‘‘Il n’y a pas de place pour l’optimisme dans ce monde…’’ dixit Hakim Ba, auteur du recueil de poème L’envers en vers…

article mise à jour : 22 septembre 2011
Il est 16 heures... Nous sommes au Centre Culturel Franco Guinéen. Pendant que tous les habitants de Conakry affronte les éternels fils d’embouteillages avec beaucoup de peine, Monsieur Hakim Ba nous convie à un déjeuner de presse mais non à un entretien pour qu’il nous expose en poète les aiguilles sous roche de son recueil de poèmes L’envers en vers. Aujourd’hui stagiaire dans une société de téléphonie, Hakim Ba joue les Pythonisses. Il parle d’avenir, de son avenir d’écrivain. La main sur le palpite, le jeune poète envouté par la dramaturgie croit mordicus que L’envers en vers est un tout petit peu titillé par la naïveté du jeune à l’écriture. Certes en prenant du recul… Interview exclusive de l’étoile montante de l’écriture guinéenne…

Guinée-culture : La question qui me taraude l’esprit est pourquoi ce recueil de poème ?

Hakim Ba : C’est un peu difficile de répondre à cette question. Parce qu’on ne s’est pas souvent pourquoi on écrit. Ça vient comme ça. On le lâche. Pour moi, la littérature est un amour je ne le fais pas pour un combat ou une cause quelconque. C’est juste par amour. C’est ce qui me tapote l’esprit que j’essaye de lâcher. Par rapport à ce recueil, c’est vrai que je l’avais écrit depuis 2009. Depuis cela, je me suis un tout petit éloigné de la poésie. J’opte actuellement pour la dramaturgie. Je vois que c’est une autre porte d’expression. Puisque là, après avoir écrit ses textes, il y a quelqu’un qui pourrait l’interpréter et la montrer à d’autres personnes. Alors que la poésie est quelque chose d’intime. Je le fais souvent certes actuellement. Mais juste pour moi-même. Par rapport à ce recueil toujours, j’étais un peu plus engagé dans ce monde à l’envers parce que pour moi rien n’est à sa place...

En vous lisant, on a l’impression que ce recueil de poèmes a été pour vous une perche pour mieux étiqueté votre pessimisme. Est-ce le cas ?

Je crois que le monde est pessimiste. Il a été crée ainsi. On fait semblant d’espérer au fait. Même les nations développées cherchent le bonheur. Comme on dit, il n’y a pas de bonheur sur terre. Quand je vois des gens tués dans la rue, je me dis que c’est normal. Même s’il y a l’envers dans cela. Parce que s’il n’y a pas cela, il n’y aurait pas de vie. C’est ce pessimisme-là qui conduit notre vie au fait. Mais, à la fin, la poésie est une question de rêve, de songe. Je parle aussi d’espoir dans « L’aube des Satins ». L’appel à l’espoir y résonne…

Au lieu de prendre 90% de votre temps à parler des « Angoissés du ciel », ne croyiez-vous pas qu’il est nécessaire voire primordial de prêcher l’amour, les sentiments que de faire l’apôtre de l’envers ?

Au fait c’est ce qui me touche que j’exprime. Je ne fais pas un choix quelque part. Je ne me pose pas la question de savoir si tel sujet est noir ou blanc. Ce que je ressens, c’est ce que j’exprime. Tout ce qui me touche au fait. Il y a des poèmes qui n’expriment que mes réactions quand je regardais la télé par exemple. Cela me poussait à m’exprimer ainsi ; à ne pas être optimiste. Je me dis d’ailleurs qu’il n’y avait pas de places pour l’optimisme dans ce monde. Le bateau qui conduit le monde chavire. Nous sommes tous des naufragés. On ne sait pas comment se sauver de là.

Alors quelle est la solution du poète que vous êtes face au chavirement de « notre bateau commun » ?

L’unique bouée de sauvetage, c’est la mort. Je suis beaucoup attaché à la mort sans savoir pourquoi. Surtout maintenant que je fais du théâtre. En tout cas, pour cette vie, l’on est obligé de passer par là. Je me dis bref que l’on est créé pour souffrir. Voir quelqu’un dans une voiture ne fait pas de lui un heureux. L’argent ne fait pas le bonheur, nous dit l’artiste. L’homme ne cherche que toujours que des solutions.

Mais en attendant la mort, revenons à votre recueil de poèmes. Citations : ‘‘ L’Afrique trainée aux tréfonds des misères / par le monstre de l’extérieur… Belle Afrique appauvrie / barbouillée de calamités occidentales.’’ N’est-ce pas trop facile de croire que la misère du contient vient d’ailleurs ?

Au fait, il faut signaler que j’ai écrit ce recueil de poèmes depuis longtemps. A ce moment, j’avais quelque chose qui m’animait…

Donc Monsieur était un peu naïf ?

Voilà… Je l’étais par rapport à l’écrit.
En prenant du recul, ça nous donnera quoi cette citation ci-dessus ?
Je me dis que je ne suis plus dans cette toile de fond où les misères de l’Afrique est porte-étendard. Je suis beaucoup plus dans le social au fait. Je parle beaucoup plus de faits divers… J’essaie d’écrire sans avoir une position politique ou d’engagement. Aujourd’hui, à bien y regarder, l’Afrique est aussi responsable de sa situation, de sa misère. Tout ce qui se passe c’est nous. Les autres aussi le cautionnent certainement.

Donc tu quittes l’écriture un peu dure à la Césaire pour le social ?

