Entretien avec M. Cheick Chérif Camara, directeur général du centre de lecture publique et d’animation culturelle

article mise à jour : 19 avril 2013
Le monde entier célèbre le 23 avril de chaque année la journée mondiale de la lecture et du droit d’auteur qui vise à rendre un hommage mondial au livre et à ses auteurs, et d’encourager chacun, en particulier les plus jeunes, à découvrir le plaisir de la lecture et à respecter l’irremplaçable contribution des créateurs au progrès social et culturel. A quelques jours de cette fête mondiale, notre rédaction a rencontré le Directeur Général du centre de lecture publique et d’animation culturelle, un service du ministère de la culture, des arts et du patrimoine histoire. Dans cet entretien, Cheick Chérif Camara rappelle la genèse de sa direction, les difficultés rencontrées sur le terrain et sa participation aux prochaines 72 Heures du livre. Entretien !

Guinee-culture : Présentez-nous brièvement votre direction ?

Cheick Chérif Camara : La direction générale du centre de lecture publique et d’animation culturelle est un établissement à caractère public doté de la personnalité morale et de l’autonomie de gestion. Elle a personnel qualifié et compètent. Notre mission est la mise en œuvre des programmes et projets de bibliothèques et centre de lecture et d’animation culturelle dans notre pays. Nous facilitons également l’acquisition des livres et tout document destiné aux bibliothèques de l’intérieur du pays passe forcement par la direction générale de lecture publique. C’est nous qui assurons la commande, les levées de fonds et autres.

Dites-nous M. le directeur, à quand remonte la création de la direction général du centre de lecture publique et d’animation culturelle ?

La création de notre direction remonte à 2008 après la création du ministère de la culture, des arts et loisirs. Elle résulte de la fusion de deux réseaux. Il s’agit du réseau de la lecture publique financé par la coopération française et le centre de lecture publique et d’animation culturelle (Clac) financé par l’organisation internationale de la francophonie (OIF). Ces deux entités ont été fusionnées pour en faire la direction générale du centre de lecture publique et d’animation culturelle.

Bon nombre d’observateurs estiment qu’il y a un manque notoire de bibliothèques dans notre pays. Qu’en dites-vous en tant que responsable de la structure chargée de la mise en œuvre des programmes et projets de bibliothèques et centre de lecture et d’animation culturelle dans notre pays ?

Ce n’est pas ma première fois d’attendre cela. Je tiens à vous préciser que nous avons une quarantaine de bibliothèques de lecture publique, dix Clac (centre de lecture et d’animations culturelles) financés par l’OIF. Presque toutes les préfectures de la Guinée sont dotées d’une bibliothèque de lecture publique. Certaines communes urbaines et rurales le sont aussi. Seules trois préfectures qui n’ont pas de bibliothèques en Guinée. Il s’agit de Lola, Yomou et Kérouané. La cause ? Nous avons une bibliothèque à Diecké, une sous-préfecture de Yomou. Avec la francophonie, nous avons en projet cette année la création d’un Clac à Lola et à Kérouané et une dizaine à travers le pays, dont cinq en Haute-Guinée et cinq autres en Moyenne-Guinée. Les grands centres qui ne sont pas dotés d’une bibliothèque le seront très bientôt.

Pouvez-vous nous donner des statistiques sur le nombre de lecteurs que vous avez reçus l’année dernière ?

Oui bien sûr ! Je précise que nous avons une quarantaine de bibliothèques sur toute l’étendue du territoire, dotée de toute sorte de livres. En 2012, nous avons offert plus de 1550 livres aux différentes bibliothèques. Les statistiques font état de plus de 6448 d’abonnés, 13 303 prêts à domicile et une fréquentation de 58 450 personnes. Ce qui à notre avis montre que les gens s’intéressent progressivement à la lecture.

M. le directeur, quelle politique de lecture avez-vous mise en place pour promouvoir le livre, surtout auprès de la jeunesse ?

