Gros plan sur Dr Aly Gilbert IFONO : un historien et ses œuvres.

article mise à jour : 11 février 2014
Aly Gilbert Ifono est à la fois un homme de culture et un grand historien qui se consacre son temps à léguer son savoir à la jeune génération. A travers l’enseignement, un métier qu’il concilie depuis toujours avec l’écriture.
PNG - 114.9 ko

Docteur en Histoire et Civilisations de L’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) de Paris :
-  Maître de Conférences à l’Université de Sonfonia ;
-  Ancien Député à l’Assemblée Nationale ;
-  Ancien Ministre de la Culture, des Arts et Loisirs
-  Ancien Ministre de la Décentralisation et du Développement Local ;
-  Président de l’Association des Historiens de Guinée.
-  Membre du Conseil Intergouvernemental du Programme/Gestion des Transformations Sociales (MOST) de l’UNESCO.

1 LEXIQUE HISTORIQUE DE LA GUINEE-CONAKRY

Ce livre est mon premier essai en édition chez L’Harmattan-France. Il est sorti en 1992 et comporte 234 pages. Le titre comme vous le constatez n’est pas approprié. Moi je l’avais intitulé « Lexique historique de la République de Guinée ». Mais l’éditeur, dans un souci de précision, a tout gâté lorsqu’il ajouta « Guinée-Conakry » parce qu’il n’existe nulle part dans le monde, un pays qui s’appelle la Guinée-Conakry. Après son indépendance en 1958, notre pays a été enregistré le 12 décembre 1958 à l’ONU, sous la dénomination de République de Guinée avec pour capitale Conakry. Toutes les autres Guinée venues par la suite ont dû ajouter à leurs noms des précisions pour se distinguer de notre Guinée. Ainsi on a eu la Guinée-Bissau, la Guinée Equatoriale et la Nouvelle-Guinée Papouasie. Mise à part cette erreur, du reste regrettable, le contenu du livre concerne bien notre pays.

Le lexique historique de la Guinée est un genre de dictionnaire qui recense les noms de lieux et de personnages, les évènements, dates et documents historiques majeurs de notre pays. Au départ du projet, j’avais à l’idée d’aider les Guinéens de niveau moyen et surtout les touristes étrangers à disposer des bribes de connaissances sur l’histoire de notre pays avant d’y être. Le livre se termine par une brève chronologie historique.

Comme vous le constatez ou le constaterez, ce lexique n’est pas aussi riche que souhaité. Il y a des concepts imparfaitement définis et d’autres totalement absents. Mais à sa sortie, le livre a intéressé plus d’un. Toutefois, je suis en train de préparer une réédition, sur la demande de L’Harmattan. Ce sera l’occasion pour moi de l’enrichir, cette fois-ci sous son vrai titre de « Lexique historique de la République de Guinée ».

2- LES CONTES ET LEGENDES KISSI DE GUINEE, DU LIBERIA ET DE LA SIERRA LEONE

Sorti en 2008, ce livre est un recueil de 98 pages de contes et de légendes du pays kissi destinés à l’éducation des citoyens, notamment les plus jeunes par le divertissement. En effet, en plus de leur aspect ludique, les contes et légendes sont un puissant moyen didactique. Mettant en scène des animaux, des végétaux et des êtres fantomatiques, ils font la promotion des vertus (bonté, amour du prochain, solidarité, compassion, probité morale, etc.) et la dénonciation et la condamnation des tares sociales (jalousie, méchanceté, fourberie, avarice, haine, malice, etc.)

Les contes et légendes se font généralement par les anciens la nuit, au clair de lune ou autour d’un petit feu de bois. En pays kissi, il est interdit de faire les contes ou les légendes la journée, parce que cela risquerait d’empiéter sur les travaux champêtres. Pour amener les jeunes à respecter cette interdiction, les anciens leur font croire que quiconque débiterait les contes la journée, perdrait son père et sa mère. Puisque personne ne veut perdre ses parents, le tabou est rigoureusement observé par tout le monde.

3- LE PEUPLE KISSI (GUINEE, LIBERIA ET SIERRA LEONE), FACE AUX COLONISATIONS-RESISTANCE ET SURVIE

Publié aux Editions L’Harmattan en 2010, ce livre de 333 pages est un extrait de ma thèse de doctorat soutenue à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris. Il reconstitue l’histoire de la société kissi de la conquête coloniale à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, soit approximativement de 1850 à 1945. Il est structuré en trois parties dont la 1ère traite des conquêtes et implantations coloniales anglaises, françaises et libérienne (dans une moindre mesure).

