Foison de librairie par terre : Madina ravit la vedette

article mise à jour : 17 novembre 2012
A Madina, l’un des plus grands centres commerciaux de la Capitale, un commerce de nature extraordinaire prend de l’ampleur depuis un certain temps. Il s’agit de la vente des livres et bien de documents importants à un prix dérisoire. Et la bretelle qui rallie Dixinn terrasse à l’échangeur principal de ce marché est la zone pourvoyeuse. Reportage…

Ce Mercredi matin, la ruelle menant à l’échangeur de Madina (côté autoroute) grouille de passants affaireux, d’acheteurs et de vendeurs qui marchandent à ciel ouvert. Des boutiques, des étales ouverts et quelques véhicules privés stationnés de part et d’autres. Ici, l’offre des marchands est diverse.

Dans la foulée, la librairie par terre composée de livres d’actualité et de seconde main exposés parfois à même le sol sur ce grand boulevard saute aux yeux. Mamadou Alpha Bah qui exerce ce petit commerce à quelques encablures de la pharmacie centrale de Guinée nous accueille derrière sa table de fortune au contenu varié : « Il y a des documents de toutes sortes, de la première année à l’université », lance cet homme revendiquant une décennie d’expérience dans ce métier. Sur sa table, des livres de sciences, de géographie, de français, de calculs, de Mathématique entre autres y trônent alors que la plupart de la couverture de ses documents est quasi inexistante ou fortement détériorée.

Expliquant l’état dégradant des livres, M.Bah évoque l’âge de ses documents qu’il qualifie lui-même de « vieillerie » et dont la provenance n’est plus tenue pour secret : « On échange la plus part de ses livres contre d’autres, dans ce sens les parents d’élèves sont nos principaux clients : dès que leurs enfants sont admis en classe supérieure ils viennent nous revendre des livres qu’ils avaient achetés l’année précédente. Nous payons également des livres dans les librairies mais j’avoue que nous avons toutes les peines du monde à les faire écouler. Parmi nous, il ya d’autres qui vont jusqu’au Sénégal, au Mali ou en Côte d’Ivoire pour faire des achats d’anciens livres. Dans ces pays on trouve des grandes librairies par terre », avoue t-il. Pas un seul client devant son étale ce jeudi matin.

Ces derniers temps, M. Bah qui voit ses recettes baissées considérablement accusent la conjoncture et la grande pauvreté qui frappent de plein fouet les lecteurs guinéens. « Cette année est pire que les années précédentes. Rien ne marche. Il ya plus de demandeurs que d’acheteurs », se lamente t-il alors que sur la même ruelle son collègue Issa kaba se frotte les mains. Lui, il vient d’écouler quatre de ses livres de littérature don un Roman. « Sa marche un peu. Nos prix sont fonctions du choix des clients, ils sont plus abordables que dans les librairies classiques. C’est pourquoi les clients affluent les lieux à tout moment », note ce jeune homme de teint noir, taille élancée qui confie ne jamais être inquiété en exerçant ce commerce.
Les parents d’élèves, les universitaires ou autres chercheurs sont la principale clientèle de la librairie par terre.

Pas de clients qui affluent devant ces librairies par terre mais les quelques rares qu’on rencontre n’ont pas manqué d’expliquer leur penchant pour ces livres. Moriba Douna, un client régulier devant ces tables toutes particulières. « On y trouve des livres un peu plus particulier qu’on trouve parfois deux fois ou trois fois moins chers que dans les librairies normales : il ya des livres des années 60 et d’autres que j’aime lire le plus souvent. Ici, il ya des livres qu’on négocie jusqu’à dix ou cinquante milles francs guinéens », dit ce chercheur bien qu’il déplore la qualité de ces produits due à la mauvaise conservation. « C’est des documents mal entretenus mais l’essentiel pour nous c’est de trouver notre compte », a-t-il tenu à préciser avant de lancer un appel pressant aux marchands pour un bon entretien de ces livres.

Trouvé devant l’étale de M.Kaba, Aboubacar Diallo, étudiant, cherche en vain un livre d’anatomie. Quelques minutes plus tard une forte désolation se lit sur son visage. « J’ai exactement vu le livre mais je ne pu l’acheter à cause de son état très défectueux. Et puis il n’est pas récent ni encore en couleur ». Plus loin, devant un vieux marchand d’anciens journaux de la place et internationaux, Sekou étudiant en médecine fouille dans les titres. « Chaque fois que j’emprunte cette voie, je jette un coup d’œil par là. J’adore lire les anciens numéros de jeune Afrique à cause des grands dossiers qu’on y traite. Le prix a augmenté mais puisse que la lecture est ma passion, alors je ne me gène pas à y faire un tour », affirme le futur médecin.

La librairie par terre, une concurrence pour celle dite classique.
La plupart des libraires trouvés soit devant leurs commerces ou dans leurs boutiques refusent de reconnaitre le mal de la librairie par terre. Abdoulaye qui en est pourtant conscient se défend. « Nous ne sommes nullement dérangé par ces librairies. Chacun à sa clientèle. Chez nous par exemple nos gros clients ce sont des écoles ou des fonctionnaires qui viennent nous faire la commande », dit le jeune grossiste en face de sa boutique de vente de livres neufs mélangés à quelques outils scolaires comme des cartons de cahier, de stylos ou encore de sacs.