ICRA-N’KO : on en parle

article mise à jour : 21 novembre 2012
L’alphabet N’ko est créé par le guinéen Souleymane Kanté. Ce chercheur a écrit plusieurs ouvrages. Egalement, il a fait d’énormes découvertes sur la médecine traditionnelle avant de mourir. Son fils aîné Ibrahima Kanté est aujourd’hui vice -président de l’association ICRA-N’KO. Une association créée pour faire la promotion des œuvres de son père. Au cours de cet entretien, il revient sur la création et l’évolution de l’alphabet N’ko.

Guinée Culture : Faites- nous l’historique de l’alphabet N’ko.
Ibrahima Kanté  : ICRA-N’KO signifie l’Association pour l’Impulsion et la Coordination des associations N’ko. Le N’ko est un système d’écriture inventé par le chercheur guinéen Souleymane KANTE le 14 avril 1945 à Bengerville en Côte d’Ivoire. Il s’est engagé dans cette aventure après la lecture du journal libanais du nom MARWA. En 1944, ce journaliste libanais a dit que les langues africaines n’étaient pas fondées sur des bases grammaticales. Cela a choqué Souleymane KANTE. Il a tenté de prouver que toutes les langues du monde ont des valeurs grammaticales. Dans un premier temps, il a tenté de transcrire le maninka en arabe. Il s’est confronté à un problème phonétique. Au cours d’un de ses voyages à Accra, il a trouvé que les prêtres ghanéens sont parvenus à transcrire la bible en Ashanti. Et les africains lisaient beaucoup. Il s’est décidé d’écrire sa langue en latin. Il s’est de nouveau rendu compte que le latin était conçu pour les occidentaux et l’arabe pour les arabes. Finalement le 14 avril 1944, au petit matin il est sorti avec son alphabet qu’il a nommé “alphabet N’ko”. En malinké N’ko veut dire " je dis".

Guinée Culture : Après avoir créé cet alphabet N’ko, Souleymane a réussi à réaliser beaucoup de choses. Dites nous lesquelles ?}

Ibrahima Kanté : Il a commencé par transcrire la théologie islamique. Il a également transcris une dizaine de sourates du coran. Au fil du temps il s’est penché sur les livres d’histoire notamment les héros africains. Avant sa mort, il a pu écrire 183 livres toutes sciences confondues. En 1977, il a fuit la Guinée à cause des arrestations de la cinquième colonne. Il s’est installé à Mali où il a continué ses recherches. Sur les plantes médicinales, il a réalisé d’énormes progrès avec les grands guérisseurs maliens. En 1982, il est reparti en Côte d’Ivoire. Après la mort de Sékou Touré, il est rentré définitivement en Guinée. Atteint par l’âge et la fatigue, il a bénéficié du soutien des associations installées à travers le pays. Le 23 novembre 1987 il est décédé.

Guinée Culture : Après la disparition de Souleymane Kanté, comment êtes-vous parvenu à perpétuer ses ouvres ?

Ibrahima Kanté : Nous avons fait des statuts et règlement intérieur que nous avons déposé au ministère de l’intérieur pour un agrément. En 1991, ICRA-N’KO a été agrée. Nous avons vulgarisé l’association, sensibilisé les populations et il y a eu des adhésions. Au titre des réalisations, on a créé un bulletin de liaison, actuellement nous avons un journal hebdomadaire, un mensuel. Nous avons des librairies, un journal tenu au Caire par des ressortissants guinéens et africains bien sur. 82 des 183 livres de Souleymane Kanté sont édités et se trouvent dans le marché.
Actuellement je forme beaucoup de gens sur la médecine traditionnelle, en même temps nous organisons des ateliers de formation et de sensibilisation pour nos associés. Dix maladies étaient inscrites dans le programme du dernier atelier tenu à Kankan. L’asthme, l’hyper tension, la bronchite, la tuberculose le diabète entre autres.

Guinée-Culture : En dehors de la Guinée avez-vous des relations à l’étranger ?

Ibrahima Kanté : Au Mali, au Burkina, en Côte d’Ivoire, en Angola, dans tous ces pays le N’ko avance beaucoup. C’est une fierté pour ces pays. Ici en Guinée, les gens pensent le N’Ko est pour les malinkés ! Non. Mon frère gère un site à partir de la France dénommée : www académie n’ko.fr.
En ce moment on a neufs livres d’apprentissage, 16 livres de lecture, 24 livres de littérature, 40 livres d’histoire, 25 livres de science, 10 livres de Culture, 38 livres de théologies islamiques on a enfin un logiciel dans l’ordinateur.

Guinée Culture : Un appel ?

Ibrahima Kanté : C’est de dire aux guinéens que le n’ko n’est pas l’apanage d’une langue. Le N’ko est un système d’écriture au service des langues africaines. On peut écrire toutes langues guinéennes en n’ko. Il faut que les guinéens comprennent que c’est une fierté pour la Guinée que l’UNESCO reconnaisse un alphabet qui est créé par un guinéen. C’est d’abord ça ! D’après l’UNESCO le N’ko est le sixième alphabet le plus complet au monde. Actuellement on donne les cours de N’ko dans six universités américaines, une en France, trois écoles privées au Mali. En Guinée on avait commencé à Koffi ANNAN, cette année c’est l’université de Kankan. Il faut que les guinéens comprennent que le N’ko n’est pour les malinkés mais pour celui qui apprend.