Interview : ‘‘On ne doit plus frapper la femme’’ dixit Hadja Kadidiatou Baldé, auteur de Oui mon mari ! Non mon mari…

article mise à jour : 5 août 2011

Mercredi 22 Juin. Il est 11 Heure. Notre ville tentaculaire – Conakry – bouillonne de chaleur. Tout est sens dessous dessus. Par-ci, ce sont des klaxons. Par-là un policier prend le collet pour des balivernes sans doute d’un taximètre. Les passants s’en donnent à cœur joie. Et pourtant ! C’est au siège de son O.N.G Gollen Fotten Guinée (N.D.L.R. Rassemblons-nous pour travailler la Guinée) que cette dame nous reçoit. Elle est à pic comme une montre Suisse. Pas de la Guinée mania avec elle.

Né au cœur de la tempête des indépendances, Hadja Kadidiatou Baldé séduit par sa modestie. Avec son style emprunt de la femme africaine émancipée, cette mère a décidé de baliser à sa façon le futur de nos sociétés aujourd’hui à la croisée des chemins.
Elle, elle propose le melting-pot aux hommes, aux femmes et aux jeunes dans son livre "Oui mon mari Nom Mon mari !".
Amour, violence contre la femme, Avortement, islam, avenir littéraire…, Guinée-culture vous offre en exclusivité l’interview d’une féministe convaincue qui s’est engagée résolument à nettoyer les Ecuries d’Augias de nos sociétés….

Guinée-culture : Qu’est ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Hadja Kadidiatou Baldé : J’ai écrit ce livre pas pour une vengeance. C’est une autobiographie. Certaines personnes penseront que c’est pour me venger contre mon ex-mari. Mais ça ne l’est pas du tout. J’ai écrit ce livre pour qu’il serve de leçons à beaucoup d’autres personnes qui pourraient se confronter aux mêmes problèmes que moi.

En vous lisant, on a l’impression que vous étiez pressées de vous libérer de toutes ces douleurs…
C’est toujours un poids. Parce que il y a des choses que j’ai subies qui m’ont faites très mal. C’est dur à supporter ! C’est un poids mais je n’ai pas écrit juste pour me libérer de cette douleur. Mais pour que cela soit encore une fois utile à d’autres personnes.

Par rapport à ce titre très évocateur, comment cela vous est-il venu à l’esprit ? Pourquoi Oui mon mari ! Non mon mari ?

Il faut d’abord noter que j’ai écrit tout le roman ; Il était plus long que ça certes. Mais on l’a fait pour que le reste soit l’objet d’un second ouvrage. J’ai écrit tout le livre donc. Je l’ai donné pour correction comme on le fait d’habitude. C’est après qu’on a réfléchi pour lui donner un titre. Parce qu’il faut dire que c’est un livre qui parle et de la tradition et de la modernité. Cette tradition veut que la femme soit obéissante, qu’elle aide son mari, qu’elle soit bien éduquée et tout. Donc je dis Oui mon mari à tout ça. Oui au respect de la coutume et de la tradition africaine. Maintenant je dis Non mon mari parce que je me dis qu’au-delà de l’obéissance que la tradition exhorte à la femme qu’elle a aussi un droit. D’où mon non à la bastonnade. Non aux injures. Non aux brimades. Non à l’expression du genre Prend tes enfants et rentre chez toi. C’est une forme de violence à mon avis.

Dans un extrait de votre livre, vous dites : « Les peulhs sont divisés en plusieurs groupes. Je fais partie du groupe de ceux qui sont sérieux dans les amitiés mais qui sont très susceptibles quand tu leur fais du mal. » Quels sont les autres groupes de peulh ?

Vous ne pouvez pas comprendre cette catégorisation. Chez nous les peulhs, il y a une appellation pour chaque groupuscule. Cela c’est selon l’histoire de ce groupe. Selon les faits de leurs ancêtres. Moi, par exemple, je suis ce qu’on appelle Kouloun Naankè Seppi. Nous, nous sommes très sensibles, c’est vrai. Mais on n’accepte pas la brimade.

Dans quel groupe placiez-vous votre ex mari ?

Lui, il est Barry. Mais vu qu’il a reçu une éducation Bambara, je ne peux lui donner un groupe. Malgré le fait qu’il soit originaire de Fougoumba. Parce qu’il n’a pas cette culture.

