Hommage à Miriam Makeba : un témoignage saisissant

article mise à jour : 8 novembre 2012
La 11ème édition du DJEMBE D’OR est consacrée en grande partie à la vie de la chanteuse sud africaine Miriam Makeba. Deux témoignages. L’un fait par Roberto MEGLIOLI dernier manager de MAKEBA, l’autre par Antonio SOUARE compagnon de longue date de l’artiste. Mais avant, un exposé de l’ancien Ministre de la Culture M. Aly Gilbert IFINO sur Miriam Makeba dans le maquis.

Le 04 mars 1932 à Johannesburg en Afrique du Sud naissance de Miriam Makéba. Son enfance fut traumatisante pour elle. Elle n’a que quelques jours lorsque sa mère a connu la prison pour six mois. A cinq ans, elle devient orpheline de père. A 16 ans, ses études ont pris fin. Les moyens manquent bien sûr et l’apartheid a vu le jour. Pour aider sa mère à soutenir la famille Miriam Makeba enchaina plusieurs boulots. Les sévisses de l’apartheid montent crescendo et Miriam ne peut rester indifférente. Elle s’engage dans la lutte et empreinte la chanson comme arme. A 20 ans Makeba devient une vedette et son combat gène considérablement le régime.

L’engagement dans la lutte contre l’apartheid et le succès enregistré dans sa carrière d’artiste lui valent l’interdiction de séjourner dans son propre pays. Pis, ses chansons sont également interdites. Du coup, Miriam n’eût pas l’opportunité d’assister aux obsèques de sa mère.
Miriam Makeba se lance sans relâche dans la lutte contre l’apartheid partout où elle a vécu notamment en Guinée, aux USA et en Europe. ‘’Sans qu’elle ne soit une personnalité politique, sa seule présence était proclamation politique’’ témoignent ses proches.
Miriam Makeba a bénéficié d’une protection de feu Ahmed Sékou Touré. Devient citoyenne guinéenne, elle a même dirigé en 1974 la délégation guinéenne à la 30ième session générale de l’ONU. Elle possédait neufs passeports mentionnent M. IFONO

Abordant les témoignages, le manager Roberto MEGLIOLI sur une vidéo enregistrée affirme que Miriam Makeba s’est éteinte dans ses mains dans un hôpital italien. Le 09 novembre 2008 après un concert bien rempli, Miriam se repose, puis décline un prix qui lui ait attribué par les organisateurs, se plaint d’une fatigue qui s’intensifie au fil du temps. Conduite d’urgence à l’hôpital, elle s’est endormie pour toujours. A quelques heures du concert, Miriam Makeba et son manager s’étonnaient et se félicitaient de l’élection de Barack OBAMA aux Etats-Unis. ‘’ Un président noir à la maison blanche ! ‘’ S’exclamait-elle.

Un autre témoignage non moins saisissant est celui du PDG de Guinée Games. Antonio Souaré est un compagnon de longue date de Miriam Makeba. Depuis l’université alors qu’il était responsable de la section culturelle, il s’est vu confié la réception et l’entretien des étudiants sud africains qui venaient s’entrainer en Guinée. Il dit avoir participé à plusieurs concerts de Miriam Makeba en Guinée, en Afrique et dans le monde.

Après l’apartheid, Miriam voyageait essentiellement avec trois passeports (celui de la Guinée, la France et l’Afrique du Sud) confie M. Souaré. Toutefois, l’icône de la musique africaine a eu du mal à s’intégrer dans son pays pour avoir passé l’essentiel de sa vie hors de l’Afrique du Sud.

Après sa mort sanglote Antonio Souaré il a été témoin d’une scène hors du commun. La défunte Miriam Makeba avait laissé un testament dans lequel, elle a demandé la présence de 10 personnes dont M. Souaré. Cinq d’entre elles étaient présentes le jour j. Le testament indique que le corps doit être incinérer avant d’être noyé. Souaré raconte : « On nous a placé devant des fours crématoires à 20 m. Ils ont envoyé le corps. Ils ont placé là. C’est ce jour que j’ai compris qu’un corps peut brûler comme du papier. Roberto a pleuré ce jour comme on pleure en Afrique. Le lendemain nous sommes venus récupérer les cendres. On nous a remis Miriam Makeba dans une boite. On est parti à Cape town et ses cendres ont été distribuées en mer à la rencontre de deux océans. Tout était prévu. ». Un lourd silence s’empare de la salle.