Jean Batiste Williams, journaliste et chef d’orchestre de Camayenne Sofa

article mise à jour : 11 mai 2015
Ezébe Jean Baptiste Williams, appelé couramment Jeannot williams ou JB Willy est le directeur national des arts au Ministère de la Culture et du Patrimoine Historique. Journaliste culturel de renom à la Radio télévision Guinéenne ( RTG), il est également chef de l’orchestre galaxie de la capitale le Sofa Camayenne, créé le 11 mai 1973 par des jeunes majoritairement étudiants pressés de laisser leur marque musicale à la postérité. Chose faite car, cet orchestre a bercé pendant des décennies de nombreux mélomanes guinéens. Camayenne Sofa est tout un symbole. Créatif, bouillant et percutant, il avait pu trouver de la place auprès de ses aînés comme le célébrissime Bembeya jazz National, Kélétigui et ses Tambourinis, Balla et ses Baladins , Horoya Band National… Pour fêter ses 42 ans d’existence, se souvenir des musiciens qui l’ont quitté et partager avec ses fans les moments de gloire, Camayenne Sofa revient sur la scène musicale guinéenne. Cela, grâce à un homme, Jeannot Williams qui a convaincu ses camarades, les anciens et les nouveaux de l’orchestre de continuer l’histoire à partir du 9 mai prochain au centre culturel franco-guinéen. Certes, les Mamadi Kala Camara, les frères François et Pierre Kavoigui, Lamine Doumbouya Castro, Mamadi Kourouma Tabou Ley , Mohamed Conté Pacheko, Kerfalla Condé Kempes, Lamine Sylla London et Boubacar Diané Malien sont partis pour leur sommeil éternel. Leurs compagnons veulent encore émouvoir le public guinéen à travers des titres qui ont déjà fait tabac en Guinée et ailleurs. Dans les préparatifs de cet événement musical exceptionnel de l’année, le chef d’orchestre de Camayenne Sofa s’est prêté aux questions de votre reporter avec qui, il a parlé du présent et de l’avenir de cette formation composée essentiellement aujourd’hui de papys.

guinée-culture : Pourquoi tant d’années d’interruption pour un grand orchestre comme Camayenne Sofa ?

Jean Baptiste Williams : Ne posez- pas ce genre de question parce que le Sofa Camayenne ou Camayenne Sofa n’a jamais interrompu ses activités musicales. Ce n’est pas parce que la présence scénique ces derniers temps n’est pas effective ou bien parce qu’on ne s’est pas produit qu’on peut dire que l’orchestre s’est éteint, Non ! C’était un silence studieux. Vous savez ; il faut savoir s’arrêter, se préparer et prendre du temps pour pouvoir faire d’autres sauts pour l’avenir. En fait, c’est un arrêt indépendant de notre volonté parce que vous savez les charges énormes que les musiciens survivants ont depuis plusieurs années dans le cadre administratif ou social. Moi, je suis directeur national depuis maintenant 6 ans, Riad Chaloub, a été chef de cabinet et secrétaire général, Youssouf Bah officie dans Bembeya et est également professeur d’université, Justin Morel Junior, vous connaissez son parcours administratif et ses occupations ; Zézé Guilavogui ,qui est tombé malade de longues années, s’est repris ; Karamo Touré Tuber , même chose. Tous ceux-ci sont des membres fondateurs. Aujourd’hui, nous avons décidé de nous souvenir de nos 10 amis disparus et de leur rendre hommage. Aussi, nous sommes réclamés par nos fans et nous avons compris qu’il y a un besoin qui se fait sentir, parce que la nouvelle génération de Guinéens ne nous connaît. Evidemment, je parle de ceux qui ont 42 ans ou moins, ceux-ci ne nous connaissent pas et ils n’ont, pratiquement, pas vu l’orchestre jouer. Ils écoutent la musique classique guinéenne jouée par nos aînés, imitée par nous et qui continue encore à émerveiller aujourd’hui la jeune génération, parce qu’elle est vivante et agréable à l’écoute. Les jeunes disent, mais c’est Jeannot Williams ! Il est guitariste, chef d’orchestre, mais comment se fait-il que, nous, nous l’avons pas encore vu sur scène . Cette appréciation va aussi aux autres musiciens de l’orchestre. Donc aujourd’hui, nous revenons pour le souvenir mais peut être aussi pour orienter cette jeunesse qui a perdu l’essentiel de ses repères. Elle se bat comme elle peut, il s’agit de l’aider à conserver l’identité culturelle de notre pays en s’inspirant naturellement de nos valeurs traditionnelles. Ainsi, la jeunesse peut creuser dans notre folklore et rendre plus digeste notre musique sur le plan international. Aujourd’hui, cette nouvelle génération de musiciens fait beaucoup de belles choses mais, elle n’a pas encore atteint ce que la Guinée attend elle. Donc, nous, nous venons comme boussole auprès de cette jeunesse qui pourrait s’en inspirer si elle le souhaite.

