Helen Oyeyemi, fille de Perrault et de Tutuola

article mise à jour : 16 mars 2013
A 29 ans, l’Anglo-Nigériane Helen Oyeyemi est l’auteure de trois romans, acclamés par des prix prestigieux. Romancière à l’imagination débordante, elle revient avec un quatrième roman où la réflexion sur le réel et le social se mêle étroitement à la fantaisie magique et au féerique.

Mister Fox est le quatrième roman sous la plume de l’étonnante Helen Oyeyemi. Après trois récits délicieux et déroutants qui mêlent avec bonheur le fantastique africain et des traditions littéraires européennes (le gothique, l’absurde, le post-modernisme, mais aussi le roman policier à la Agatha Christie), la romancière d’origine nigériane nous livre avec son nouvel opus une relecture de la légende de Barbe bleue.

Le héros monstrueux de Charles Perrault est transformé en un auteur à succès dans le Manhattan des années trente, qui se caractérise par ses récits violemment anti-femmes : tous les personnages féminins de Mr. Fox meurent assassinés ! Le monde et les certitudes de l’écrivain misogyne vont être violemment mis en cause et bousculés par l’entrée dans sa vie de sa muse, qui le critique et l’incite à imaginer un univers différent, aux rapports de force moins dramatiques.

Une formation occidentale

A à peine trente ans (elle est née en 1984), Oyeyemi s’est imposée dans le champ littéraire nigérian en profonde mutation générationnelle comme une auteure résolument moderniste, se situant aux confluences de l’imaginaire africain et de l’avant-garde européenne. Héritière des Tutuola, Achebe et Soyinka, cette Anglo-Nigériane puise une grande partie de son inspiration dans sa formation littéraire très occidentale, marquée, comme elle l’a expliqué dans une interview récente, par ses lectures des auteurs qui « privilégient une vision intime, fantasmagorique et gothique de l’existence ». Ses modèles littéraires ont pour noms l’Américaine Emily Dickinson, le poète polonais Zbingniew Herbert, la Française Camille Laurens, le romancier américain Jesse Bail ou l’écrivain russe de l’absurde, Daniil Kharms.

Mais la métaphore la plus éloquente de l’univers complexe et métissé de la jeune auteure se trouve sans doute dans son second roman The Opposite House, qui n’a malheureusement pas encore été traduit en français. Ce roman dont le titre est tiré d’un poème d’Emily Dickinson, met en scène une maison mystérieuse munie de deux portes, l’une s’ouvrant sur Londres et l’autre sur Lagos ! Cette maison entre deux mondes illustre à merveille l’imaginaire de la romancière nourri à la fois de cette Afrique natale que celle-ci a quittée à l’âge de 4 ans et de l’Angleterre où elle a grandi.

C’est parallèlement à ses études secondaires à Londres qu’Oyeyemi a écrit son premier roman La petite Icare (Plon, 2005). Il raconte l’histoire tragique d’une adolescente hantée par le double de sa sœur jumelle décédée à la naissance. Selon la mythologie des Yorouba, communauté à laquelle appartiennent les Oyeyemi, les âmes des enfants décédés errent entre le monde des vivants et des morts. Le roman finit mal car la mère du protagoniste n’ayant pas accompli les rituels millénaires pour apaiser sa fille morte, celle-ci ne peut que poursuivre sa famille jusque dans son exil occidental et causer sa perte. Envoyé à un agent littéraire par la poste, La petite Icare s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires et a fait la renommée outre-Manche de sa jeune auteure.