présenter.
A la différence d’autres pays, les ethnies guinéennes sont nées les unes des autres. Par exemple, les peulhs. Quand on dit peulhs, il ne faut pas croire qu’en Guinée ce sont simplement ceux-là qui parlent poular. Au-delà de ça, il y a le Wassoulou où les gens parlent malinké, ont une culture mandingue mais portent des noms peulhs. Autrement dit, historiquement ils sont peulhs mais culturellement ils sont malinkés. On ne peut les distinguer autrement des malinkés ou des peulhs. Pour moi, ils sont chez eux en Haute Guinée ou au Fouta Djallon. C’est un trait d’union, un métissage profond entre le Peulh et le Mandingue qui a donné naissance au Wassoulou. C’est un fait culturel sociologique important.

Ensuite, prenez le Morya peuplé de ceux qui parlent la langue soussou. Originellement, les habitants du Morya sont des Malinkés. Prenez la Guinée Forestière avec les Koniakés et les Malinkés de Macenta en supposant même par exemple qu’il y a eu l’altération de la langue malinké, l’éloignement de la source dû au métissage avec les autres groupements sociaux, historiquement on ne peut pas dire que ce ne sont pas des Malinkés.

Les Guerzés donnent une autre apparence. Ils sont apparentés aux Malinkés, aux Djallonkés ou encore aux Soussous. Les Guerzés ont été amené-là par un patriarche qui s’appelait ’’Zogomoussa’’, vivant à dix km de la préfecture de Beyla. Pour la petite histoire, retenez que Zogota tire son nom de ce monsieur qui s’appelait donc Zogomoussa. C’est vous dire, qu’’il y a des similitudes qui ne sont pas nées du néant. Le Guerzé n’est pas autre chose qu’un Malinké. Le Konianké (Konia qui signifie sur le rocher) est finalement devenu par altération ’’Koniaka’’ mais en réalité ce nom là est tiré de la langue guerzé. Mais aujourd’hui pour des questions de notoriété, ce sont eux qui se battent. C’est ridicule. Prenez le Toma. Ce mot est tiré de la langue bambara ’’Tomma’’ qui veut dire : ’’celui qui était membre de la confrérie des chasseurs à l’époque’’. Kissi ne trouve son explication de nos jours qu’en malinké. Kissi Kaba Keita a donné son nom à la localité.

Je suis allé au Fouta et j’ai découvert qu’à Dalaba par exemple, il y a une sous préfecture qui s’appelle Mafara. En Guinée, il y en a plusieurs. Cependant les habitants de Mafara dans Dalaba (Donc les Fofana), sont originaires de Lonrombo (Kouroussa).
A Mali Yambering, existe la sous-préfecture de Balaki. Balaki est entièrement diallonké. Prenez les noms des agglomérations comme Labé, ce nom n’est pas peulh, mais malinké. Le nom Dalaba, c’est malinké.

Mes déclarations peuvent être réfutées mais la vérité est toute autre : La Guinée est effectivement une famille. Je ne le dis pas par plaisanterie ou par démagogie. C’est le résultat d’une enquête à la fois historique, sociologique, culturelle et même linguistique. Et je vous le dis, c’est en essayant de connaître mon histoire propre que j’en suis venu à cette conclusion.

Dans l’empire Sosso, il n’y avait pas de soussou de même que dans l’empire Mandingue. C’est maintenant qu’ils ont pris ce nom, sinon ce sont des Diallonkés. C’est pour vous dire que quand les gens font face à leurs intérêts, ils créent des situations. C’est ce qui se passe en Guinée. Et lorsque vous retirez ces intérêts, vous vous apercevrez qu’on est que juste guinéen.

Guinee-culture.org : Aviez-vous fait recours à des sources pour cette étude ?

Nènè Moussa Maléyah Camara : Non. Beaucoup de gens disent que c’est à cause de mon livre que certaines choses ont été sues. Avant ça ce qu’on connaissait, c’était l’histoire de Samory Touré, Alpha Yaya Diallo, Bocar Biro Barry et autres (…). Il y a autre chose bien que les noms que je cite soient des éléments saillants. C’est une autre forme de l’histoire que je suis en train d’écrire bien que ça me prenne assez de temps. Toute ma vie je ne cesserai de découvrir ce pays. La preuve est que j’ai déjà recensé 1500 noms de famille sur lesquels je travaille.

Guinee-culture.org : Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

Nènè Moussa Maléyah Camara : Oui, j’ai quatre livres déjà en forme dont un recueil de contes que je vais bientôt publier. Je continue à écrire.

Guinee-culture.org : Conakry sera la capitale mondiale du livre en 2017. Quelle lecture en tant qu’écrivain faites-vous de cela ?

Nènè Moussa Maléyah Camara : Je suis membre fondateur de l’Association des Écrivains de Guinée. Nous avons été motivés par cette situation grande d’envergure. Je profite pour remercier et féliciter le Ministre de la Culture, Sansy Kaba Diakité qui se sont battus avec ferveur. C’est un honneur pour les guinéens d’accueillir cet événement mobilsateur. Nous sommes en train de mobiliser les hommes de plume autour de ce slogan pour que chacun de nous soit près du gouvernement afin que cet événement soit sans précédent en République de Guinée.

Guinee-culture.org : Le livre participe-t-il selon vous à l’épanouissement de la culture ?

Nènè Moussa Maléyah Camara : Par le passé, le livre n’avait pas autant d’importance que maintenant. Les chose ont changé depuis. Ce sont les jeunes qui doivent prendre la relève. Aujourd’hui, le livre est incontournable dans la vie culturelle. C’est l’instrument qui sauvegarde le patrimoine culturel. Le danseur peut danser. C’est juste le spectateur qui le voit, après c’est fini. Mais quand l’écrivain prend sa plume pour dire comment la Mamaya (danse locale) se danse ou encore quelle est l’histoire de notre Mamaya, il met la chose dans un état archivable parce que des années après et même après la disparition de la Mamaya, l’on saura ce qu’a été la Mamaya. On ne cessera pas de dire en quoi dans la culture, le livre est d’une portée bien grande. S’instruire sans le livre est pratiquement difficile de nos jours. Ne pas lire c’est refuser d’apprendre et de s’instruire. Cela est même contre-nature.

Guinee-culture.org : Quelle est votre approche pour une meilleure place du livre dans les établissements scolaires en Guinée ?

Nènè Moussa Maléyah Camara : Je souhaite que les décideurs politiques ainsi que les spécialistes de toute la chaine du livre se mettent ensemble pour procéder à une révolution de celui-ci en Guinée. Il faut que les livres écrits par les Guinéens eux-mêmes soient enseignés dans les écoles guinéennes. Mais si nous avons le complexe d’enseigner notre propre culture et que nous prenions des contes Sénégalais, Ivoiriens, Burkinabés ou autres, alors c’est fichu. Je suis d’accord que l’Afrique gagne dans l’intégration mais nous ne devons pas être les seuls à intégrer les autres. Mais si nous continuons à enseigner ce qui vient d’ailleurs nos enfants ne seront que ce que nous leur avons enseigné. Qu’on aide aussi les écrivains dans la publication de leurs livres. Je suis pour une révolution culturelle autour du livre.

Guinee-culture.org : Un souhait à formuler ?

Nènè Moussa Maléyah Camara : Je bénis pour toute la jeune génération de ce pays. La question finalement qu’on doit se poser, c’est quel héritage nous laissons aux plus jeunes. Je souhaite la paix, la quiétude car nous n’avons aucun intérêt dans la division. Que les uns et les autres sachent qu’ils sont frères, telle une famille.

Ausmin