Entretien avec Michelle Tanon-Lora, Ecrvaine-conteuse

article mise à jour : 23 avril 2013
Ecrivaine-conteuse, Dr Michelle Tanon-Lora est professeur à l’Université Cocody-Abidjan. Depuis quelques années, elle dirige des ateliers de contes et de lecture. Son groupe de conteurs organise des séminaires de formation de petits conteurs. Cette écrivaine-conteuse de renommée en Côte d’Ivoire et dans la sous région est critique Littéraire et spécialiste en Communication Sociale et est auteure d’essais et de livres à l’intention de la jeunesse. Présente en Guinée dans le cadre des 72 Heures, notre redaction a rencontré Dr Michelle Tanon-Lora. Entretien.

Guinée-culture : Comment êtes-vous arrivées à l’écriture et à la lecture ?

Michelle Tanon-Lora : J’ai grandi avec le livre. Ma mère étais enseignante et j’essaie, à travers l’écriture et la lecture, de partager positivement ce qui m’a marqué pendant mon enfance. En restant enfermée dans ma chambre d’enfance, je pouvais m’évader à travers la lecture. Aujourd’hui, en tant que mère et enseignante, j’éduque non seulement mes enfants, mais aussi ceux que les autres m’ont confiés. J’ai une trentaine d’étudiants à ce jour qui travaillent en thèse de littérature. Ensemble, nous animons des ateliers de contes partout en Côte d’Ivoire en en Afrique.

Professeur d’université que vous êtes, vous avez décidé de travailler avec les enfants. Quelles sont vos motivations ?

Ma volonté de travailler avec les enfants est un projet ambitieux. Il vise à inculquer le goût de la lecture à ces enfants. La cause ? Nous nous sommes dits que l’enfant est plus malléable et plus ouvert. Alors qu’avec l’étudiant qui débarque à la Fac et qui n’a pas le goût de la lecture ,c’est assez difficile de lui donner ce gout. C’est possible, mais plus difficile à faire. C’est dans cette optique que nous avons pris l’initiative d’aller à la base afin de leur transmettre ce gout de la lecture aux enfants dès leur bas-âge.

Parlez-nous à présent de vos œuvres et dites-nous quel a été celui qui a le plus de succès ?

J’ai écrit sept livres dont La Ceinture de Madame Fourmi, Les larmes d’or, Siggly et son ballon, le bébé de madame guenon pour ne citer que ceux-là. Celui a eu plus de succès est ’’Le bébé de madame guenon’’. C’est l’histoire de Madame Guenon qui vient d’avoir un beau bébé. Tout le monde l’admire. Mais en voulant le rendre encore plus beau, il s’est passé quelque chose d’atroce.

Le succès de cette œuvre est sans doute basé sur son originalité. On a utilisé l’anthropomorphisme qui consiste à attribuer de caractéristiques comportementales ou morphologiques humaines à d’autres entités comme des animaux, des objets, des phénomènes, voire des idées. Ce style que j’ai utilisé dans ce livre permet aux lecteurs de prendre du recul, d’analyser le comportement humain qui n’est pas toujours bon. Quand on est un beau il faut s’en contenter. en dehors de la beauté physique, il y a d’autres valeurs qu’on pourrait promouvoir.

Quelle est votre perception du livre ?

Le livre est perçu dans nos sociétés comme une contrainte scolaire. Notre volonté est de chasser Blanche neige et le petit chaperon rouge dans nos écoles maternelles pour les remplacer par des livres de contes. Blanche neige avec la neige, le loup, ce sont des animaux qui n’existent pas dans les forêts africaines. A travers notre projet qui est ambitieux, mais réalisable s’il est accompagné, nous voulons donner aux enfants des références culturelles par rapport aux contes, une identité qu’ils pourront relayer aussi bien dans leur environnement immédiat mais aussi dans leur réflexion et raisonnement. Pour cela, il faut des éléments culturels déterminants que nous donnons aux enfants.

Depuis des années, vous organisez des séminaires de formation de petits conteurs, en consistent ces séminaires ?

Au cours de nos différents séminaires, nous formons de petits conteurs. Cette formation est quelque chose d’inhabituel car ce sont des enfants que nous initions à dire le conte. Dans le projet parascolaire, les enfants sont souvent passifs. Notre objectif est de les rendre plus actifs en leur donnant un rôle après la formation. Ils deviennent ainsi de véritables acteurs de la culture. Pendant les festivals, ce sont ces enfants qui lisent les contes. En le faisant, ils se sentent investis d’un rôle . Certains adultes pensent que les enfants ne peuvent pas assumer des responsabilités. Mais quand on les confie un rôle, les enfants exécutent leur part du contrat avec le plus grand sérieux. Nous faisons donc la promotion du concept vivre ensemble à travers les ateliers de conteurs que nous organisons.

Vous êtes en Guinée dans le cadre des 72 Heures. Quel sera votre apport pour la réussite de cet évènement ?

L’année dernière, j’étais là à la même période pour les 72 Heures du livre. J’avais rencontré des élèves de l’école Sainte-Marie. Cette année aussi, je suis venue avec mon matériel de conteuse pour partager avec les enfants de Guinée mon expérience. A la Sainte-Marie, les enseignants étaient très intéressés l’an dernier. Nous avons eu des échanges. Ils m’ont même envoyé des textes écrits par les enfants. C’était très intéressant. je suis impatiente de rencontrer ces enfants à nouveau pour voir où ils en sont avec ce projet.

Avez-vous rencontré des difficultés dans ce projet ?

Oui évidement comme tout projet d’ailleurs. Le constant est que le projet plait partout où nous passons, mais son exécution est une question de moyens et ça dépend des décideurs de chaque pays. Si les politiciens ou dirigeants accompagnent le projet, ce sera très bien. Notre combat est de faire un plaidoyer auprès des autorités afin qu’elles accompagnent ce genre d’initiatives qui du reste ne demande pas assez de financement, mais qui sont déterminant pour la diffusion de la culture en Afrique.

Les mots au service de la paix, tel est thème des 72 heures du livres. Vos contes sont-ils en rapport avec la Paix ?

La Côte d’Ivoire, mon pays vient de sortir de la guerre. Là-bas on était obligé de travailler pour la paix. Quand j’ai eu connaissance du thème des 72 Heures du livre, je me dis que le thème va directement dans le même cadre que les projets que nous avions en Côte d’ivoire qui sont focalisés autour de l’instauration de la paix durable et le concept de Vivre ensemble.

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Les œuvres de l’auteur

- Les larmes d’or (Ed. Les classiques d’Abidjan- 2011) - Identité individuelle, identité collective (Ed. l’Harmattan- 2011)

- La Ceinture de Madame Fourmi, Ed Les Classiques Ivoiriens, Avril 2009.

- Le Bébé de Madame Guenon, Ed Les Classiques Ivoiriens, Septembre 2009.

- Siggly et son ballon, Ed Les Classiques Ivoiriens, 2011

- Siggly ne partage pas ses jouets, Ed Les Classiques Ivoiriens, 2011

- La tortue sur le dos, Ed Les Classiques Ivoiriens, 2011 - Les larmes en or, Ed Les Classiques Ivoiriens, 2011

- La petite fille au doigt mouillé, Les classiques ivoiriens, 2012. (Bilingue, français, anglais).