Interview avec Sansy Kaba sur Conakry capitale mondiale du livre en 2017 : 3,5 millions d’euros approuvés par l’Unesco

article mise à jour : 6 janvier 2016
La culture guinéenne est à plus d’un an et demi pour traverser une étape incontournable de son histoire , à savoir la désignation de Conakry comme capitale mondiale du livre en 2017. Pour tirer le bilan de l’annee 2015 , connaître les perspectives, les défis et les contraintes de cet événement mondial, Afrikipresse a interrogé Sansy Kaba Diakité, Directeur de la Maison d’éditions Harmattan Guinée et point focal. Interview !

Quel bilan tirez-vous des activités réalisées en 2015 ?

Nous avons édité plusieurs ouvrages, on a tenu nos engagements vis-à-vis du public, de nos auteurs, on a tenu tous les lundis de l’harmattan ici à Conakry. C’est une concrétisation d’une vision de toute une équipe, c’est quelque chose d’important. La 7ème édition des 72 h du livre de 2015 a été une réussite. Avec nos auteurs, nous avons participé à toutes les grandes foires à travers le monde (Paris, Dakar, Alger, Casablanca, Turin...). Dans ces salons, nous avons fait connaître la littérature guinéenne et les auteurs guinéens. Le clou de nos acquis en 2015, c’est la désignation de « Conakry capitale mondiale du livre en 2017 ». Maintenant, dans le cadre des préparatifs de cet événement, nous avons réorganisé toutes les structures du livre en Guinée, afin qu’elles représentent de la plus belle façon, l’événement de Conakry en 2017. Nous avons l’association internationale des éditeurs et membre du comité d’experts à l’Unesco. On a voulu qu’il y ait une association d’éditeurs guinéens dynamique, nous avons l’association internationale des bibliothécaires (IFLA), et nous avons souhaité qu’Ifla soit représenté dans le pays par des bibliothécaires guinéens, et puis nous avons créé l’association des libraires de Guinée et fait renaître l’Association des Ecrivains de Guinée (AEG) afin de permettre aux auteurs guinéens d’être dans une association faîtière pour pouvoir représenter tout ce qui est autour des auteurs du pays. Nous avons propulsé ces associations dans la marche vers Conakry capitale mondiale du livre en 2017.

Quelles sont vos principales attentes au sujet de ces associations ?

Nous attendons qu’elles soient dynamiques. Et il faudrait avant tout qu’elles respectent leurs objectifs. Si les engagements sont respectés nous serons contents. Que les auteurs se mettent ensemble pour défendre les intérêts des auteurs. Que les éditeurs fassent la promotion de leur activité, et cela nous permettra de bien organiser Conakry capitale mondiale du livre. Nous souhaitons que toutes ces associations fonctionnent parce que nous avons déjà remarqué que ce n’est pas le contenu des textes qui fait défaut, c’est leur application. Nous demandons à tous ces présidents élus de ces associations de faire en sorte que les statuts et règlements soient respectés. Que l’alternance soit réelle, qu’un président ne soit pas réélu 10 fois, 15 fois, ce n’est pas raisonnable. Notre objectif c’est de faire fonctionner ces associations ; c’est un combat à long terme . Pour avoir une véritable industrie du livre, il nous faut vraiment des membres engagés pour faire fonctionner également leur association.

Quelles sont, pour vous, les contraintes de cette organisation ?

Nous avons encore une année et demi avant cet événement. Un adage dit : "qui veut aller loin ménage sa monture". Depuis six mois nous sommes en train de préparer ça. On a mis en place une équipe pour travailler. Le commissariat général a fait en sorte qu’on ait des locaux de qualité pour répondre aux besoins de nos visiteurs. Nous avons finalisé l’écriture des dossiers à envoyer aux sponsors et autres partenaires. Nous devons avoir aussi la documentation dans plusieurs langues internationales. Il faut toute une équipe qui travaille 24h/24h. Nous allons commencer une grande campagne de communication médiatique pour informer le monde sur ce grand événement. Nous avons sélectionné 12 auteurs pour 2016, 12 pour 2017 et 12 autres pour 2018. Ils seront chargés d’expliquer aux guinéens chaque mois le contenu d’un livre choisit par le comité scientifique.

Aussi, nos collaborateurs dans le monde sont avec nous. L’Unesco fera beaucoup de visites à Conakry pour nous accompagner.