Il faut noter qu’au début, nous sommes très animés par cet esprit d’engagement à la Césaire. Mais, au fur et à mesure qu’on grandit, on se rend compte qu’il y autre chose que ce gout à la dénonciation et à l’engagement. Aujourd’hui je parle assez de sexe dans mes textes. D’autres voient cela d’un mauvais œil. Mais je trouve que c’est normal. Au théatre, on parle de tout. Il y a beaucoup de choses qu’on traite dans le théâtre qu’on ne pourrait pas discuter dans un bureau. Voilà pourquoi je me tourne vers ce genre parce que je me dis qu’il y a d’autres formes de colonisation que nous avions nous-mêmes créées dans nos tètes ; avec ignorance peut-être. Il y a aussi le poids de la tradition et beaucoup d’autres choses qui pèsent aussi. Il y a c’est vrai cette libération qui commence à se ressentir. Mais les gens n’osent toujours tout en parler.

Parlons de vos textes dramaturgiques que vous fignoliez chaque jour. Sont-ils publiés ?

Maintenant au fait je ne me penche plus trop aux publications ; Parce que j’écris beaucoup. Ce qui m’intéresse ce n’est pas de publier ce que j’écris. Mais une fois avoir écrit mes textes, c’est de les voir interpréter sur scène et d’entendre ce que les autres ont compris sur mes écrits. Là encore, je peux toujours retoucher la chose. Alors que lorsque c’est publier, on ne peut plus le retouché. C’est un peu difficile de revenir à la chose. Il y a aussi le souci d’éditeur qui se pose surtout pour le théâtre. Parce qu’il faut trouver quelqu’un qui t’accompagne. Il faut trouver un éditeur qui pourra vendre ton œuvre mais aussi avoir des metteurs en scène, des conditions pour l’interpréter sur scène. Ce n’est pas comme le roman qui se vend plus facilement. Le théâtre n’est pas ouvert à tout le monde. C’est comme la poésie...

Par contre, dans L’envers en vers, ton recueil de poèmes rempli à 90% PAR LES Angoiss2es du Ciel. Comment peux-tu qualifier ta plume de « thérapeutique » alors que le recueil est très ‘‘noir’’ ?

Je me rappelle très bien. Quand je parle de thérapie, ce n’est pas le médecin qui ausculte la maladie. Je me dis quelque part que la littérature nous permet de voir plus clair que le langage que nous vivions dans la vie courante. Lorsqu’on lit un poème, on doit essayer de se remettre en cause. Je me dis par exemple que lorsque quelqu’un gouverne un pays, il entend les ça ne va pas dans ce pays. Il le sait. Mais dans un texte, tu dois l’exprimer autrement pour lui faire comprendre qu’il y a d’autres qui sont des laissées-pour compte. Il y a d’autres personnes qui ont besoin de lui. Peut être que de cette manière aussi cette thérapie viendra. Je parle aussi de mots dans ce poème. Le respect de la musicalité apaise aussi. Parce que cela te plonge dans un autre monde. Voilà encore une thérapie. Je ne dis pas qu’après avoir lu un poème tous tes problèmes seront résolus. C’est loin de là. C’est par rapport à cette thérapie littéraire que je parle.

Mais précisément où se situe la thérapie dans ce recueil ?

Lorsque je me plonge dans un recueil même si cela est noir, il y a thérapie. Parce que j’ai cet amour pour les mots. Parce que je pense que quelque part il y a une autre personne qui essaie de réécrire ce que je vis. C’est-à-dire à travers peut-être ces mots ceux qui ignoraient cela pourront voir plus clair. C’est par rapport juste à l’amour pour les mots, pour la poésie.
Après l’envers en vers, on ne doit plus t’attendre en poésie ?
Loin de là. J’ai déjà fait deux autres recueils de poésie que je garde à la maison. Comme je l’ai dit, je suis beaucoup trop dans les nouvelles et la dramaturgie.

Mais il n’y a pas d’échos sur tes pièces ?

En 2010, on n’avait fait la lecture d’une de mes pièces sur Yaguine et Fodé. Au festival organisé par le Centre Culturel Franco Guinéen, il y a aussi eu la lecture de mes textes. Le hic est que dans notre pays, les gens ne s’intéressent pas à ça. IL n’y a pas assez d’échos. Les gens ne savent pas trop ceux qui se passent en matière de théâtre. Mais je suis en train de travailler sur d’autres projets peut-être que les échos se sauront.

Quels sont ces projets ?

Je compte participer à un concours où il y aura au finish une rencontre entre les écrivains, les conteurs et certains metteurs en scène. Dans ce but, je suis entrain de peaufiner un texte sur les évènements du 28 Septembre. Mais je porte maintenant un autre regard par rapport à tout ça. Maintenant j’ai trouvé mon identité grâce aux observations menées. Je trouve qu’il faut poser des miroirs dans l’écriture où chacun pourrait se voir mais aussi se mirer. Je l’ai d’ailleurs fait dans ma poésie. Il ne faut pas dévoiler toutes les choses à mon avis. C’est au lecteur de pouvoir déchiffrer les faits.
Hakim Bah abandonnera-t-il un jour l’’écriture au profit de d’autres choses ?
Non ! Tout ce que je fais actuellement par-ci par-là, c’est pour préparer mon terrain pour l’écriture. J’économise aujourd’hui pour que je trouve un jour le temps pour l’écriture. Je cherche toujours un temps et les ressources nécessaires pour me consacrer à ça.

Un dernier mot ?

C’est dire que nous sommes là. Aux autres personnes aussi qui aiment la littérature de ne pas hésiter ; surtout les jeunes. La plume est ouverte à tout le monde. C’est juste une question de passion. Ce n’est pas un domaine pour s’enrichir. C’est ce qui trompe beaucoup de personnes au fait. C’est la passion. Quand tu as la passion et tu lis, tu peux apporter beaucoup à l’écriture. Sans lecture, c’est difficile d’écrire à mes yeux….