Entretien avec Mohamed Keita, membre de l’académie N’Ko, auteur des ‘’supplices d’une génération’’

article mise à jour : 27 mai 2013
Mohamed Lamine Keita, est enseignant de profession et membre de l’académie N’Ko. Auteur des ouvrages ’’Boroquet Djankata’’ qui signifie, ‘’les supplices d’une génération’’ et de deux autres dont : ‘’la vie de mon père’’ et la ’’chronologie des langues mandingues’’ tous écrits en N’Ko. Dans cet entretien, il nous parle de son œuvre, des difficultés pour instaurer le N’Ko dans les écoles en Guinée, et des efforts fournis par l’académie N’Ko à faire prospérer l’œuvre de Souleymana Kanté.

Guinee-culture : Dites-nous d’où est née votre amour pour l’écriture ?

Mohamed Keita : Nous n’avons fait qu’emboiter le pas à notre maitre éclairé, Souleymana Kanté qui, a lui-même écrit plus de 180 livres. C’est lui qui a dit que chaque intellectuel africain doit poser un acte en faveur des langues et des cultures africaines. C’est ce qui m’a inspiré, qui m’a poussé à écrire ce roman. Afin d’éclairer la lanterne de l’auditoire N’Ko sur certaines situations qui avaient prévalu dans notre pays à une époque donnée.

Faites-nous le résumé de votre roman ‘’les supplices d’une génération’’


C’est un roman composé en trois parties. Une première partie précoloniale, une seconde partie coloniale et la troisième des indépendances. Le héros s’appelle Balla. C’est un roman qui a été édité en Egypte, à l’imprimerie centrale du Caire, avec l’appui de l’académie N’Ko, en 2012.

Cela veut dire que vous avez eu des problèmes pour l’éditer en Guinée.

Maintenant, nous avons commencé faire des éditions en Guinée. Il y avait certains problèmes techniques que nous ne maitrisons pas. Maintenant que ces problèmes sont maitrisés, nous avons commencé à éditer notre livres ici.

M. Keita, avez-vous un lectorat important ?

Oh oui ! C’est lu, parce qu’il a eu le prix de la librairie centrale N’Ko. Ça été le livre le plus vendu en 2012. 6500 exemplaires ont été faits et vendus comme des petits pains, en Guinée comme dans le reste des pays de l’Afrique de l’ouest.

Avez-vous d’autres ouvrages ?

J’ai d’autres ouvrages sur ‘’la vie de mon père’’, il y a aussi un ouvrage sur ‘’chronologique sur les langues mandingues’’. Pour l’instant ce sont les trois ouvrages à mon actif. Mais, je compte en produire d’autres avec le temps.

Selon vous, où se situe le vrai problème pour la promotion de l’écriture N’Ko ?

Nous voudrions vraiment que l’Etat s’implique. Le temps est venu. Les organisations non gouvernementales ont fait ce qu’elles peuvent, mais ce que l’Etat peut faire, on ne peut pas faire ça à sa place. L’Etat doit s’approprier de cette écriture, l’intégrer dans l’éducation dans nos écoles. Surtout que c’est un alphabet, ce n’est pas une langue. L’inventeur du n’Ko n’a fait qu’appliquer l’écriture dans la langue qu’il maitrise le mieux, qui est le malinké. Il peut aider à communiquer dans beaucoup de langues. C’est la seule écriture qui tient compte de la transcription des tons.

Comment faites-vous pour créer de nouveaux mots, quand on sait qu’avec l’avancée technologique, de nouveaux mots apparaissent tous les jours ?

Nous suivons les traces de notre maitre qui a crée cette écriture. Ensuite, comme tous les linguistes le savent, pour donner un terme à une situation donnée, on peut le faire par la structure interne, on peut le faire par convention, comme on peut la faire aussi par emprunt. Bien avant l’inventeur de l’écriture, nos parents aussi avaient fait des efforts qu’il ne faut pas négliger.

Un mot sur l’académie N’Ko...

L’académie N’Ko est constituée des représentants de toutes les ONG s’occupant du développement de l’Alphabet N’Ko. Chaque association a pris une élite en son sein pour former l’académie. C’est une instance de régulation des textes en N’Ko. Il faut une instance pour surveiller les normes de publication, les normes de la langue, les conventions grammaticales et nous enrichissons aussi le dictionnaire N’Ko.

Souleymana Kanté avait élaboré un dictionnaire de 32500 mots et aujourd’hui, nous sommes entrain de le booster à 100.000 mots, pour satisfaire la demande de nombreux utilisateurs de l’écriture.