Que comptez-vous offrir aujourd’hui aux mélomanes de la capitale, bref aux mélomanes guinéens qui vous ont connu hier ?

Nous offrirons aux mélomanes ce que nous avons partagé ensemble, c’est-à-dire les titres mémorables de Camayenne Sofa qui continuent à être d’actualité malgré l’emprise du temps. Evidemment nous ne pouvons pas donner l’intégralité du répertoire de l’orchestre, c’est juste un avant gout. La grande reprise se fera surtout au Palm Camayenne, ancien hôtel Camayenne dont l’orchestre porte le patronyme. En fait, c’est pour préparer cette reprise et nous réinstaller dans ce temple historique, qui a fait le bonheur du Camayenne Sofa , des mélomanes de la capitales ainsi que le personnel et les clients de l’hôtel , que nous nous sommes programmés pour le 9 mai en vue de faire revenir nos fans et nous faire découvrir par ceux qui ne nous ont pas connu. Au Palm Camayenne, ça sera les retrouvailles amicales, conviviales car, Camayenne Sofa a été un phénomène de son et de rythme qui a entrainé une ou deux générations de mélomanes. C’est un cadre qui va nous permettre de nous défouler un peu car, de nos jours, on ne traite que de politique. Ces retrouvailles vont nous aider à oublier nos problèmes, à nous détendre car, la bonne musique est la meilleure thérapie.

Pourrez-vous continuer vos prestations scéniques quand on sait que bon nombre d’entre vous ont des charges administratives importantes. Bref pourriez-vous concilier travail et musique ?

Oui ! Nous sommes parvenus à concilier les études et la musique, ce n’est pas impossible de concilier le boulot et la musique. On ne va pas jouer les 7 jours de la semaine. Peut être nous allons choisir un ou deux jours de la semaine pour se retrouver pourquoi pas par exemple les retrouvailles de dimanche. On pourrait même faire 2 dimanches dans le mois vu les charges administratives. Évidemment, si la demande devient forte, on pourra jouer tous les dimanches à Palm hôtel. Pour le moment le rendez-vous, c’est le 9 mai prochain au centre culturel franco-guinéen. On va juste jauger ce que la jeunesse bouillante, mais très consciente des années 1970 peut encore faire 42 ans après. Nous sommes maintenant des papys. Donc, nous allons restituer cette somme d’expériences au public qui sera là.

Vous savez, Camayenne Sofa a perdu beaucoup de ses éléments. Pensez-vous tenir maintenant ?

