L’éminent homme de culture islamique, Elhadj Abdourahmane Bah est décédé !

article mise à jour : 22 septembre 2013
La Guinée toute entière est en deuil. Et pour cause, Elhadj Tierno Abdourahmane Bah, l’une des figures de proue de l’Islam en Guinée, s’est éteinte ce dimanche dans la ville de Karamoko Alpha mo Labé. Le défunt était l’avant-dernier des neuf fils de Tierno Aliou Bhuubha Ndiyan. Guinée-culture vous livre la biographie d’Elhadj Tierno Abdourahmane Bah.

El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah est l’une des figures de proue de l’Islam en Guinée et au Fuuta-Jaloo. Il est l’avant-dernier des neuf fils de Tierno Aliou Bhuubha Ndiyan, le célèbre waliyu (erudit) Pullo du début de ce siecle. Il naquit à Labé en 1916, troisième des quatre garçons de sa mère, Nenan Mariama Fadi Diallo, qui décédera centenaire en 1978.

Education

Au décès de son père en 1927, El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah, alors âgé de onze ans avait appris à lire et à écrire le Qur’an, premier cycle de l’enseignement traditionnnel au Fuuta-Jaloo. Il s’incrivit chez Tierno Oumar Pereejo à Dar- Labé, où il étudiera de 1927 à 1935. Tierno Oumar etait un des plus brillants disciples formés à l’école de Tierno Aliou, dont il était le neveu. El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah apprit auprès de son cousin les science islamiques étudiées au Fuuta-Jaloo : grammaire (nahaw), droit (fiqh), théologie (tawhid), ainsi que d’autres spécialités (Fannu, Bayan, Tasrif, Maani). Le Tafsir (traduction commentée du Coran) marqua le terme normal des études, et lui conféra, conformément à la tradition, le titre de Tierno, dont les equivalents sont Alfa, dans d’autres provinces (diiwe) et Neene (pour les femmes).

Oeuvre littéraire

Dès ses premières années d’études, El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah manifeste des dons poétiques rééls qu’il exprime dans des morceaux de circonstance en langues arabe et Pular. Il continue toujours cette activité littéraire dans les deux langues.

L’essentiel de son oeuvre en Pular est publiée ici sous le titre " Ƴeewirde Fuuta" (Survol du Fouta).

Les ouvrages en arabe ont été publiés sous le titre "Banaatul-Afkaarii" (Les Fruits des mes Pensées). Parmi eux il convient de citer un tour de virtuosité poétique intitulé Magaalida ’Sa’adaati" (Hommage au Prophète). Ce poème fut originellement rédigé par son père. Utilisant une technique d’écriture connue sous le nom de Takhmisu (porter à cinq), El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah reprit la structure originelle du poème, qui groupait les vers en strophes de deux unités. Il l’augmenta par l’insertion de trois vers nouveaux au sein de chaque strophe. Résultat : un nouveau poème dont les strophes (quinaires) comportent cinq vers chacune, et qui remplacent la structure binaire des strophes du poème initial. L’insertion des nouveaux éléments maintient l’intégrité sémantique et formelle — avec la conservation des rimes et assonances — de l’original.

Parmi les oeuvres en Pular, l’une des plus connues est un hymne au Fuuta-Jaloo, composé en 1946, à l’occasion de la création de l’Association Gilbert Vieillard. Le poème rappelle les diverses formes d’exactions subies par les Foutanke durant la Deuxième guerre mondiale. L’auteur y décrit la beauté de son Fuuta natal, les douceurs de l’environnement physique. Il termine par un appel à l’amour patriotique, l’éducation moderne, traditionnelle et religieuse de la jeune génération.

Un recueil de poèmes didactiques en Pular fut publiée par la Commission culturelle de la République de Guinée pour le Festival Africain des Arts et de la Culture (FESTAC ’77), tenu à Lagos et à Kaduna (Nigeria) en 1977.

Activités publiques

El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah, éminent homme de culture islamique Pular, a également dirigé de multiples activités publiques, et exercé des fonctions administratives.

Depuis 1957, il a participé à plusieurs rencontres internationales islamiques. Parmi elles, il convient de citer notamment la participation en 1957 à Dakar, à la création d’une association islamique, 1964 au Caire, à un colloque organisé par Majmaoul Bouhousoul Islamiyy, 1977 à Nouakchott à un séminaire de formation d’imams, organisé par la Ligue islamique mondiale Raabitatul Maalimul Islaamii.

Il fut maire-adjoint de la ville de Labé (1956-1959), puis commandant d’arrondissement dans différents localités du Fuuta-Jaloo, de 1959 à 1974.

Il fut : inspecteur des medersa, de 1974-76, membre du conseil islamique national chargé du pélerinage a la Mecque, de 1976 à 1984, membre de l’Académie de droit islamique (Majmaoul Faghoul Islamiyy) ; Ministre des affaires religieuses de la République de Guinée de 1984 à 1986.

Les épouses de El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah sont :Hadja Aye Boobo Kaade Diallo, mère de feu Elhadj Boun Oumar ; Hadja Aissatou Tountouroun Sow, dont le fils aîné est Elhadj Safioulaye ; Hadja Lamarana Sall, dont le fils puiné, Elhadj Mouhammadoul Badrou, est l’Imam de la Mosquée Karamoko Alfa mo Labe.

El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah est le père de 28 enfants vivants. Sa première épouse, Aissatou Diari Diallo, mourut en 1958. Elle était la mère de feu El Hadj Ataoullahi Bah, l’aîné des fils de Tierno Abdurahmane ; ingénieur électricien, il devint à sa retraite Imam de la Grande Mosquée Karamoko Alpha de Labé, de 2001 à sa mort subite en Octobre 2003.

Feue Hadja Binta Kompanya Bah (1916-2007) fut la deuxième épouse. Sa fille aînée, Hadja Rayhanatu Bah, est pharmacienne à Labé.

Tous les autres enfants adultes et adolescents de El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah ont frequenté l’ecole francophone, nombre d’entre eux jusqu’au niveau universitaire, comme les deux aînés que l’on vient de citer.

Bien que n’ayant jamais fréquenté l’ecole francophone, El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah lit, écrit, parle et comprend couramment le français, qu’il utilise dans ses communications avec les non-Halpular et non-Arabisants.

Intellectuel accompli, il est toujours comme à la recherche d’une méditation, d’un thème poétique. Il a adopté les produits du progrès moderne, qu’il a d’ailleurs célébrés dans "Kaaweeji Jamaanu men" (Merveilles de notre époque).

Il fut l’un des premiers à Labé à acquérir un récepteur radio, et à s’eclairer à l’électricité. Il est toujours également à la recherche d’une manière efficace d’éducation islamique populaire. C’est ainsi qu’il institua à Labé un cours de formation public avec une heure de causerie, chaque vendredi, sur des questions posées dans de lettres par les fidèles. Cette initiative connut un franc succès dans tout le Fuuta-Jaloo, car les questions venaient de partout, et la fréquentation de la Mosquee de Labe s’accrut considérablement.

Les causeries étaient données avant le sermon de l’Imam, feu El-Hadj Tierno Habib Bah, aîné de Tierno. El-Hadj Tierno Abdurahmane Bah a exercé les fonctions de :

Imam de la grande Mosquée de Labé, de 1973 à 1983,

Imam de la grande Mosquée Faycal de Conakry, d’une capacité de 13 mille places

Imam de la grande Mosquée de Labé, de 1983 à sa retraite en 2005

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