FESPACO : Mohamed Camara, directeur général de l’ONACIG La Guinée a présenté ‘’Morbayassa’’ c’est un bon film bien qu’il n’ait pas de titre’’

article mise à jour : 12 mars 2015
La Guinée a pris part ,récemment au festival du cinéma africain, FESPACO, organisé tous les deux ans au pays des hommes intègres, le Burkina Faso. Cette participation guinéenne s’est matérialisée par la présentation du film ‘’Morbayassa’’ du cinéaste Cheik Fanatamady Camara. En l’absence du cinéaste, notre reporter s’est entretenu avec M. Mohamed Camara, directeur général de l’Office National du Cinéma, de la Photo, et de la Vidéo de Guinée, le célèbre cinéaste de la Guinée qui est auteur de plusieurs longs métrages primés par les institutions nationales, africaines et internationales. Minka, Dinko., Balafola, Dakan, ….sont de ses œuvres.

Dans cette interview, M. Camara explique les raisons de la participation de la Guinée, les efforts des cinéastes guinéens, les difficultés qui pèsent sur le 7ème art .

Guinéé Culture : Monsieur Camara, la Guinée vient de participer au festival panafricain du cinéma de Ouagadougou ( Fespaco). Pourriez-vous nous dire un mot sur cette participation ?

Mohamed Camara : Vous savez depuis plusieurs années, la Guinée participe à ce rendez-vous cinématographique africain. Le Fespaco,( festival panafricain du cinéma de Ouagadougou) la Guinée a participé à travers ses cinéastes à la rédaction de ses textes de base. A la 1ère édition, les cinéastes guinéens sont partis avec des films, et le film Naitou du doyen Moussa Kemoko Diakité a eu le prix de l’Agence de la Francophonie. Il y a eu, par la suite, la génération des Cheick Doukouré, qui sont venus présenter des films en tant qu’acteurs et cinéastes. Après les Cheick Doukouré, notre génération, a pris part aux différentes éditions. Moi , j’ai présenté pratiquement tous mes films. Dinko’’, j’ai eu le grand prix de Fespaco , Minka’’ et Dakan’’, j’ai eu la mention et ‘’Balafola’’ qui a été présenté le dernier. Cheick Fantamady Camara avait présenté par le passé ‘’Il va pleuvoir sur Conakry ‘’. Film qui avait reçu le grand prix du jury.

Cette année, il a présenté Morbayassa au nom de la Guinée. Certes, il n’a pas reçu de prix, mais il a le mérite de représenter le cinéma guinéen dans ce rendez-vous cinématographique africain même s’il n a pas été assisté par l’Etat guinéen . Ce manque d’assistance n’est pas un fait nouveau. Tous les Guinéens qui ont participé à ce type de rencontres n’ont jamais eu d’assistance de la part de l’Etat guinéen. Chacun se débrouille par ses propres moyens pourvu que la Guinée ne soit pas absente à ce type de rendez-vous culturel. Parlant de l’œuvre présentée, je suis convaincu que Morbayassa est un bon film bien que je ne l’ai pas visionné car Cheick Fantamady Camara est un bon cinéaste.

Vous parlez de non assistance de l’État guinéen, qu’en est-t-il au juste ?

Le cinéma, ce sont les moyens matériels et financiers... Et l’Etat guinéen ne donne rien dans ce sens. Lui comme nous autres, nous n’avons rien bénéficié pour nos différentes productions cinématographiques. L’essentiel pour nous, c’est d’être présent et de représenter fièrement la Guinée dans les espaces cinématographiques.

Que faire alors pour renverser cette tendance et améliorer la participation des acteurs, cinéastes et producteurs guinéens ?

J’aimerai dire ceci, le cinéma c’est le moyen de communication le plus efficace du monde. C’est grâce au cinéma que la culture, le tourisme et bien d’autres valeurs sont véhiculées instantanément. Il est important que notre Etat s’investisse dans le cinéma. Le Burkina Faso n’a ni or, ni diamant non plus de bauxite, mais aujourd’hui, il est le porte voix du cinéma africain. Je me souviens une fois, l’ex Président du Burkina Faso M. Blaise Compaoré avait déclaré à l’ouverture d’une édition de Fespaco à laquelle j’avais participé, son pays n’a pas de ressources naturelles, mais, il a le cinéma pour lequel son gouvernement va accorder tout son soutien. Voyez, avec une édition de Fespaco, le Burkina Faso dévient, pour une semaine durant, le centre de l’Afrique . Le monde entier sait qu’au cours de ce rendez-vous culturel,
le Burkina Faso sera présenté dans ses difficultés socioéconomiques et culturelles. Les partenaires découvrent le pays et savent dans quels domaines ils peuvent intervenir pour aider le pays. Aujourd’hui, le pays s’en sort bien.

Aujourd’hui quels sont les grands défis du cinéma guinéen ?

