Entretien avec Dr Mohamed Lamine Diallo, Directeur Général du Fonds National de Zakat

article mise à jour : 2 août 2013
« La Zakat est citée 82 fois dans le Coran, c’est un élément fondamental du culte musulman ». Nouvellement institutionnalisée en Guinée, Docteur Lamine Diallo nous parle du bien fondé de la façon moderne de collecter la Zakat, ce troisième pilier de l’islam. A la tête de cette nouvelle Direction, le Docteur et ses hommes multiplient la communication afin que la Zakat payée par certains citoyens soit utilisé pour lutter contre la pauvreté. Docteur Lamine Diallo est membre du conseil islamique de Guinée et imam central de l’association des élèves et étudiants musulmans de Guinée. Lisez…


Guinée-culture : Parlez-nous du Fonds national de la Zakat ?

La Direction Générale du fonds national de la Zakat est une direction mise à la Disposition de la population guinéenne par l’Etat afin de les aider à faire de la Zakat qui est un pilier de l’islam. Un facteur de lutte contre la pauvreté, un facteur générateur d’emploi pour essayer, en plus des facteurs ou éléments de lutte contre la pauvreté, de réduire ne se reste que la pauvreté dans notre pays.

C’est quoi la Zakat ?

C’est l’un des piliers de l’islam, plus précisément le troisième. Donc, c’est un devoir religieux pour tout musulman et musulmane qui possède ce qu’on appelle le niveau imposable. C’est un instrument qui a beaucoup de biens faits sur le plan cultuel, sur le plan économique et sur le plan social. Si vous prenez le coté culturel, vous vous rendrez compte que rien n’est plus plaisant pour le musulman de se sentir proche d’Allah ‘’soub hana wata allah’’ pour avoir rempli un devoir. Si vous prenez aussi le Coran vous trouverez que Dieu réserve une place extrêmement importante à la Zakat. Parce que Dieu n’a pas besoin de répéter même deux fois quelque chose qu’il dit dans le Coran. Mais pour ce qui concerne la Zakat, il l’a cité 82 fois. Tout ça pour dire que la Zakat est un élément fondamental du culte musulman.

Quelles sont alors les prérogatives de la Direction Nationale de la Zakat ?

La Direction Générale du fonds national de la Zakat, est un nouvel outil mis à la disposition de la population pour l’aider à gérer la Zakat. Cette Direction a été crée en 2010-2011 et se charge de collecter, de distribuer la Zakat au sein de la population guinéenne, tant à Conakry qu’a l’intérieur du pays.

Comment cette Zakat est mesurée en fonction des différentes catégories de personnes que constitue la population ?

Ceux qui sont soumis à la Zakat, ce sont les gens dont les moyens sont égaux ou supérieurs à ce qu’on appelle l’imposable. La Zakat concerne beaucoup de biens tels que l’argent, le trésor enfouis, l’or, la marchandise, le bétail, ainsi de suite. Mais ce qui est plus courant, c’est l’argent. Est imposable à la Zakat, tout musulman ayant une somme équivalente à 80 g d’or. D’après les informations que nous avons tout récemment, le gramme d’or coûte 260.000 gnf. Quand vous avez 260.000 gnf multiplié par 80, ayant roulé pendant une année révolue, à partir de cet instant vous êtes imposables sur le plan islamique. Pour chaque Mille francs que vous détenez, quand vous avez atteint cette somme, vous avez à payer 25 francs. C’est-à-dire 2,5 % de votre bien est supérieur ou égal à 80 g d’or.

Comment se fait la collecte de la Zakat au niveau national et sa distribution ?

Depuis la création de la Direction, nous avons lancé des campagnes d’information et de sensibilisation de la population. C’est un instrument nouveau, il n’existait pas avant 2010-2011. C’est à partir de cet instant que nous sommes sur le terrain entrain d’informer et de sensibiliser à l’endroit des ayants droits et des donateurs. Il faut reconnaitre que ce n’est pas toujours facile en se sens que les gens ont déjà des habitudes en Guinée par rapport à la collecte et à la distribution de la Zakat. Nous venons sur un terrain qui n’est pas du tout facile. Ceux qui ont l’habitude de payer la Zakat, prélève la Zakat, garde cette Zakat à leur niveau et la distribue eux-mêmes à certaines personnes. Très souvent ce sont les ayants droits, mais il y a beaucoup de dérapages.

En fait comment ça fonctionnait ?

Quand vous avez la Zakat, les gens la garde par devers eux, quand un parent vient du village malade, ils soutirent un peu pour le soigner. Quand quelqu’un vient à leur porte pour dire ‘’fiçabiliaye’’, il lui donne un peu. Quand on leur invite à une manifestation, ils prélèvent un peu de cette Zakat, pour présenter à la manifestation. Ainsi de suite.

A notre arrivée, on s’est rendu compte que la méthode moderne de gestion de la Zakat est plus profitable que cette méthode traditionnelle. On s’est rendu compte que cette méthode traditionnelle avait des effets pervers et à peine si ça n’encourage pas la mendicité.