Vous faites des révélations souvent assez aberrantes qu’on se demande s’il n’y a pas un grain de sel des expériences de certains de vos proches dans cette autobiographie ?

Je savais déjà avant de me décider d’écrire ce livre les problèmes des femmes. Les femmes ont beaucoup de problèmes il faut le souligner. Si je commence d’ailleurs à les citer, je ne m’en sortirais pas. Mais je vais vous raconter une histoire de la fille d’une amie de Pita. Cette fille s’est mariée en 2ème noces chez un Monsieur. Tombée enceinte, son mari l’a pris pour l’amener à l’Hôpital Donka pour consultation. Arrivée, en complicité avec les médecins, on a endormi cette fille et on lui a enlevé son bébé. Elle s’est retrouvée après comme ça abandonner. Ils ont déposés certes une plainte à l’époque. Mais ils n’ont pas eu gain de cause. Cela s’est passé avant même le problème que je relate dans le livre. Chez nous, il n’est même pas facile d’aller se plaindre à la justice dans ces cas pareils. Parce qu’au-delà du résultat judiciaire, vous êtes à la risée de tout le monde. C’est tout cela qui m’a donné l’envie d’écrire pour pouvoir d’énoncer ces crimes commis sur les femmes dont on ne parle jamais.

Mais le hic qu’il y a dans les autobiographies, c’est que l’auteur se présente toujours comme un Saint. Aujourd’hui en prenant du recul, ne vous reprochiez-vous pas quelque chose ?

Effectivement il y a quelqu’un qui m’a posé la même question. Je lui ai répondu que mon divorce a été prononcé contre les torts et griefs exclusifs de mon mari. Au tribunal, on lui a demandé ce que je lui ai fait, il a toujours répondu rien. Il a reconnu que tout le temps que l’on a passé ensemble c’est à- dire 20 ans, je ne lui ai jamais insulté. Vous savez, nos parents ne nous ont pas appris nos droits par rapport à notre mari. Ils ne nous ont appris que nos devoirs. Pas de droits ! Jusqu’à ce que je sorte de la Guinée, je ne savais pas que la femme à un droit. Pourtant j’étais une intellectuelle. Donc, je me suis comportée comme la tradition le recommande envers mon mari. Parce que personne ne m’a obligé à le choisir. Tenez-vous bien, jusqu’à présent, en prenant du recul, je me pose toujours la question de savoir qu’est ce que j’ai fait à mon mari. Toujours j’ai la même réponse : Rien !

Vous êtes une femme peulh moulée dans l’éducation musulmane. Mais dans votre livre, vous remettiez même en cause certains principes de l’islam. Pour preuve, vous dites : « En ce qui concernait les lois prescrites par la religion musulmane sur les femmes, je n’étais pas prêtes à les accepter. » Qu’est ce que vous n’êtes pas prête à accepter de l’islam.

Je ne suis pas prête à accepter la violence par exemple.

Croyez-vous que le Coran fait l’apologie de la violence sur la femme ?
Non ! Je ne pense pas. Il faut dire que lorsque je me mariais, je ne connaissais pas assez le Coran. C’est vrai qu’on m’a appris à faire la prière. Mais la femme peulh était logée dans une enseigne où elle ne savait rien du mariage tant qu’elle n’est pas mariée. Tout était tabous. Mais aujourd’hui je crois qu’il y a certains principes de l’islam, qu’il faudrait abandonner vu le développement du monde actuel.

Par exemple ?

La violence… Imaginez une femme qui passe 20 ans à lutter avec son mari et qu’un beau jour ce dernier lui demande de prendre ses enfants et d’aller chez elle. C’est une violence qui ne dit pas son nom ! On ne doit plus frapper aussi la femme. On doit discuter avec sa femme. Dans un couple, je crois que la femme a aussi son mot à dire sur les problèmes que connaient le couple. Vraiment il faut qu’il y ait le dialogue entre le mari et sa femme. Pour tout problème, s’asseoir et discuter. Si cela est fait, je crois que nos sociétés verront les choses évoluer. Mais dans le cas échéant, ça sera toujours du retard. Et ce n’est pas bien. Résoudre les problèmes de manières pacifiques, voilà la vraie solution.

Toujours dans votre ouvrage, vous vous exclamiez : « Tu sais, je suis une femme complète. » Expliquez un tout petit peu pour la Hadja Kadidiatou que vous êtes, c’est quoi être une femme complète ?

