Interview de Aïcha Deen Magassouba, Directrice de la troupe nationale du théâtre « On a eu du mal à aller à Alger »

article mise à jour : 10 janvier 2012
Aicha Deen Magassouba, la directrice de la troupe nationale du théâtre nous donnes les précisions sur le festival d’Alger, c’est à travers une interview accordée, la semaine passée, à notre rédaction. Bonne lecture.

Qui a choisi ce texte d’un auteur occidental ?

En fait c’est l’un de nous, MOHAMED CAMARA, conteur qui s’occupe de l’administration de la troupe de théâtre qui nous amené cette pièce , l’anniversaire de ARK Peeter.Et quand il nous l’a amené, le metteur en scène nous a dit de procéder à la séance de lecture. Comme d’habitude, on s’est mis a l’oeuvre à plusieurs reprises et on permutait
les rôles pour mieux cerner les personnages et qu’on sache qui peut faire quoi dans la distribution. Et c’est comme ça que c’est parti, on a fait cela pendant une semaine. Un jour, il nous a dit : « J’avoue sincèrement que j’ai lu cette pièce, mais il n’y a rien d’africain dedans. Qu’est-ce que vous pensez ? ». Des fois, on s’énervait les uns contre
les autres, on a dit à MOHAMED pour quoi il nous amené cette pièce ? on avait une pièces du directeur général du théâtre national d’Alger, Ahmed Benguetaf, qu’il nous a offertes, pendant le PANAF en 2009. On avait voulu jouer cette pièce aussi mais, elle est de trois 3 personnages
et quand on a l’analysée, on s’est dit qu’il ne faut pas amener trois 3 seulement et laisser les autres. On est tellement familier au point qu’on travaille dans la complicité. C’est pourquoi, même si c’est un module réduit, on ne descend pas en-dessous de cinq 5 personnes.

Vous êtes combien ?

Au théâtre national nous sommes quinze 15. Et dans l’invitation, on disait qu’ il ne faut pas dépasser le nombre 14 et nous, dans la
distribution de l’anniversaire, nous étions 6 personnages, plus un technicien et deux encadreurs, au total 9 personnes. Finalement,
le metteur en scène IBRAHIMA SORY TOUNKARA nous a demandé qu’est-ce que nous devons faire de cette pièce. Après discussion, on s’est dit de l’adapter à l’africain et comme l’histoire parle d’un jeune qui a appartenu à une organisation secrète. Un jour, il en a eu marre et il a fini par quitter pouraller se refugier quelque part. Les gens se sont mis
à sa recherche. Le metteur en scène nous a demandé de faire des propositions, il y en a eu beaucoup, mais on a retenu la confrérie des donzos où tout se résume dans cette confrérie. Il y a la sorcellerie, le secret de la brousse et, bref, tout ce qui est magie noire en Afrique. Donc, c’est dans ce sens que nous avons décidé d’adapter la pièce et
c’est parti comme ça.

Et finalement vous avez eu le prix du jury, c’est ça ?

Le prix du meilleur spectacle.

Comment ça a été ressenti au niveau des comédiens, quand on sait que vous êtes partis très difficilement ?

C’était la joie totale, l’émotion était grande dès qu’on a fait la remise. La nuit on a appelé Tantie Kadé qui représente tout pour nous, on n’a pas pu appeler les autorités, parce il faisait tard. Lorsqu’on a appelé Tantie Kadé, ça criait, ça dansait, tout le monde était content et on
était même pressé de rentrer, pour présenter ce fruit d’un grand labeur à nos autorités, pour leur dire que si elles mettent les moyens à la disposition des artistes en général, nous allons faire beaucoup de choses.

Quand vous êtes revenus comment ça s’est passé ?

On a appelé Tantie Kadé pour préciser l’itinéraire et à quelle heure on arrivait, on a dit l’heure à laquelle on quittait l’Alger qu’on passait la journée à Casablanca et qu’on rentrait tard à Conakry aux environs
de 2h30 à 3h 30 du matin. On a trouvé qu’elle avait pris toutes les dispositions avec les autorités et ministère de tutelle, pour nous accueillir. Les journalistes de la presse écrite, des radios et tout le
monde était là pour nous accueillir, et ça s’est très bien passé. C’était au siège de notre département que le ministre nous a reçus.
On a fait la présentation en expliquant comment le festival s’est passé et comment on en est arrivé là.