Ensuite, ça ne partait pas forcement là ou ça devrait partir. Parce que ceux qui ont droit à la Zakat sont bien connus énumérés aussi dans le saint Coran. La latitude n’est pas donnée à l’individu d’inventer les ayants droits de la Zakat. Malheureusement on s’est rendu compte quez les gens sont un peu sceptique parce qu’ils se disent qu’en venant chez nous peut-être qu’ils vont priver ceux qu’ils ont l’habitude de satisfaire.

Mais, nous sommes certains que si les gens comprennent le bien fondé de l’institutionnalisation de la Zakat dans notre pays, c’est forcement un moyen efficace de lutte contre la pauvreté. Et un moyen pourvoyeur d’emplois. Au niveau de la Direction, on a conçu un certain nombre de stratégie, pour faire de la Zakat un levier pour notre économie. Par exemple, nous avons deux stratégies celle qu’on a appelé la survie et la stratégie de Vie.

La stratégie de survie, ce sont les personnes parmi les ayants droits, qui n’ont même pas le minimum nécessaire pour décemment vivre. Ceux qui ne peuvent pas se soigner, s’habiller, de quoi manger correctement… le deuxième, ce sont ceux la qui ont leur survie, mais qui n’ont pas les moyens de se débrouiller eux-mêmes. Ceux qui ont besoin d’un appui financier pour prétendre eux-mêmes un jour être des donneurs de Zakat. Pour cette deuxième catégorie, nous montons des micro-projets pour leur permettre de gagner non seulement du travail mais aussi des revenus.

Quelles sont les statiques des fonds qui ont été collectés et distribués depuis la création du Fond ?

Je rappelle que nous sommes beaucoup focalisés sur la sensibilisation, la formation des cadres de la direction. La Direction est pour l’instant nouvelle. Depuis le début, nous avons eu quand même à collecter quelques fonds mais pas assez remarquable. Pour la première année, nous avons pu collecter 40 millions gnf avec quelques 5 sacs de riz au compte de la Zakat fitr (Zakat payé au mois de Ramadan). Pour cette année nous sommes d’abord à 17 300 000 gnf. Par la grâce de Dieu, la Distribution aussi a été fait de façon officielle, en présence du secrétaire général des affaires religieuses.

Quelles sont les personnes que vous ciblez généralement pour la collecte de la Zakat.

Tout le monde nous intéresse dans cette collecte. C’est une question de minimum imposable. Nous ne négligeons personne. Nous sommes très souvent sur les ondes pour essayer d’appeler tout le monde à s’acquitter de la zakat. Nous nous voulons une crois de transmission entre les donneurs et les receveurs de Zakat.

Est-ce que dans votre stratégie de collecte, vous vous intéressez aux sociétés et compagnies ?

Exactement, nous nous intéressons aux grands commerçants aux grandes entreprises, à tout monde. Souvent même, on est obligé de faire du porte-à-porte. Nous les approchons chaque fois que nous avons l’occasion. Dès fois nous faisons des visites personnalisées.

Vous avez certainement constaté que les gens n’ont pas souvent confiance de remettre leur argent à une nouvelle Direction de la Zakat. Est-ce que une sorte d’inspection au niveau du secrétariat qui contrôle la collecte et la distribution de la Zakat ?

Tout à fait. Malheureusement, on constate une crise de confiance généralisée dans notre pays, c’est dommage. Et prions Allah que nous quittions cet état. En réalité à notre niveau, le peu d’expérience que nous avons, nous estimons que nous avons fait le travail dans la plus grande transparence. Parce qu’on ne s’en ferme pas dans notre bureau pour faire la distribution, on fait toujours recours aux autorités et aux ayants droits dans une salle commune ou tout monde à accès.

Il y a aussi ce qu’on appelle le conseil d’administration. Dans le conseil d’administration en gestation, prévoit une sorte d’audit interne. Mais aussi notre Direction relève de l’Etat. De temps en temps, il y a des gens qui viennent nous rendre visite sur le terrain pour voir comment nous effectuons le travail. Par la grâce de Dieu, il n’y a pas de souci à ce faire. La Zakat est déjà conditionnée par le saint Coran ; c’est pour dire que nous-mêmes nous n’avons pas de marge de manœuvre. C’est vrai que certains donateurs sont sceptiques, mais ils seront toujours associés à la distribution. Le conseil d’administration est fait de ceux qui doivent donner et ceux qui doivent recevoir.

Votre dernier mot.

Je voudrais encore dire une fois à la population guinéenne que c’est une aubaine pour la Guinée d’avoir un fonds national de la Zakat. J’ai pour preuve, les fonds nationaux de la Zakat ailleurs. Il y a dans certains pays que le fonds national de la Zakat est plus riche que le Ministère des finances du pays en question. Je voudrais qu’on se fasse mutuellement confiance, vous ne devez pas douter de quelqu’un avec lequel vous n’avez pas encore travaillé. L’islam même l’interdit. Donc, qu’on se face confiance, qu’on travaille ensemble. Les donneurs de Zakat peuvent se rassurer qu’ils seront dans l’utilisation des biens qu’ils nous confient.