L’historien Djibril Tamsir Niane fait le point de sa bibliothèque incendiée

article mise à jour : 6 mars 2012
Au cours d’une conférence de presse organisée le vendredi 2 mars à la maison de la presse par le ministère de la Culture et du Patrimoine Historique, Djibril Tamsir Niane, historien et homme de lettres a fait le point sur le tragique incendie qui a ravagé sa bibliothèque sise à son domicile à la minière dans la commune de Dixinn, a constaté votre quotidien Guineenews.

Ne pouvant pas estimer pour le moment le coût de la perte en attendant des mains expertes, l’historien africain a repassé en revue la liste indicative de ce que comportait cette bibliothèque avant de partir en fumée dans la nuit du 8 au 9 février 2012.

D’importantes collections y figuraient notamment ‘’la tradition orale et traite négrière’’ écrite par l’auteur de ‘’Soundiata ou l’épopée du Mandingue’’ sous l’égide de l’Unesco. Des enquêtes sur les côtes de Guinée de Boké à Benty et d’autres ouvrages de la même collection ont été faites au Ghana et au Nigéria dont le Professeur Niane détenait pour la publication.

Il y avait aussi des dossiers sur les conférences données par Djibril Tamsir Niane en Afrique et à travers le monde sur l’histoire et la culture africaine. Des dossiers sur les festivals organisés en Afrique singulièrement les premiers festivals des arts nègres à Dakar en 1966, sur la civilisation noire et l’éducation. A côté, se trouvaient également des dossiers sur la ségrégation, le racisme, l’art africain, l’art baga à Boké et Boffa ainsi que des recherches faites sur la capitale de l’Empire du Mali. Car, pendant longtemps, on se demandait où se trouvait la capitale du Mali, a indiqué le Professeur.

Aux côtés des archives, était classé un important lot de dossier sur le congrès de la création de l’association des historiens africains à Dakar en 1972 et Bamako en 2001, celui des panafricanistes en 1966 et des archives sur l’histoire générale de l’Afrique notamment de nombreuses réunions tenues sur l’histoire africaine à Paris, à Dakar, à Cotonou, à Tripoli etc. Des dossiers importants sur la traite négrière qui s’est abattue sur le continent africain du XVème au XIXème siècle qui a dévasté le continent dépeuplant ainsi l’Afrique et la privant de ses bras valides et de son cerveau, se souvient-il.

De tous ces documents, le Professeur Niane a déploré la perte des collections sonores qui détenait à travers lui dans sa bibliothèque. Il s’agit entre autres des traductions orales de Pita, de Wassoulou, du Mandingue, de Djambou, en Guinée Bissau, en Gambie, en Casamance, du Rio Pongo et celles du Fouta Djallon recueillis principalement à Timbo et à Labé.

Il y avait aussi, a-t-il rajouté « d’importantes documentations orales recueillies dans les campagnes, dans les villages auprès des anciens de 1960 à 1980 dans plusieurs pays de la sous-région (Burkina faso, Guinée, Mali, Sénégal) au cours des campagnes de collecte d’informations orales lors des indépendances », déplore-t-il.

Hélas ! La plupart de ces documents sont partis en flamme n’ayant pas eu la possibilité et les moyens de numériser ou de les digitaliser. Mais, tout n’a pas été détruit, se réconforte-t-il en rajoutant « qu’il faut sauver et préserver ce qui a échappé aux flammes ».

Pour le moment, rien n’a été touché à la bibliothèque en attendant que les mains expertes n’arrivent pour évaluer les dégâts. A cet effet, l’Ambassade de France a promis de faire venir deux experts d’archives de la France dans les jours à venir.

Tout résultat que le chef de l’Etat, le Pr Alpha Condé attend afin de contribuer à la reconstitution de la bibliothèque de l’historien Djibril Tamsir Niane, à en croire le ministre de la Culture et du Patrimoine Historique, Ahmed Tidiane Cissé.

Mais en attendant, le ministre a lancé de façon solennelle un appel pressant aux sociétés minières, opérateurs économiques et institutions républicaines accréditées en Guinée afin de voler au secours de l’homme de lettre de l’Afrique qui est le Professeur Djibril Tamsir Niane.

En tout cas, malgré toutes ces pertes d’importantes archives sur la culture africaine notamment des catalogues, des œuvres d’arts, des tableaux et peintures, des atlas historiques France-Europe, des collections inédites, collections présence africaines, des collections sur l’histoire générale de l’Afrique dont un ensemble de huit (8) volumes en français, en anglais, en arabe et traduit en pular, en swali, en espagnol, chinois et japonais, des documents sur l’histoire générale des civilisations en sept (7) volumes de l’orient jusqu’en Grèce avec l’apogée de l’extension européenne et sur l’histoire de l’humanité en sept (7) volumes également, la collection de la grande encyclopédie du XVIIème siècle, des revues françaises du XXème siècle, la revue des historiens africains, les vingt classiques du monde et toute une littérature, le Professeur Djibril garde toujours l’espoir de revoir un jour reconstituer cette bibliothèque à travers des copies doubles qui peuvent être retrouvés à Niamey ou encore à l’Unesco.

A rappeler qu’un incendie d’origine inconnue a consumé la bibliothèque du Pr Niane sise la Minière dans la nuit du 8 au 9 février 2012.

Source:guineenews.com