La seconde partie quant à elle, est consacrée aux résistances et à la survie des Kissia face aux colonisations anglaise et française.

Dans la 3ème partie, le livre s’est attaché à décrire le processus d’intégration des Kissia dans l’économie coloniale, française en particulier, entraînant l’abandon de la production vivrière au profit de la production d’exportation. Vous en connaissez les conséquences.

Au titre des conquêtes, j’ai présenté le processus d’empiètement et de morcellement du pays kissi à travers de nombreux traités, conventions et autres arrangements entre puissances coloniales d’une part et entre ces dernières et les chefferies locales. A l’issue de ce morcellement, le pays kissi s’est retrouvé définitivement divisé et cloisonné par de nouvelles frontières qui ont fabriqué :

-  Un pays kissi français comprenant de nos jours les préfectures de Kissidougou et de Gueckédou ;

-  Un pays kissi anglais comprenant les districts de Kaïlahun, Diah, Gbanè et Laï ;

-  Un pays kissi libérien composé des cantons de Wam et Kamaa.
Le livre montre également comment, pour défendre leur pays de l’occupation étrangère, les Kissia ont dû ouvrir et organiser des foyers de résistance avec d’illustres chefs de guerre dont :

-  A l’Est avec Tyendènan Dembadouno
-  A l’Ouest avec Djigbo Koundouno
-  Au Nord avec Kissi Kaba Kéita, Oussamadan Kourouma et Saa Pouyo Komano,
-  Au sud avec Kafoula Millimono sur la rive gauche de la Makona et Kayé Doundou sur la rive droite, côté sierra léonais.

L’ouvrage conclut qu’en dépit d’âpres guerres de résistance, le pays kissi fut conquis, découpé et soumis à partir de 1915.

4. NAÎTRE, VIVRE ET MOURIR EN PAYS KISSI PRECOLONIAL (Essai d’anthropologie sociale et culturelle)

Le livre a été édité en 2011 et comporte 235 pages. Tout comme le précédent, il est extrait de ma thèse de doctorat. L’ouvrage qui présente le visage de la société précoloniale, est un bref essai d’anthropologie sociale et culturelle décrivant les traits distinctifs des Kissia tant sur les plans de l’organisation sociale, l’organisation économique que sur celui des structures politiques et militaires :

-  Par organisation sociale, il faut entendre la vie domestique (mariage, naissance, baptême, initiation, la maladie et la mort)
-  L’organisation économique montre les structures de la production, de la consommation et des échanges.
-  L’organisation politique pour sa part indique comment les Kissia avaient structuré la gouvernance politique et organisé la défense de leur territoire, comme pour dire que nos sociétés traditionnelles africaines n’étaient pas anarchiques, mais bien organisées avant l’arrivée des Européens.

5 : LA GUINEE : DE HAMED SEKOU TOURE A ALPHA CONDE OU LE CHEMIN DE CROIX DE LA DEMOCRATIE.

Le livre est sorti le 26 décembre dernier et comporte 281 pages, mais n’est pas encore en librairie à Conakry. L’ouvrage est un survol de l’histoire récente de notre pays. Le sujet est certes intéressant, mais très délicat dans la mesure où la plupart des acteurs et témoins sont encore vivants et peut être parmi nous ici. Autant dire qu’il est difficile d’être à la fois acteur et témoin, difficulté que j’ai essayé de transcender en prenant le risque de témoigner tel que j’ai vu, entendu et compris notre histoire nationale. Je l’ai fait parce que beaucoup hésitent ou refusent encore de le faire. Je l’ai écrit moins pour plaire ou offenser que de tenter d’apporter ma modeste contribution à la connaissance de l’histoire de notre pays.

La Guinée pays phare ! C’est ainsi qu’était considéré notre pays après le retentissant NON au référendum du général de Gaulle le 28 septembre 1958. La Guinée venait en effet d’ouvrir une brèche dans le système colonial français et de tracer la voie de l’indépendance et la liberté aux peuples africains colonisés par la France et même à ceux colonisés par le Royaume-Uni.