Vous savez, les musiciens ne sont pas tous morts à la même date. Il y a eu un constant renouvellement de l’ensemble au fil des années. Le noyau est quand même là. C’est autour de ce noyau que les autres musiciens gravitent. Il s’agit de Jeannot Williams, de Ryad Chaloub, Youssouf Bah, Zézé Guilavogui, donc le trio vocal est là, Papa Kouyaté le fou du rythme à la Tumba, karamo Touré, membre fondateur, tumbiste, est aussi de la partie même celui qui l’avait remplacé à une certaine époque Fodé Momo. Voyez, au niveau de la percussion, tumba il y a même un surnombre. Kova Kavogui, ancien du 22 band, du Gombo, du Bembeya jazz et guitariste soliste de Kélétigui international, qui connaît parfaitement le répertoire, est à la basse. Donc à ce niveau, pas de problème. Il y a Nikita Williams, mon frangin autrefois mélomane qui était toujours à côté de l’orchestre fait aujourd’hui notre affaire à la batterie et il connaît très bien le répertoire. Il y a aussi Vasterio , qui était un ami de Tabouley notre batteur, paix à son âme est venu volontairement renforcé ; tout comme Gabriel Condé , qui était de Palme jazz et le Gombo jazz, fait le clavier. Tonton Moise, peut être avec l’âge, il ne sera pas très à l’aise, fait parti de l’équipe avec son saxophone. Il y a le jeune Abdourahamane Bah qui renforce la section guitare, tout comme Kaba Ahmed des impôts qui a été mon accompagnateur depuis les 1ères heures, c’est d’ailleurs mon complices le plus fidèle. Mamady Sidibé, le frère de Tiranké Sidibé vient renforcer la section vocale. Voici, pour le moment, présenter l’orchestre qui tentera d’égayer le public le 9 mai prochain.

Quel message pouvez-vous donner à vos fans et à la jeune génération ?

Je vous assure, l’engouement est grand. Ces derniers temps, j’ai été assailli par de nombreux messages tant dans ma boite mail, les réseaux sociaux que dans les radios. J’ai senti l’envie au niveau du public. Nous sommes pratiquement sous pression, mon équipe et moi car, il faut relever le défi et montrer quand on aime une chose on a du plaisir à le pratiquer. Nous, nous avons aimé la musique, nous l’avons fait avec amour et c’est pourquoi notre musique nous l’avons fait dans la douceur et la quiétude. La musique n’est pas faite dans la violence, par des personnes violentes. Les musiciens sont des personnes sensibles et qui ont tout pour adoucir les mœurs. Je remercie le public pour nous avoir gardés pendant 42 ans dans son cœur. Si jusqu’aujourd’hui la demande se fait, je crois peut être qu’on n’a pas mal fait. Ce qui veut dire que nous avons, nous aussi participé à la construction de notre nation. C’est pourquoi les gens continuent à nous réclamer. Je demande au public de venir nombreux pour que nous honorons ensemble la mémoire de nos disparus et pour qu’on se retrouve pour le plaisir commun. Vous avez constaté qu’actuellement les gens ne se retrouvent que pendant les cérémonies de décès, de mariages ou de baptêmes. Voyez-vous cette jeunesse qui vivaient bien dans les années 1960, 1970, 1980 autour de la musique sans violence ni acrimonie, ni préjugés, ne se retrouve plus. Or, autour de la musique les amitiés se sont tissées entre les Guinéens. S’il y a un véritable facteur de développement et de consolidation de l’unité nationale, c’est bien la musique. La musique est cette chose qui est la plus démocratique qui soit. Elle est partagée par tout le monde et quelque soit l’état de la personne qui l’écoute. Qu’on soit prisonnier, malade, sain, riche ou pauvre, la musique peut toujours apporter quelque chose qu’on n’a pas et qui peut faire oublier la peine du moment. Ceux qui se saignent pour faire la création musicale doivent être soutenus Le soutien que nous demandons aux uns et aux autres, qu’ils reviennent nous appuyer comme ils l’on fait par le passé. Nous demandons aux jeunes, de venir nous voir jouer, nous pouvons leur transmettre nos modestes expériences en la matière pour qu’ils soient meilleurs que nous. C’est ce que nous souhaitons.
On peut nous prendre pour des passéistes, mais comparaison n’est pas raison. Quand on prend les classiques guinéens depuis nos aînés jusqu’à nous qui sont les leaders de la 2ème révolution de la musique guinéenne, je crois qu’il n’y a pas de photos. Nous dépasser, n’est pas sorcier. Il faut que la génération actuelle sache que nous nous avons aimé la musique d’abord, nous avons essayé de la pratiquer en lui donnant le meilleur de nous mêmes pour mieux présenter l’image de notre pays en la matière. Donc, ce que je demande au public c’est de venir nous soutenir nombreux au centre culturel franco-culturel le samedi 9 mai.

Propos recueillis par Lansana Sarr