Le nerf de la guerre étant l’argent, nous sommes en train de contacter des grandes multinationales en Europe, en Amérique et en Asie. Nous avons introduit de gros dossiers pour les sponsors. Nous aurons 130 points de lecture à Conakry et les médiathèques à aménager. Pour cela, il nous faut beaucoup d’argent, et l’argent, ce n’est pas qu’en Guinée qu’on peut le trouver. Nous sommes en train de le chercher dans le monde entier. Nous avons fait des demandes auprès des opérateurs économiques et des entreprises pour nous accompagner. Et l’État guinéen est au cœur de tout le projet : le budget national est en phase d’être voté à l’Assemblée Nationale. Le ministère de la culture a fait une demande expresse pour aider à organiser Conakry capitale mondiale du livre.

En votre qualité de point focal de l’organisation "Conakry capitale mondiale du livre", n’avez-vous pas de craintes ?

Non ! Pas du tout. Si notre projet a été retenu, c’est qu’on savait qu’on pouvait le réaliser. Je n’ai pas de craintes, c’est un défi à relever. Et ça ne peut que réussir, le projet Conakry capitale mondiale du livre, parce que ce n’est pas l’idée de Sansy Kaba seul ; c’est l’idée de plusieurs guinéens : écrivains, éditeurs, libraires... C’est un véritable partenariat entre les professionnels du livre, le gouvernorat de Conakry, le gouvernement guinéen, la Présidence de la République et des institutions internationales. Aujourd’hui nous sommes au point zéro , mais vous verrez à la fin en 2018 qu’il y aura plein de réalisations à Conakry. Nous avons fait le programme pour avoir des impacts réels : une bibliothèque nationale est en chantier, avoir une politique nationale du livre, faire respecter dans notre pays les accords de Nairobi et de Florence , faire en sorte que les guinéens puissent lire et accéder au livre à de coûts raisonnables...

Qu’est-ce qui a milité en faveur de la Guinée auprès de l’Unesco d’après vous ?

La Guinée a été élue parce que nous donnons plus de priorité aux jeunes, aux enfants et à l’alphabétisation. Nous sommes dans un pays où le taux d’analphabétisme est encore élevé. À la fin de 2018 , nous devrons être un pays où le taux d’analphabètes est en baisse.

Quel est la coût estimatif pour organiser cet événement d’envergure mondiale ?

L’Unesco a souhaité distinguer notre programme parce que nous avions un coût raisonnable. 3 millions 500 mille euros. L’Unesco a vu un événement mondial avec un coût raisonnable. Nous avons été objectifs et nous allons nous battre pour mobiliser ces ressources, les utiliser judicieusement et faire en sorte que cela ait un vrai impact. Je sais que c’est difficile d’accomplir une œuvre comme ça, mais c’est exaltant et noble. Toute l’équipe est mobilisée pour la réussite de cette activité.

Avant 2017, nous sommes à trois mois de la 8ème édition des 72h du livre. Quel est le niveau des préparatifs également ?

Nous, ce n’est pas à trois mois qu’on prépare une édition. Depuis mai 2015 nous avons commencé à préparer 2016. Chaque mois nous nous retrouvons avec le comité d’organisation scientifique. Nous avons des auteurs invités, la ville invitée d’honneur (Boké) et le pays invité d’honneur (Congo Brazzaville). Nous sommes en contact avec tout ce monde. Le thème choisi c’est "Livre, Mines, Énergie et développement communautaire". Aujourd’hui nous sommes satisfaits du niveau d’avancement. Dans quelques jours, nous allons commencer à passer le message sur les médias. Nous sommes sur la bonne voie. L’unesco, la francophonie, l’Ambassade de France, le centre culturel et tous nos partenaires sont présents à toutes nos différentes rencontres.

Quelle sera la particularité de cette édition ?

La particularité de cette 8ème édition, c’est que nous aurons le livre mais aussi le matériel didactique. Nous allons faire le zoom sur l’énergie et les mines dans notre pays pour mettre l’actualité littéraire et l’actualité du pays en phase. Aujourd’hui nous sommes sur la phase Kaléta, et Souapiti a été engagée. Les mines, il y a de grands enjeux sur le fer au mont Nimba et sur la bauxite à Boké. Il faut expliquer tout ça aux populations. Notre objectif pour les 72h du livre c’est de faire en sorte que chaque édition aide à comprendre et à relever des défis dans notre pays. Dans les prochaines années, nous savons que les défis en Guinée, ce sont les mines et l’énergie. Donc, de façon classique, des expositions, ventes libres de livres, séances de dédicace voisineront pendant 3 jours avec des forums et débats autour de la lecture publique, des droits d’auteur, et de la diffusion de la culture dans les zones éloignées du pays. Cette année, un accent particulier sera mis sur le matériel didactique.

Interview réalisée par Aliou BM Diallo