Pays phare ! La Guinée peut-elle encore prétendre l’être aujourd’hui ? On est en droit de se poser la question. En tout cas il semble que les Guinéens eux-mêmes ne croient plus au destin de leur pays. Sinon comment expliquer ces propos de gens peu sérieux, affirmant haut et fort, qu’en 50 ans, nous n’avons rien fait ? Ce propos à notre avis est une insulte au peuple de Guinée. On peut dire que nous n’avons pas tout fait ou nous n’avons pas bien fait ; mais dire que nous n’avons rien fait, est inacceptable. Ce livre est donc une réaction à ce propos indigeste.

Dans une première partie, j’ai présenté la Guinée sous la Révolution, avec ses réalisations agro-industrielles remarquables, sa diplomatie exceptionnellement dynamique mais aussi ses dérapages. Et oui, les dérapages, il y en eu ! J’ai surtout insisté sur le fait que la révolution, ce n’était pas seulement le Président Sékou Touré, mais plutôt l’ensemble des hommes et structures d’un Etat moderne où chaque Guinéen avait un rôle à jouer. La question que j’ai posée c’est de savoir si chacun à son poste de travail, a correctement assumé la mission qui lui était assignée ? Si oui, tant mieux ! Sinon, est-il exact de rendre le Président Sékou Touré, responsable de tout ce qui n’a pas bien marché en Guinée à son temps ? Vous trouverez dans le livre la réponse que moi j’ai donnée. Elle inspirera certainement la vôtre.
Dan la seconde partie, j’ai parlé de la gouvernance issue du premier coup d’Etat militaire du 3 avril 1984, sous la conduite du colonel (et plus tard général) Lansana Conté. J’ai passé en revue, les acquis et les graves faiblesses, les réalisations et les espoirs déçus ! J’ai essayé de montrer que Lansana Conté avait tous les atouts pour amorcer le développement de la Guinée :

-  Contrairement au premier régime, lui n’avait pas d’opposition intérieure ou extérieure à gérer : il n’avait pas de complots ni de 5ème Colonne à gérer ;
-  Il avait le soutien des partenaires au développement ;
-  Il avait le soutien de la diaspora guinéenne décidée à retourner au bercail pour participer au développement du pays ;
-  Les immenses richesses naturelles étaient encore presque inexploitées ;
-  Le pays était très faiblement endetté.

Malheureusement la gestion du pays a été si catastrophique, qu’à la mort du général Lansana Conté, la Guinée se classait presque avant-dernière du monde du point de vue Indice du Développement Humain (IDH), en dépit de son extraordinaire potentiel géo-hydro morphologique.

Le livre a cependant concédé au général Lansana Conté d’avoir initié la construction d’un Etat de droit et de démocratie multipartite, même si pendant longtemps, les Guinéens ont dû se contenter des effets d’annonce, car durant son long règne, il n’a pas fait bon ménage avec la classe politique et la société civile : presque tous les leaders de l’opposition ont été en prison, avec mention spéciale pour le Président Alpha Condé qui a fait 28 mois derrière les barreaux.

J’ai consacré la 3ème partie du livre à la seconde irruption de l’Armée dans l’histoire de notre pays. J’ai parlé de « l’éphémère pouvoir du capitaine Moussa Dadis CAMARA », de ses atouts, mais aussi de ses erreurs dont la « marche anodine » mais « piège fatidique du Stade du 28 septembre » a eu raison de son inexpérience et de sa naïveté politiques.

La dernière partie de l’ouvrage traite de l’épisode de la Transition militaro-civile animée par le triumvirat Sékouba Konaté-Jean-Marie Doré-Rabiatou Sérah Diallo, Transition dont la fin s’est réalisée en deux étapes : Le gouvernement transitoire a rendu le tablier avec cinq mois de retard, tandis que la mission du CNT vient de s’achever laborieusement, après plus de trois ans de tergiversations, par l’avènement d’un président de la République démocratiquement élu en 2010 et la mise en place d’une Assemblée nationale en 2014.

Ainsi s’achève, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, la présentation de mes œuvres. Je garde l’espoir, qu’au sortir d’ici, vous rendrez visite à L’Harmattan-Guinée qui est juste à quelques pas d’ici. Les livres y sont vendus aux élèves et étudiants à moitié prix.

Par Dr Aly Gilbert IFONO
Maître de Conférences

1 photos