C’est d’abord la formation. On n’a pas suffisamment de cadres formés en la matière. C’est vrai qu’on a l’Institut des Arts de Dubréka qui est en train de former des jeunes cadres. Mais ce n’est pas tout. Quand on doit participer à des grandes compétions internationales, il faut avoir non seulement la théorie, la maitrise de la technique mais aussi l’outil et l’équipement nécessaires. Il faut avoir à sa portée une équipe de tournage de films. Avant, on envoyait des techniciens dans les grandes universités à travers le monde. L’ONACIG, pendant la 1ère République, avait de grands techniciens de sons, de l’image ; il y avait des ’’machinos", des électro. Aujourd’hui, il n’y en a pas. Les jeunes qui sortent maintenant se débrouillent. C’est le temps de l’informatique, de l’internet ; ils savent manipuler les machines de montage ; mais ils ont besoin d’affiner leur formation pour qu’on ait une bonne équipe chez nous capable de répondre aux exigences des grands rendez-vous cinématographiques. Il faut que l’État s’investisse pour qu’on puisse produire un ou 2 films par an. C’est cher, mais c’est bien pour notre pays. Quand on filme quelque chose, il demeure. Ça c’est important dans la vie d’une nation. Tenez, lorsque le Président Ahmed Sékou Touré avait demandé la réalisation du film ‘’Et vint la Liberté’’, on ne savait pas à l’époque que cela allait continuer à servir jusque maintenant. On continue à voir, à travers ce film, le début de l’indépendance de notre pays . Cela n’était pas compris. Après la disparition du Président Ahmed Sékou Touré, le Général Lansana Conté est venu et il a fait 24 ans de règne. Au temps de celui-ci, rien n’a été fait. Ainsi , dans quelques années, les gens ne se souviendront plus de lui. Ils sauront qu’il y avait un certain Général Lansana Conté qui a dirigé notre pays pendant telle période. Ils ne diront rien de plus parce qu’il n’a pas laissé de trace cinématographique. Après lui, il y a eu le Capitaine Moussa Dadis Camara, le Général Sékouba Konaté et aujourd’hui le Pr. Alpha Condé qui est dans sa cinquième année de pouvoir. Il n’y a rien. Certes, il y a des images télévisées, mais ce n’est pas suffisant. La télévision est différente du cinéma, dans la mesure où la télé filme , donne des informations etc. Le cinéma quant à lui, filme et archive. Et c’est cela qui compte parce la télé et le cinéma n’ont pas les mêmes angles de vue, les mêmes objectifs. Certes, ils ont les mêmes équipements, mais les objectifs étant différents, la technique et les personnes le sont aussi.

Aujourd’hui nos marchés foisonnent de films produits au niveau local. Quelles sont les relations entre ONACIG et les producteurs de ces films ?

La direction générale de l’ONACIG a des rapports avec les jeunes qui sortent de l’Institut Supérieur des Arts de Guinée . La plupart de ces jeunes qui font des films et les vendent sur le marché viennent souvent ici pour chercher conseils. Mais malheureusement l’État n’a pas doté ONACIG de budget pour essayer d’aider et d’appuyer ces jeunes dans leurs activités cinématographiques. Pourtant, ONACIG est une structure qui a été conçue pour contrôler, réglementer et impulser le cinéma guinéen. Mais, il ne peut impulser le cinéma sans moyens matériels et financiers. Il faut que l’État comprenne cela et qu’il forme des cadres du cinéma et fasse appel aux autres qui ne sont pas instruits mais doués et qui essaient tant bien que mal de faire des films. Hormis ce manque de moyens, qui réduit les activités cinématographiques, il y a l’absence de salles de cinéma. L’État n’a aucune salle de cinéma aujourd’hui. Après 1958, l’État guinéen avait nationalisé toutes les salles de cinéma qui existaient alors sur le territoire national. La Guinée était le premier pays de la sous région à avoir des salles de cinémas étatiques. Il a accordé de l’importance au cinéma et pratiquement tous les quartiers de Conakry et de l’intérieur du pays disposaient des salles de cinéma. C’est génial, parce que les enfants avaient où se retrouver, les jeunes pouvaient se rencontrer sur de bases saines. Après la mort du Président Sékou Touré, on a parlé de libéralisme économique et des fonctionnaires véreux ont profité de la situation pour brader les édifices culturels de notre pays. C’est pourquoi, aujourd’hui, on ne parle plus de cinéma proprement dit en Guinée car, qui parle de cinéma, parle de salles de projection. Les films sont faits pour des salles et non directement au marché. Dans un pays, quand on fait un film, on va d’abord dans les salles pour un an. Après, c’est la télé qui fait le relais puis, ce sont les CD. Chez nous, quand on produit un film on va directement au marché. C’est comme des cacahuètes. Ceci ne peut être bon pour la culture guinéenne. La Guinée est un pays de culture. Si on présente mal cette culture, on fait du tort à la Guinée. Le cinéma est un métier à part entière. C’est une œuvre de l’esprit qui voyage. A travers le cinéma, on présente la culture guinéenne. Si celle-ci est bien présentée, elle contribue immensément au développement du pays en le rendant compétitif sur le plan international.

Aujourd’hui la Guinée est confrontée à l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Ebola. Quelle a été la contribution du cinéma guinéen dans la lutte contre ce mal ?

Dans la lutte contre cette épidémie qui surgit de nulle part, nous avons réalisé 14 films actuellement qui passent sur les différentes chaînes de télévision guinéennes en vue de sensibiliser les populations sur la réalité de la maladie et sur la façon de l’éviter. Ces films sont entre autres ‘’Le 115’’, ‘’Dénin’’, ‘’Fouriginé’’, ‘’Magbana’’, ‘’Les malades’’ … Ces films sont réalisés sans assistance de la part des autorités. Je les réalise parce que je suis cinéaste et j’aime mon pays. Tout ce que je fais, c’est pour apporter ma part de contribution dans l’édification d’une Guinée nouvelle. D’ailleurs, je vous annonce la réalisation d’un prochain film qui traite des problèmes de l’accouchement comme celui qui vient de se faire une victime à l’hôpital de Donka.