Interview exclusive:une hôtelière de carrière vous livre son savoir faire

article mise à jour : 11 novembre 2011
Mme Sidibé Béatrice Dupontou Daubige est la Présidente Directrice Général d’un Hôtel appelé Golo qui est à N’Zérékoré à près de 1000 km de la capitale. Elle s’occupe de cet endroit depuis plus de dix ans. Une dame grande de taille qui n’a eu aucune gêne à diriger un hôtel même quand on sait ce que l’on dit sur ces femmes. Elle est marié et adore son métier. Amoureuse du paysage, elle a visité le Sénégal, l’Europe et l’Afrique du Sud pour ne citer que ceci. De passage à Conakry, nous avons eu l’honneur de l’avoir eu en exclusivité. Découvrez ce métier ainsi que sa vision su tourisme. Lisez plutôt !!!

Parlons de la gestion de votre hôtel ?

C’est moi qui m’occupe de l’hôtel. Je suis la Présidente directrice général et j’ai un adjoint qui s’appelle Denis Wo Damey qui est mon oncle.

A vous entendre l’on peut croire à une entreprise familiale ?

Non, ce n’est pas une entreprise familiale mais c’est mon oncle qui est adjoint.

Vous nous aviez dit que votre mère a géré pendant un temps l’hôtel ?

Oui ma mère, au fait c’est ma belle mère qui a géré pendant deux ans puis après moi j’ai pris les décennies de l’hôtel en main.

En quoi consiste votre travail d’administratrice d’hôtel surtout en tant que femme ?

Bon le problème d’hôtel est venu lorsque la guerre a éclaté au Liberia. J’ai ma tante du nom de Louise Damey qui m’a donné le goût de ce métier parce que franchement je n’étais pas dans l’hôtellerie. Donc j’ai fait l’institut de beauté abidjanaise en Côte D’Ivoire. Après le décès de mon père, je suis rentrée et puisque nous sommes une famille de planteur, on a une plantation de plus de 73 hectares, je suis rentrée pour m’en occuper étant l’aînée de cette famille. J’ai trouvé que ma tante travaillait dans à Monrovia. Avec la guerre, elle est rentrée et elle a ouvert un restaurant qui s’appelait Golo. Golo, c’est le nom d’une montagne situé à 7 km de Nzérékoré principalement dans le village du nom de Karana dont ma mère est originaire. A l’époque, il n’y avait qu’un restaurant donc j’ai jugé nécessaire de créer des chambres parce que Nzérékoré est aujourd’hui, je crois après Conakry vient Nzérékoré sur le plan économique. Ca c’est indiscutable sur tous les plans, touristiques, culturels et même politiques. La situation géographique de Nzérékoré qui est situé le long des frontières ivoiriennes et libériennes, je pense que cela fait d’elle une ville stratégique. Donc je pense que je ne me suis pas trompé en créant un hôtel.

Avez-vous rencontrés des difficultés ? Si oui partagez avec nous.

Beaucoup de difficultés. Vous savez que entrepreneuriat en Guinée est un secteur qu’on doit beaucoup encourager parce que ceux qui arrivent à créer des entreprises telles que l’imprimerie et l’hôtellerie. C’est des personnes aux quels on doit un grand mérite et qu’on doit vraiment aider.
L’hôtellerie, il faut 24h/24 du confort des clients et nous achetons le carburant au prix de la pompe. Vous vous imaginez ? Il faut payer le personnel, le carburant, il faut tous les produits pour être u moins dans le minimum des normes. Nzérékoré étant à 1000km de Conakry, avant lorsqu’il n’y avait pas la guerre au Liberia et en Côte d’Ivoire et je ne venais presque pas à Conakry pour le gaz, les produits laitiers et les produits de 1ères nécessités, je le faisais à Man ou à Monrovia. Mais avec la guerre, j’étais obligé de faire 1000km pour venir chercher des bouteilles de gaz. Ce n’était pas du tout facile.

Votre clientèle est essentiellement étrangère ?

Pour la grande partie, ce sont des personnes évoluant dans les ONG, des missionnaires. Il n’est pas facile de voir un guinéen, venir dans un hôtel pour un weekend. Nous n’avons pas d’abord cette culture. Ce n’est pas comme dans les autres pays où un jour, madame et monsieur décide d’aller en weekend pour se reposer.

Que pensez-vous du tourisme guinéen ?

C’est la seule porte de sortie de la Guinée. Les gens vont chercher des solutions où il n’y en a pas. C’est vrai, les mines ça fait rentrer beaucoup d’argent mais le Sénégal n’a pas le mont Nimba ni le mont Simandou. Mais allez-y voir aujourd’hui.Le Sénégal s’est développé grâce à la pêche et au tourisme sans oublier le bon sens. Lorsqu’on veut on peut, lorsqu’on a de la volonté, lorsqu’on a un esprit de créativité, on est patriote et qu’on aime son pays on s’y met. Le Ghana aujourd’hui, c’est le tourisme comme la Mauritanie. Ils n’ont pas de gisement de fer, ils n’ont rien mais c’est des pays qui prospèrent aujourd’hui. Parce que le tourisme c’est la clé pour ouvrir ton pays au monde entier. Et la Guinée regorge beaucoup de potentialités touristiques. Vous n’irez pas dans aucune région naturelle où vous n’allez pas trouvé de merveilles ou des choses belles à voir.Ce n’est pas possible. En forêt, il y a le pont des lianes et beaucoup de coins à visiter. Je pense que le gouvernement n’en fait pas une priorité. Dire quelque chose et la pratiquer en font deux.

