Interview de Yéyé Kanté, jeune musicien guinéen du Trio Frabana

article mise à jour : 3 septembre 2013
Les mains calleuses témoignent de la rugosité de ses frappes sur les cuirs chauffés de ses tam-tams et son large sourire dit tout l’éclat de sa générosité artistique. Yéyé Kanté est un jeune musicien guinéen dont la grande aventure européenne lui a permis de fonder il y a quelques années, un trio appelé « Frabana » composé de deux français Olivier Fuerte et Jean Bernard Arguinthe. Ensemble, ils vont tenter de conjuguer leurs expériences respectives pour offrir une musique originale ou les balafons, « gongomas » et les djembés dialoguent sans complexe avec les synthétiseurs, pianos et autres guitares électriques. Depuis vingt ans qu’il a quitté sa chère Guinée, ses séjours-retours sont plutôt rares ; et quand il revient, il veut profiter au maximum de la chose culturelle, même quand c’est pour des raisons familiales. Tabassy Baro en reporter de GuineeConakry.info a tendu son micro à Yéyé Kanté qui se veut aussi chanteur aux accents fortement traditionnels. Interview…

GuineeConakry.info : Grand artiste, vous qui à partir de Paris votre base, aviez eu à accompagner beaucoup de formations de renommée internationale, soit pour des concerts, soit pour des enregistrements en studio, grâce a vos mains magiques de percussionniste talentueux. Mais, cette fois, quel est le but de votre séjour en Guinée, car vous n-êtes vraiment pas fréquent, Yéyé en Guinée ?

Yéyé Kanté : Mon Absence de la Guinée est due à mon programme très chargé en Europe depuis 1996. Je suis précisément bassiste à Paris. Cette fois-ci je suis à Conakry pour des raisons familiales. Ma mère vient de rejoindre le Ciel. Et j’étais là pour les sacrifices. Vous avez cependant raison car j’ai quitté le pays depuis 2002.

GCI : Nous vous présentons nos condoléances les plus attristées pour cette immense perte car, une mère est irremplaçable. Maintenant, quelques mots sur ce que vous-êtes et ce que vous faites...

YK : Je suis Yéyé Kanté, Fils de Feu Elhadj Diaraba Kanté ; ex-secrétaire l’Ensemble Instrumental et Choral National de Guinée. Pour tout dire, je suis les traces de mon père. J’ai commencé très tôt percussionniste polyvalent. Je dis merci à Kemo Sena des Ballets africains (Paix à son âme), à Famoudou Konaté grand percussionniste des Ballets Djoliba et Mamadi Keita "Djembé Fola" ; c’est en fait eux qui m’ont tracé le chemin à 10 ans grâce à mon oncle feu Ansoumani Kanté, avec lequel j’ai commencé à jouer au balafon. A 13 ans j’ai joué avec le Kebendo Jazz de Guéckédou aux congas, et après je me suis retrouvé à Conakry, comme 2ème batteur sans le groupe « Les Messagers » grâce à Abbas Yansané et Papa Diabaté.
C’est avec cet orchestre que j’ai véritablement commencé à comprendre la musique moderne. Ensuite j’étais avec le groupe Standard de Petit Condé, avec lequel j’ai eu mon contrat pour aller en Europe précisément en Allemagne. C’était le début de ma carrière européenne et j’ai décidé depuis de m’installer régulièrement à Paris.

GCI : Que faites-vous exactement à Paris ?

YK : je suis arrivé à Paris, j’ai commencé à travailler avec mon grand frère Manfila Kanté (paix e son âme), aussi avec Mory Kanté, avec qui j’ai fait beaucoup de tournées en Europe et en Afrique. J’ai travaillé avec Solama, une chanteuse anglaise en tournée avec le groupe. Je suis percussionniste de la compagnie « Antipod » de la grande Norma Claire. Avec elle, on fait des tournées en Europe et en Amérique Latine ; c’est aussi une compagnie où l’on fait des stages de danse africaine, en plus des spectacles. Actuellement je travaille avec Sekouba Bembino en studio, comme percussionniste, et aussi je l’accompagne dans ses différentes tournées et ses grands concerts en Europe. Pareil pour Ahmadou Sadio en studio comme en tournée. Je n’oublierai pas non plus Mory Djély Deen Kouyaté. Tant que je suis libre, je suis libre, j’accompagne avec ptous les artistes guinéens ou africains de passage à Paris comme Aïcha Koné, Amadou et Mariam, Ami Koita, et Sexion d’Assaut pour ne citer que ceux-là. Je suis souvent sollicité dans les studios et pour les concerts au niveau des percussions.

GCI : Et tout cela vous rapporte beaucoup...

YK : Hormis l’aspect financier, c’est beaucoup. Surtout le réconfort moral, car à travers cette grande sollicitation, je réalise que c’est mon travail qui plait aux autres musiciens. J’adore ces échanges entre les différentes cultures africaines, européennes et américaines me permettent aussi d’apprendre ; car en musique on n’est jamais au sommet, on apprend toujours.

GCI : Pour ne pas tourner en rond, pensez-vous à d’autres projets ?

YK : Justement grâce à toute cette expérience que j’ai acquise depuis que je suis à Paris, j’ai fondé un groupe musical qui à pour nom : « Trio Frabana », composé de deux français Olivier Fuerte et Jean Bernard Arguinthe et de moi-même.

GCI : Et que signifie Frabana ?

YK : Frabana est le nom de mon village qui relève de la préfecture de Kankan. Ce nom fait un lien entre mon village et moi malgré l’éloignement, avec ma base parisienne. Ma fierté c’est de venir en Guinée un jour avec mon groupe pour jouer pour mes fères et soeurs. Je suis bien connu sous d’autres cieux, à présent, je souhaite me faire mieux découvrir par les Guinéens avec un grand concert. Par exemple au centre culturel Franco-guinéen, serait mon plus grand plaisir, car mon pays me manque beaucoup.

GCI : Quelles critiques sur GCI dont vous m’aviez dit, constitue une de vos principales sources crédibles d’information ?

YK : Vraiment je promets que mes amis Bernard et Olivier seront les futurs lecteurs de votre site. A travers GCI je remercie tous ceux qui m’ont apporté un plus dans ma carrière. Je remercie Jean Baptiste Williams, Tidiane Soumah, Aya Diawara pour ce qu’ils font pour le rayonnement de la musique guinéenne. Je dis merci à Olivier, Bernard et notre "manager" Natalie qui m’ont fait confiance et ont accepté de travailler avec moi. Enfin je demande au peuple de Guinée de se donner la main pour construire une grande nation.

Lu sur GuineeConakry.info