Interview exclusive de Soro Solo, l’imminent journaliste ivoirien

article mise à jour : 30 novembre 2012
A l’occasion du festival de KOTEBA, nous avons approché le journaliste ivoirien Souleymane KOLY dit soro Solo vivant en France. Soro Solo revient ici sur le parcours de Souleymane KOLY fondateur de l’ensemble KOTEBA et le festival de Conakry, et passé glorieux de l’Afrique .

Guinée Culture : Vous êtes en Guinée pour le festival KOTEBA NA BE. Ça vous dit quoi être ici ?

Soro SOLO  : J’étais encore étudiant quand je suivais les activités des premiers spectacles du Directeur fondateur de l’ensemble KOTEBA, qui à l’époque s’appelait l’ensemble KOTEBA d’Abidjan en Côte d’ivoire. Je veux nommer par là le célèbre Souleymane Koly. Quand j’ai commencé à travailler à la radio nationale de Côte d’Ivoire je me suis intéressé à cet ensemble KOTEBA, qui à plus d’un titre me parlait en tant qu’africain ensuite en tant que journaliste. Premièrement en tant qu’africain, c’est un théâtre qui sortait du théâtre classique que la puissance coloniale française nous a enseigné et qui était reproduite par des compagnies nationales. Là, pour une fois on voit un africain qui vient avec un théâtre sur le mode africain qui donne la parole à des comédiens et qui traitent des problématiques de l’Afrique en mutation. Voilà ce en quoi l’ensemble KOTEBA m’a intéressé. J’ai découvert l’ensemble depuis sa naissance c’est-à-dire en 1972, ça sera 40 ans d’existence. Et d’apprendre que cet ensemble KOTEBA monte un colloque de réflexion et de spectacle ce qu’on peut appel un évènement culturel à Conakry et me fasse l’honneur de m’invité, c’était vraiment un grand plaisir de venir prendre part à cet évènement d’apporter mon petit témoignage sur l’ensemble Koteba aux guinéens. Apporter mon témoignage en tant journaliste qui aujourd’hui s’est retrouvé en France à France Inter. Où, avec mon ami Vladimir CAGNOLARY nous présentons une émission qui raconte l’africain. Et pour moi, il y a une dualité, une espèce de passerelle entre ce que je raconte ‘’ l’Afrique enchantée’’ et ce que raconte l’ensemble KOTEBA dans sa diversité essentiellement l’Afrique urbaine.

Guinée Culture : Parlez-nous un tout petit peu de Souleymane KOLY et certaines de ses œuvres.

Soro SOLO : La première œuvre de Souleymane KOLY que j’ai vu à Abidjan au théâtre de la cité dans le quartier des résidences de Cocody, c’était ‘’ Didy par ci Didy par là’’, qui est une pièce de théâtre qui pose déjà la problématique de l’Afrique urbaine. Ca met en scène une jeune fille urbaine née et grandit à la ville avec les codes de la ville mais à un moment donné confronté à des troubles d’ordres psychologiques qui va chercher une solution à ses troubles. Elle se rend compte que c’est la rupture du cordon ombilical de son village qui lui pose aujourd’hui un problème. Parce que tous les africains de la ville que nous sommes, on est pris entre l’enclume et le marteau. On a d’un côté la culture occidentale, de l’autre côté la culture de nos parents qui a de la valeur et ces valeurs sont en contradiction avec les nouvelles valeurs urbaines. Le respect des anciens, le respect de la parole donnée, alors qu’en Occident, c’est ce qui est écrit qui a de la valeur. Alors que nous dans notre tradition ce qui compte c’est ce que tu dis. Si on se retrouve par exemple dans un accord avec quelqu’un, toi, tu lui fais un prêt verbal il n’y a pas de témoins. Tu compte sur sa parole, et le jour où il ne te rembourse pas et que tu veux le poursuivre, il te prouve qu’il ne te doit pas de l’argent. Tu n’as pas de trace écrite. Voici un exemple pour le conflit qui existe entre certaines valeurs dites traditionnelles et urbaines. En créant KOTEBA Souleymane KOLY avait un slogan ‘’l’ensemble KOTEBA conjugue l’Afrique au futur’’. Ça veut dire qu’il ne restait pas figé, il ne restait pas enfermé dans les traditions comme étant la seule valeur unique mais qu’il en prenait conscience en prenant acte tout en étant conscient de la mutation des sociétés dans l’urbanité africaine. Non, on ne peut pas non plus nier cette urbanité africaine. C’est de voir maintenant comment faire une osmose entre les valeurs traditionnelles et les nouvelles valeurs urbaines pour concilier le nouvel africain de la ville. Pour moi didy par ci didy par là était l’illustration de cette problématique. En plus en tant que visionnaire dans cette Afrique urbaine dans laquelle il vit, il a vu la place du foot-ball dans nos sociétés urbaines. Et les footballeurs étaient devenus une valeur marchande. Donc il va mettre en scène une pièce qu’il a appelée ‘’ Adama Champion’’ qui illustre comment un enfant, un jeune homme devient par le football une véritable star dans son quartier, sa famille, son pays et s’exporter à l’étranger. Malheureusement, il va être victime d’un accident donc il ne peut plus continuer sa carrière de star de football et il revient au pays. Et on se rend compte que du temps où il était sous les feu de la rampe, tout le monde l’applaudissait. Dès l’instant où il n’est plus dans le foot-ball tout le monde l’a oublié. Cette pièce a été jouée il y a de cela 30 ans. 30 ans plus tard on voit les problèmes posés par la vente des joueurs. Voilà pourquoi quelqu’un comme Souleymane KOLY sociologue de formation, qui est devenu homme de théâtre, auteur, réalisateur metteur en scène est pour moi un symbole de l’Afrique moderne. En ce sens qu’il nous amène à réfléchir sur des problématiques africaines. Et tenter de trouver des solutions pour les africains. Donc ce n’est pas des solutions toutes faites qui nous viennent de l’extérieur.

