Femme et livre : ‘’La mise en place d’une librairie a toujours été un rêve’’ a dit Madame Diaby Kadiatou KEITA

article mise à jour : 28 janvier 2013
Elles sont rares en Guinée les femmes qui s’adonnent aux livres. Madame Diaby Kadiatou Keita en est cette exception. Elle a une passion pour le livre dit-il. Après vingt ans de service dans une banque, cette dame a décidé d’installer sa librairie à la minière. Dans cet entretien, cette dame revient sur les difficultés qu’elle rencontre dans l’exécution de ses programmes.

Guinée-culture.org : vous avez une librairie très garnie. Parlez-nous de son contenu.

Kadiatou Keita  : Je suis libraire sise à la minière ‘’Carrefour de Guinée’’. Je vends toutes sortes de livres. J’ai beaucoup de livres pour enfants la littérature infantile donc ; j’ai des livres de droit ; d’économie, de journalisme, markéting, sociologie, j’ai aussi beaucoup de livres sur la littérature africaine mais aussi des classiques.

Guinée-culture.org : Vos livres sont-ils en adéquation avec le système éducatif guinéen ?

Kadiatou Keita : Effectivement, ils le sont qui mais j’ai aussi ceux du système français. Parce qu’on a des écoles françaises sur place.

Guinée-culture.org : Parlant de votre clientèle, est-elle constituée d’écoles ou des tierces personnes ?

Kadiatou Keita : Ben des deux. J’ai beaucoup d’étudiants comme clients, surtout ceux qui évoluent dans la filière Droit. J’ai aussi les juristes, des avocats qui viennent acheter des livres, les économistes, des comptables, des experts comptables, des imports comptables. Chacun trouve son compte chez moi.

Guinée-culture.org : Récemment vous avez organisé une caravane de livre. Quel était l’objectif fixé ?

Kadiatou Keita : En faite je suis la coordinatrice de cette caravane qui a porté le nom de la caravane du livre et de la lecture. C’est une opération qui a commencé depuis 2004 en Afrique Sub-saharienne. Les organismes français et autres nous ont accordé des aides. Ce qui nous a permis d’avoir ces livres à des prix bas pour nous permettre à notre tour de les mettre à la disposition du public à des prix fortement réduits. C’est cela, la caravane du livre et de la lecture. En fait la caravane du livre et de la lecture est surtout accès sur la littérature. Pas de livres de chimies, ni de mathématiques. C’est pour permettre à la génération montante de se mettre à la lecture.

Guinée-culture.org : Avez-vous atteint votre objectif ?

Kadiatou Keita : Oui ! Il y avait quelques clients qui nous demandaient de proroger la caravane ou de faire deux caravanes de livres et de lecture dans l’année. Cela veut dire qu’il y en a qui ont apprécié l’opération surtout côté prix. Parce qu’il y a des livres que nous vendons d’habitude à 60.000 FG qui se retrouvaient à 25 000FG.

Guinée-culture.org : Et que comptez-vous faire pour l’intérieur du pays ?