Je suis complète dans la mesure où je suis une femme intellectuelle. J’ai fais des études qui ont aboutis à un emploi (N.D.L.R Elle a été technicienne de labo pharmacie à Pharma Guinée). Je le suis encore dans la mesure où j’ai appris la broderie et la couture depuis le collège. C’est depuis lors d’ailleurs il faut le noter que j’ai commencé à avoir de l’argent. Je suis une femme complète parce que je sais aussi faire la cuisine et africaine et européenne. Je le suis en outre parce que j’ai su obéir à mon mari. J’ai su l’aimer toute ma vie durant. J’ai toujours été là comme soutien durant nos années difficiles. Certes je ne suis pas une femme parfaite. Mais, dans le domaine du savoir-faire et du savoir-vivre que la société africaine et occidentale octroie à la femme, j’ai su le faire avec brio.

Après avoir écrit ce livre très féministe, ne pensiez-vous pas tomber ou subir le courroux des hommes ?

Non ! Je ne pense pas. Parce que jusqu’à présent ce sont les hommes qui l’ont plus acheté. Tous les hommes qui l’ont lu, l’ont apprécié. D’ailleurs, il y a même d’autres qui l’ont lu en 24 heures. Parce qu’il le trouve vivant et bon. Beaucoup m’ont félicité. Je continue d’ailleurs à recevoir des félicitations des hommes. Ce livre n’est pas là pour créer une division ou pour donner un pouvoir à la femme. Ce n’est pas son objectif. Je crois que les hommes ne peuvent qu’être touché par cette autobiographie.

Pourquoi alliez-vous jusqu’à faire des révélations parfois « criminelles » sur votre ex mari ?

Je vous ai déjà dit qu’il y a eu un antécédent. J’ai vu la fille d’une amie se faire avorter comme ça. Elle a eu du mal à retrouver après un mari. C’est un crime. Ce n’était pas nouveau. Donc je crois qu’il faut dénoncer cela avec vigueur comme on le fait pour l’excision, le mariage forcé et les autres tares de la société.

En féministe convaincue, refusiez-vous l’avortement ?

Oui ! Je me dis qu’il n’est pas normal de tuer. Je préfère qu’on garde cet enfant. Parce qu’on ne s’est pas ce qu’il va devenir.

Après toute cette lutte, croyiez-vous toujours à l’amour ?

J’y crois toujours malgré tout ce que j’ai subi. Du moment où je ne me reproche rien, je crois que j’ai pas droit à ne pas croire en l’amour. C’est important vous savez. On a passé 20 ans sans jamais se disputer. Je crois que c’est parce qu’il y avait de l’amour. Je ne sais pas ce jusqu’à présent ce qui est à la cause de son comportement passé. Cela reste un mystère pour moi.

Aviez-vous cherché à percer ce mystère ?

Oui. Mais jusqu’à présent je n’y trouve qu’une seule réponse. C’est à dire la même. Je n’ai rien fait. Maintenant savoir pourquoi cette homme qui ne pouvait pas faire une journée sans me voir, qui ne me donnait qu’un seul mois de congé, qui venait avec moi à Labé, avec qui je faisais tout, je ne trouve pas vraiment de réponse. Voilà… C’est tout ce qui m’a d’ailleurs poussé à écrire ce livre. Parce que après 20 ans de mariage, on se dit que tout est fini. Il reste à récolter ce qu’on a semé. Maintenant voir les problèmes surgirent durant cette période étonnent plus d’un. Permettre à tout le monde d’apprendre par le biais de notre histoire est mon objectif. Car on peut prévenir ça. Il y a aussi des hommes qui sont victimes. On pourrait écrire après ça, Oui ma femme ! Non ma femme. Parce que cela est une réciprocité malgré son inégalité.

Quel sera le titre du prochain livre ?

Je ne sais pas encore.

C’est pour quand la sortie ?

J’attends d’abord que ce dernier marche. Parce qu’il n’est pas facile de se faire éditer. Mais, on est sur une bonne voie pour qu’il sorte dans un bref délai.

Votre dernier mot ?

Je souhaite que les gens s’approprient ce livre. Tout ceux qui ont les moyens doivent l’acheter. Qu’il le fasse pour leurs enfants. Mais aussi pour eux-mêmes. Parce que ça nous concerne tous. Ça leur apprendra aussi ce que chacun doit faire pour que ça aille mieux dans nos couples mais aussi dans nos pays…