Aviez-vous pensé un jour offrir à vos clients une excursion sur des sites ?

Vous savez pour que le tourisme prospère dans un pays, il y a des préalables. Il y a des routes. Vous n’allez pas mettre les touristes qui sont dans de bonnes chambres les mettre sur des routes de 150 km pour 4heures de routes ce n’est pas possible. Vous allez les épuiser, les rendre malade. Ils ne vont plus jamais revenir.
Il faudrait que le gouvernement fasse les routes et à l’électrification de la ville parce que quand il n’y a pas de route, le touriste, lui ne vient pas pour voir les immeubles. Un européen qui quitte la France, il n’a pas besoin des gratte-ciel en Afrique. Ce n’est pas ça son objectif. Il veut visiter, il veut voir une case qu’il n’a jamais vu, dormir sous une case. L’accès à cette case même si elle n’est pas goudronnée mais si le reprofilage est bien fait, je pense qu’il aura le plaisir de faire un aller-retour. Même en France, ce n’est pas tous les hameaux qui sont goudronnés, il y a des sentiers qui sont bien reprofilés dont l’accès est facile mais avant qu’on ne parle de tourisme chez nous, il y a des préalables à faire. Vous voyez des villages qui peuvent donner des tonnages de riz mais il n’y a pas de route pour accéder à ces villages. On a vu au Fouta des villages capable de ravitailler ne serait-ce que la ville de Kindia an tomate sans problème, mais comment y accéder ? Le gouvernement devait en faire une priorité parce que quelque soit la bonne volonté d’un opérateur économique, il ne peut pas faire une route, comment il va le rentabiliser ? Même un opérateur économique qui s’hasarderai à goudronner la route qui mène à son village, ce sera pour faire plaisir aux habitants c’est tout. Sinon il ne pourra pas dire au gouvernement rembourse moi c’est pas possible. C’est le boulot du gouvernement.

Parlons à présent de vos relations avec le ministère en charge du Tourisme, de l’Hôtellerie et de l’artisanat. Percevez-vous une quelconque subvention de leur part ou entretenez-vous de bonnes relations de partenariat ?

En mon humble avis, je n’ai jamais reçu de subvention et je n’ai aucun rapport avec le ministère.

Votre dernier mot ?

Mon dernier mot est au gouvernement, leur dire que nous avons beaucoup de potentialités et d’opportunités, si on ouvre notre pays au monde. Il faut faire des routes et mettre en confiance les bailleurs de fond et les opérateurs économiques, l’agriculture et le tourisme développe un pays plus que le commerce. Parce que s’il faut toujours commander sans produire ça ne profite qu’aux commerçants pas à l’ Etat ni au peuple. On devait donner la priorité au tourisme. L’argent qui rentre dans les mines pouvait servir le gouvernement pour construire les logements sociaux et les grandes usines.
Nous avons quatre régions naturelles dotés chacune d’elles d’aéroports. Je pense que si on pouvait faire de grands aéroports internationaux. Il y a des ressortissants forestiers à travers le monde qui sont obligés de descendre à Conakry à chaque fois qu’il viennent en Guinée. Mais si les aéroports de Nzérékoré, de Labé, de Kankan et de Faranah étaient vraiment dans les normes, ils n’auront pas à faire tout ce trajet. Je pense que tout ça pouvait développer le pays. Donc, je pense que le tourisme est un secteur incontournable pour le développement d’un pays. Parce qu’au Sénégal, rien qu’en prenant le bateau pour l’île de Gorée, une petite maison qui n’a même pas une superficie de 3000 m2, le monde qui va visiter cela et l’effet que ça produit sur les caisses.
Nous ici, on a tous détruits, nous ne devrions pas détruire le camp Boiro. On devait le garder comme musée car chaque peuple a son histoire. Au moment donné de notre histoire, il y a eu le camp Boiro où on a torturé des gens, même si on doit pardonner, on ne peut pas oublier. Ces des lieux qu’on devait garder comme mémoire. En Afrique du Sud , la prison qui a hébergé Nelson Mandela pendant plus de 27 ans existe toujours. Même si vous cassez, vous ne pouvez pas l’enlever dans la mémoire des gens. Il ne faut essayer de se cacher derrière quelque chose où on te vois déjà.
A Kindia, là où on a torturé la fausse commune, ces des choses qu’on doit présenté aux gens, qu’on doit encadrer et aménager. Chaque année que les familles aient se recueillir, ils ont pardonné mais ils n’ont pas oublié. Ça fait mal mais ça fait beau. Ça permet à d’autres de ne plus refaire la même chose.

Je vous remercie.