Guinée Culture : vous avez créé une émission ‘’ l’Afrique enchantée’’ qui rencontre un plein succès en France.

De mon pont de vue, Souleymane KOLY de l’ensemble KOTEBA et Souleymane COULIBALY dit soro solo de l’Afrique enchantée, on peut les mettre sur le même tableau dans la même dimension sociale. Mais c’est dire que Souleymane KOLY et Soro SOLO, c’est le même combat. Comment à travers une émission, raconter l’Afrique dans ses diversités ou je dirai même raconter les Afriques dans ses diversités à un public qui a une méconnaissance intégrale de l’Afrique ? Certains quand ils en parlent c’est comme si c étai un pays, alors que c’est tout un continent composé de 54 Etats. A partir des thèmes, la circulation, les légendes, comment on peut raconter cette Afrique ? Quand nous racontons un empire de l’Afrique, notamment le plus emblématique pour moi, c’est l’empire Manding avec Soundjata KEITA. Les européens qui, parfois critiquent l’Afrique avec des propos condescendants pour dire que nous n’avons pas des démocraties, de respect pour ceci ou cela, sont surpris d’apprendre qu’au moyen âge, un empereur noir d’Afrique occidental a créé un État avec une loi fondamentale à un moment où il n’y avait pas de loi fondamentale dans les royaumes en Europe. C’était la féodalité. Et que cet empereur Soundjata KEITA a créé la loi fondamentale qui gérait l’empire qui est la fameuse charte de ‘’Kourouganfouga’’ composé de 40 articles. Dans ses articles il y avait des articles pour le respect des enfants, le respect de l’environnement. Aujourd’hui, l’Europe parle de la production de la biodiversité alors qu’en Afrique on en parlait déjà au moyen âge. Et parlant de la place de la femme dans la gestion de la société, ce n’est qu’à partir des années 70-80 que l’Europe a commencé à parler de parité homme-femme dans la gestion de la chose publique pendant qu’au moyen âge Soundjata KEITA était déjà conscient de l’importance de la femme dans une société. Voilà pour ne citer que cet exemple là comment nous pouvons montrer que cette Afrique qui a été à un moment donné asservi par l’esclavage, par la colonisation qui aujourd’hui est regardée avec condescendance et qu’on méprise et qu’on évoque que quand il est question d’un dictateur ou d’une catastrophe naturelle. Cette Afrique là a été à un moment donné organisée et structurée avec des structures politiques pour la gestion de la chose publique. Et les africains ont été parmi les plus grands explorateurs puisque l’un des successeurs de Soundjata KEITA a envoyé plus de 2000 piroguiers pour aller voir au-delà de la mer ce qui s’y trouve. C’est pourquoi les maliens peuvent se taper la poitrine pour dire que nous avons découvert l’Amérique avant Christophe Colomb. L’histoire nous enseigne que c’est en 1492 que Christophe a découvert l’Amérique or un empereur dont j’ai oublié le nom avait envoyé des explorateurs en 1300. Même si on ne les a pas vus revenir, qu’est ce qui nous dit qu’ils n’ont pas échoué quelque part en Amérique ? Surtout quand nous regardons dans les traces culturelles de cette Amérique là, il apparait des éléments qui sont authentiques à la reproduction d’expression culturelle qu’il y a aujourd’hui en Afrique occidentale plus particulièrement au Mali ne serait ce que pour la musique du bluzz.

Guinée culture : Les auditeurs de RFI ont écouté la rediffusion d’un des numéros d’archives d’Afrique. On vous entend interprétez un texte sur Diallo Telly.

Soro SOLO : Dès l’instantqu’ un auteur guinéen Thierno Monembo écrit des pages d’histoires que ça soit par le roman ou par la nouvelle mais également des pans sur l’histoire de la Guinée, tout africain qui se respecte, ne peut pas ne pas, penser avec admiration à quelqu’un comme Diallo Telly. La politique de la Guinée a été à un moment donné ce qu’elle était, ce n’est pas pour me positionner ou apporter un jugement de valeur je n’ai aucune raison d’en avoir, mais toujours est –il que Diallo Telly était un intellectuel africain particulièrement guinéen qui a été le premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine et qui est aujourd’hui mis en scène dans une œuvre par un auteur guinéen. Et quand la radio m’a proposé de lire ce texte je me sentais honoré. Parce que l’africain que je suis, ne peut pas oublier des symboles comme Diallo Telly.

Merci.