L’Afrique à l’honneur Salon du livre jeunesse

article mise à jour : 4 décembre 2014
Pour la première fois, plusieurs éditeurs africains présentent leurs ouvrages au Salon du livre et de la presse jeunesse, à Montreuil, du 26 novembre au 1er décembre.

Des albums en français et en kinyarwanda, des syllabaires en baoulé et sénoufo - sous la bannière "Livres d’Afrique", l’association Afrilivres présente pour la première fois la production africaine au Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine Saint-Denis, qui se tient à Montreuil depuis le 26 novembre et jusqu’au 1er décembre 2014. Le salon qui fête cette année son trentième anniversaire est une institution de la littérature jeunesse. Pour les éditeurs d’Afrique francophone regroupés au sein d’Afrilivres, c’est une fenêtre de visibilité vers un marché français encore peu ouvert aux ouvrages venant d’ailleurs.

"Les ventes et les perspectives progressent d’année en année mais le système reste encore marginal. En effet, peu de libraires et de bibliothécaires commandent encore ces livres et il y a donc un gros travail de communication à faire", explique Marie Michèle Razafintsalama, présidente d’Afrilivres. L’association, créée en 2001 pour la promotion de l’édition africaine, regroupe 32 éditeurs de 13 pays, dont une dizaine présente leur production au salon.

"Nous n’avons pas une grande visibilité dans le Nord. Pourtant, à côté des quelques auteurs africains publiés par certaines grandes maisons d’édition françaises, il y a des centaines d’autres auteurs en Afrique", rappelle Dramane Boaré, directeur des Classiques ivoiriens, fondés en 2004. Basée en Côte d’Ivoire, cette maison a publié une quarantaine d’ouvrages jeunesse. Avec des tirages de 2000 exemplaires, souvent réimprimés, les Classiques ivoiriens ont su trouver un marché en Afrique francophone, en proposant des ouvrages d’une grande qualité à un prix abordable - 2350 FCFA, environ 4 euros.

"Nous pensons qu’il y a un marché aussi en France, notamment auprès de la population immigrée qui souhaite présenter sa culture d’origine à leurs enfants." C’est justement pour faciliter l’accès à cette production encore méconnue qu’Isabelle Grémillet a créé, il y a cinq ans, l’association L’Oiseau indigo qui diffuse les ouvrages d’une trentaine d’éditeurs de sept pays des mondes arabe et africain. "L’image de l’Afrique que véhiculent les ouvrages jeunesse d’auteurs français n’évoque pas l’Afrique contemporaine. Ils ignorent la diversité des réalités de ce continent", déplore Isabelle Grémillet. "Les ouvrages produits en Afrique racontent au contraire cette diversité, qu’elle soit liée à l’environnement, au milieu social, à la culture... L’Afrique, ce n’est pas un seul pays !"

Pour s’en rendre compte, il suffit de feuilleter les livres présentés à Montreuil. D’ailleurs, cette visibilité a déjà porté ses fruits : cette année, deux ouvrages africains - Bibi n’aime pas le guérisseur, de Muriel Diallo (éd. Classiques ivoiriens) et Aimé Césaire, le poète prophète, de Kidi Bebey et Isabelle Calin (éd. Cauris) - ont été sélectionnés pour le prestigieux catalogue White Ravens qui recence chaque année les 200 meilleurs ouvrages jeunesse au monde. Une belle preuve de reconnaissance !

Quelques coups de cœur

Le voyage de papa, de Saliou Bah (éd. Ganndal)

Un album pour les tout-petits qui raconte tout en finesse les émotions d’un petit garçon dont le papa est parti en voyage : l’étonnement et la tristesse de ne plus le voir, le manque, les souvenirs... puis la joie du retour. Des illustrations en doubles pages aux couleurs éclatantes, accompagnés de quelques phrases aux mots simples pour une histoire du quotidien.

Le rêve du dromadaire, de Tanella Boni et Muriel Diallo (éd. Ruisseaux d’Afrique)

Long poème tout en rythme et en mélodie, l’album raconte la rencontre entre l’animal du désert et un enfant de la ville. Les mots de Tanella Boni que l’on connaît pour sa poésie et ses romans croisent ici les illustrations de Muriel Diallo qui utilise des techniques très variées : aquarelle, peinture, collage de tissus ou de papiers, photographies, incrustation d’objets… Un album grand format foisonnant de couleurs.

Aimé Césaire, le poète prophète, de Kidi Bebey et Isabelle Calin (éd. Cauris)

Un documentaire remarquable dans le soin donné au texte, adapté à de jeunes lecteurs pour leur faire découvrir l’histoire d’une grande figure de négritude. Le livre raconte à la fois la vie de Césaire, son oeuvre, ses idées et surtout son engagement. À la fin de l’ouvrage, quelques pages proposent des dates-clés et une présentation de la Martinique, pour approfondir et compléter le récit.

Bibi n’aime pas le guérisseur, de Muriel Diallo (éd. Classiques ivoiriens)

Le personnage de Bibi, créé par l’auteure et illustratrice Muriel Diallo, est aussi attachante qu’elle est drôle. Cette série de petits albums publiés par les Classiques ivoiriens cartonne en Côte d’Ivoire, et on comprend facilement pourquoi : des dessins travaillés avec soin, des histoires qui combinent humour et pédagogie. Bibi, petite fille un peu râleuse - toute la série est déclinée autour du thème "Bibi n’aime pas..." - y découvre le monde et finit par aimer les légumes, l’école, le guérisseur... Un régal pour les jeunes lecteurs !

In www.africultures.com