A l’issu de ce périple, quelle leçon avez-vous tirée de cette expérience ?

La leçon que nous tirons, on s’est dit qu’il y a certainement des gens
qui ne comprennent pas le concept culture, pas un refus mais c’est l’ignorance, parce que quand on parle, aujourd’hui, de la culture
en Guinée, beaucoup pensent que ça se résume au tamtam, à la chanson, à la musique, alors que ce n’est pas ça la culture. C’est l’âme d’un pays, quand tu veux tuer un pays, retire lui sa culture. Il faut que les autorités comprennent, si elles ne comprennent pas, elles n’ont qu’à quitter. Nous ferons venir des gens qui comprennent, en tout
cas, nous nous allons continuer à nous battre, parce que c’est ce qu’on a choisi. Chacun dans sa vie à son choix, c’est un métier et on se sent bien dedans et on se dit que c’est le plus noble des métiers. Le théâtre te permet d’être une reine , un roi, une fois sur scène tu es permis de tout dire, de dénoncer tous les maux dont souffre la société ou d’instruire la société de tout ce qui ne va pas aussi. Donc il
faut que les autorités comprennentqu’un pays ne peut se développer que par la culture, surtout la Guinée. On était petit, mais on a vu les derniers moments du premier régime, on a vu combien de fois la culture
était au top et la Guinée a fait miroiter le monde. De par sa culture, elle s’est fait remarquer, son sport. Et jusqu’ à présent, la Guinée n’est pas connue, quand tu dis l’étranger que tu es guinéen, on te dit équatoriale
ou Bissau ? Il faut que tu dises Guinée de Sékou Toure pour que les gens te reconnaissent et c’est parce que Sékou a donné de l’importance à la culture et au sport. On nous a dit, à des moments, que c’est le cachet des contacts des ballets africains qui payaient les fonctionnaires. Leur cachet était versé au trésor public et le ministère
de la fonction publique payait les fonctionnaires avec ça. Mais pourquoi ne pas croire à la culture guinéenne, elle n’est même pas encore explorée ? Elle est tellement riche, qu’ on n’a pas fini de l’explorer. Donc, il faut que les autorités considèrent la culture, il faut que qu’ elles s’intéressent à la culture, si ellesne savent pas, alors qu’elles
apprennent. C’est que c’est la culture, notamment le théâtre.

Quelle est l’actualité de la troupe nationale du théâtre ?

Quand on est allé au festival d’Alger, on a tissé des relations avec beaucoup de gens, parce qu’ il y avait beaucoup de directeurs de festivals dont le festival des journées théâtrales de Carthage en Tunisie, au festival du théâtre universitaire de Casablanca (Le
FUTUC), au Maroc , il y a le festival africains, le festival des théâtres de réalités du Mali à Bamako. Il ya le festival sans frontière en Côte D Ivoire, il y a beaucoup de festivals dont on attend encore les réponses.

Votre message à l’endroit des autorités ?

Je ne cesserais pas de demander aux autorités de nous prendre au sérieux. La culture en général et en particulier le théâtre.Si aujourd’hui les arabes se vantent de leur pétrole, nous pouvons, nous guinéens,
nous vanter de notre culture, ça peut aussi remplacer le pétrole, la bauxite et les autres matières. Donc, il faut qu’elles nous accompagnent.

Quelle est la teneur de ce prix par rapport autres prix ?

Cette année, ils disaient que c’est une année spéciale, puisque le festival devait être organisé par le théâtre national d’Alger, vu les rénovations qui sont là-bas, vu les préparatifs de leur cinquantenaire. Ils ont passé la mèche à une région qui est à 250 km d’Alger qui est Beizahia qui a organisé l’édition.

Est-ce le meilleur prix ?
Le prix du meilleur spectacle, c’est le seul trophée qui a eu lieu au festival, les autres étaient munis de diplômes de participation. Maintenant, nous attendons les réactions de nos autorités par le fait qu’on est parti en parent pauvret on est revenu avec quelque chose de grand.

Source : journal le Nimba