Nous offrons souvent des livres de littérature de jeunesse, surtout le programme scolaire. Ce sont des livres que nous renouvelons presque chaque année. Il y a souvent plus de lecteurs que de livres.

Chaque dotation de base compte en moyenne 800 titres auxquels sont ajoutés environ 400 nouveaux chaque année. La structure du fonds documentaire est variée de sorte à intéresser le plus large public avec un certain accent sur les livres de jeunesse et de public scolaire.
Les bibliothèques et Clac sont abonnés à des revues nationales et internationale d’opinions, des magazines scientifiques, sportifs, littéraires, féminins et de la jeunesse. Certains de nos Clac et bibliothèques son équipés d’antennes paraboliques et disposent d’un téléviseur et d’un magnétoscope pour les animations.

Dès qu’il y a une nouvelle dotation à notre niveau, nous passons dans les écoles où nous faisons souvent des meeting de sensibilisation afin d’attirer les jeunes dans les centres de lecture. Les différents bibliothécaires vont souvent vers les écoles et reçoivent parfois des classes dans leur bibliothèque. Il est important de signaler que chaque bibliothèque a deux ou trois jours d’accueil de classe par semaine. La littérature de jeunesse et la lecture à la petite enfance font partie de notre politique globale de lecture. Un enfant de CP2 peut ne pas lire, maos en voyant les images dans un livre, il comprend plus facilement.

Parlons à présent des difficultés que vous rencontrez sur le terrain...

Rester dans le bureau ne règle pas les choses. Il faut être sur le terrain, prendre contact avec les bibliothécaires et les autorités des localités de l’intérieur afin de constater les difficultés. Nous avons des difficultés énormes. Il y a dix ans de cela, nous avons obtenu avec la coopération française une voiture qui nous permettait d’aller sur le terrain. Cette voiture est vieille de nos jours. Il nous est difficile d’aller sur le terrain avec cette dernière.

Nous n’avons pas de subvention pour satisfaire tous nos lecteurs en matière de livres. Chaque année, nous faisons un inventaire dans chaque bibliothèque pour voir quels sont les livres qui sont abimés, ceux qui ont été volés, ou empruntés sans être rendus. Les moyens mis à notre disposition ne nous permettent pas de satisfaire tous les besoins exprimés.

Le 23 avril de chaque année, l’humanité célèbre la journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Que prévoyez-vous à l’occasion de la cette journée ?

Nous sommes en perpétuelle préparation à notre niveau. Nous n’attendons pas un évènement pour nous lever. L’une de nos missions est de donner le goût à la lecture. Nous venons de célébrer la journée internationale de la francophonie le 20 mars dernier. Nous avons organisé à cette occasion organiser des conférences dans différentes bibliothèques, écoles et universités. Nous allons faire la même chose le 23 avril prochain, travailler avec les centres de lecture, le département de la culture pour conférer à l’évènement tout son éclat.

Un mot sur la participation de votre direction aux 72 Heures du livre...

Le 11 avril dernier, nous étions à la réunion préparatoire des 72 Heures du livre. A l’occasion de cet évènement, nous avons prévu des dépliants afin d’informer le maximum de personnes sur nos activités. Chaque préfecture de la Guinée est dotée d’une bibliothèque, d’un centre de lecture, mais beaucoup ne le savent pas. Le salon du livre nous permettra de partager ces informations avec le public. La bibliothèque de Kaloum notamment va exposer pour apporter notre contribution au rayonnement des 72 Heures du livre.

Le dernier de mot de l’entretien vous revient...

Mon message, c’est d’encourager les lecteurs et les différents bibliothécaires. La gestion d’une bibliothèque se fait par amour. Il faut avoir l’amour du livre et surtout un grand sacrifice pour partager cette passion de lecture. Aux lecteurs de continuer à fréquenter les bibliothèques. Nous ferons tout notre possible pour les satisfaire.