Interview de Marie Yvonne Curtus, écrivain guinéenne

article mise à jour : 8 novembre 2013
De mère Baga et de père Français de culture malinké, la franco-guinéenne, Marie Yvonne Curtus vient de produire une livre intitulé ‘’A la rencontre des Nalous, arts de la coté de Guinée’’, édité par Harmatan. Cette synthèse de son mémoire doctoral est un document historique conscient qui narre, à travers des œuvres d’arts plastiques, la vie des communautés Baga et Nalous vivant sur le littoral guinéen.

Née à Kankan en Guinée, Marie Yvonne Curtus a fait l’essentiel de ses études en France où elle était contrainte de vivre en exil pendant près de vingt ans. Titulaire du bac littéraire métropolitain, passionnée qu’elle est des œuvres artistiques, elle a fréquenté la faculté de l’ethno-esthétique de l‘Université de Paris I, Panthéon Sorbonne, avant d’enseigner par la suite à l’Académie de Versailles. Historienne doublée d’ethnoesthéticienne, elle a d’abord bossé dans des musées parisiens où elle a appris à apprécier et interpréter le travail des artistes avant de se lancer dans la recherche sur les arts Baga et Nalous, deux communautés, certes minoritaires en Guinée, mais très importantes, par la richesse de leurs cultures à multiples facettes. Elle s’est prêtée aux questions de notre rédaction. Lisez...

Guinee-Culture : Votre livre ‘’A la rencontre des Nalous, arts de la coté de Guinée’’, vient d’être édité par L’Harmattan. Parlez-nous de ce livre...

Marie Yvonne Curtus :
J’ai essayé en premier lieu de faire une synthèse de mes travaux de mémoire dans le cadre du doctorat 3ème cycle. En fait, je présente les résultats de mes enquêtes. Il a donc fallu que je me déploie sur le terrain en allant à la rencontre des peuples Nalous et Baga, pour discuter avec eux. En contact avec eux, j’ai tenu à ce qu’ils s’identifient à leurs œuvres. Cela, suite à des questions précises que j’ai posées sur le sens et l’utilisation des objets d’art qu’ils produisent.

Dans un deuxième temps, j’ai travaillé avec les sculpteurs qui devaient me mettre au courant du secret de ces œuvres artistiques parmi lesquelles on peut citer le Danda et le Nimba. J’ai accompli un travail intéressant avec eux sur la notion de beauté et sur les événements rituels de la localité.

Dans cet ouvrage, j’ai présenté les rituels que j’ai personnellement participés. Ce qui m’a permis de faire une différence entre ce qui est permanent et la rupture.

Et qu’avez-vous trouvé de particulier chez les Nalous et Baga ?

Deux choses m’ont marquée. C’est que les Bagas et Nalous sont, comme toujours en Afrique, des peuples légendairement accueillants. On vous laisse participer aux activités rituelles. Mais quand il s’agit d’interpréter ces activités, vous trouvez moins de répondant. Vous êtes confrontés à une réelle fermeture. Les gens n’entendent pas s’exprimer avec une personne extérieure et surtout quand c’est une femme qui est en face.

Dans mes travaux, je voulais mettre les Nalous au centre de mes travaux, mais, en tenant compte des réalités du terrain, je me suis trouvée dans l’incapacité de le faire. Aussi, il a fallu pour la plupart du temps que je me présente et que je dise l’objet de la ma mission, pour me faire accepter. Il fallait s’adapter et ça m’a pris plus d’un an de travail.

En parlant de la forme, certains trouvent que vous avez adopté un style très fort. Est-ce à dessein ?

Il faut dire que J’ai travaillé d’abord pour les chercheurs et les universitaires. Puis j’ai pensé à faire quelque chose pour un public plus large. C’est dans cette logique j’ai réalisé cet ouvrage-synthèse. Pour y arriver, vous pouvez vous l’imaginer, j’ai pris contact avec beaucoup de gens. . J’espère tout de même que j’ai au moins contribué à lever un coin de voile sur l’histoire des arts Nalous en la conférant la place qu’elle mérite.

Votre appréciation de la culture Nalous...

Elle est fascinante. Dommage que l’on n’a pas beaucoup d’informations là-dessus. C’est un art monumental avec des œuvres de plus de 1m50, colorées avec des juxtapositions. Les sculpteurs travaillaient sous le contrôle des anciens qui les conseillaient et les donnaient des directives, des critères à respecter pour être conformes à la conception communautaire des choses. Le travail ne se faisait pas en un mois, mais il s’étendait sur des années.

Certaines œuvres sont visiblement influencées par l’occident…

L’influence de l’occident est relativement plus grande sur l’art Baga, sans nul doute pour son contact avec les blancs. Même si la mythologie reste la même, on sent quelquefois l’influence du catholicisme par exemple sur certaines œuvres. Les colons y sont représentés. Les Nalous sont par contre moins influencés par la culture occidentale.

Un mot sur la femme Nalou ?

L’importance de la femme dans la culture Baga et Nalous La femme jouit d’une considération particulière dans les communautés Nalous et Baga . Il est vrai que je n’ai pas beaucoup travaillé avec elles. Parce qu’elles sont plus renfermées que les hommes. Soumises qu’elles sont à l’obligation de réserves. En lisant le livre, vous comprendrez aisément donc qu’on n’a pas travaillé sur les questions de fond avec les femmes.