Kadiatou Keita : Vous êtes dans ma librairie vous voyez pleins de livres dans les cartons, ce sont les livres de la caravane. Nous avons exposé à Conakry sans l’aide de personne. Nous les libraires, on a dû mettre la main à la poche. Les organismes du nord français, l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Centre National du livre, la Wallonie Bruxelles, la Centrale de l’édition de même que l’Association Internationale des Libraires Francophones ont financé la caravane. Ils nous ont dit qu’ils vont nous accorder des aides afin d’avoir des livres à des prix très bas pour nous permettre de les mettre à la disposition du public à des prix fortement réduits. A nous maintenant de nous adresser à des sponsors sur le plan local, pour financer les animations et les déplacements à l’intérieur du pays. Malheureusement nous avons adressé des correspondances à toutes les banques de la place, à toutes les sociétés minières, à beaucoup de ministères, personne ne nous a soutenus. Ce qui fait que c’est à Conakry que nous avons exposé. Nous sommes bloqués car nous n’avons plus de fonds pour aller à l’intérieur du pays. Sinon nous avions prévu d’aller à Coyah, Dubréka, Fria, Kamsar, Sangaredi et Boké pour cette première édition. C’est-à-dire une semaine à Conakry, dix jours à l’intérieur du pays. Nous avons les livres sous les bras, mais nous n’avons pas les moyens pour aller à l’intérieur du pays. Les villes que je viens de citer avaient été informées, nous recevons beaucoup d’appels de la part des autorités de ces villes mais qu’est ce que vous voulez ? Surtout que c’est une opération pour laquelle, nous n’avons pas de bénéfices. On attend et on espère qu’il y aura des bonnes volontés pour nous aider à nous rendre à l’intérieur de ces villes citées plus haut. Nous sommes en pourparler avec les préfets pour voir s’ils peuvent prendre en charge les déplacements et les hébergements.

Guinée-culture.org : C’est très rare qu’une femme s’occupe de la librairie en Guinée. Pour vous c’est une passion, qu’est ce que trouvez de si attirant dans un livre ?

Kadiatou Keita : J’ai travaillé dans une banque pendant plus de 20 ans. Quand j’ai décidé d’être à mon compte, j’ai décidé de créer une librairie. Ça toujours été mon rêve d’avoir une librairie. En fait le livre, c’est une passion ce n’est pas forcément pour me faire de l’argent. Quand j’ai voulu l’installer mes amis m’ont dit toi, tu ne vois rien que le livre ? En Guinée, les gens n’ont même de quoi se nourrir, toi, tu leur vends des livres ce n’est vraiment pas une priorité. Dans l’immédiat oui, mais tôt ou tard ça sera une, ai-je répondu. J’ai assumé mon choix. Je ne dis pas que j’ai eu de l’argent avec la librairie, je pense plutôt que l’argent que j’avais de côté a été dépensé. Mais quand même j’assume mon choix.

Guinée-culture.org : Si je vous demandais de faire une comparaison entre les années 90 et celles de 2000, la lecture a augmenté en Guinée ou bien elle a régressé ? Sachant bien que les jeunes sont beaucoup plus orientés vers l’internet.

Kadiatou Keita  : Franchement en Guinée je ne peux pas vous le dire. Les gens n’achètent pas tellement les livres. A part les gens qui sont dans les branches techniques, les juristes, les économistes mais voir quelqu’un d’autre acheter un livre pour le simple plaisir comme les livres de littérature, c’est très rare.

Guinée-culture.org : Qu’est ce qu’il faut pour inverser cette tendance ?

Kadiatou Keita : C’est pour cela que nous nous sommes battus pour organiser cette caravane pour la Guinée. Parce que là les livres coûtent moins cher. La caravane était un grand succès les gens ont aimé. Malheureusement on n’a pas eu beaucoup de soutien pour financer la communication sinon ça aurait eu plus d’impact sur la population.

Guinée-culture.org : un message ?

Kadiatou Keita  : Je m’adresse surtout aux ministères de tutelle quand nous organisons un tel évènement et qu’on leur adresse des correspondances le minimum c’est de s’intéresser à ces évènements. A mon grand étonnement aucun ministère ne m’a répondu. Le seul ministère qui nous a soutenu c’est le ministre de la Communication qui m’a permis de passer quelques spots à la RTG. C’est dommage. Nous, on s’est battu pour faire venir les livres en Guinée il faut qu’ils nous épaulent pour les animations. On ne peut pas tout faire. Il faut qu’on ait des subventions. La France nous a garantie la caravane sur trois ans. Nous en sommes à la première édition. En début 2014, nous allons organiser la deuxième édition. J’espère que les gens vont prendre ça au sérieux et qu’ils vont nous épauler sur le plan financier pour nous permettre de financer les déplacements à l’intérieur du pays et la communication.

Merci.