L’univers des angoissés du ciel dans L’envers en vers…

article mise à jour : 22 août 2011
Dans un univers cerné de toute part par le drame, le chaos, la guerre et le désordre, ce jeune poète, avec son sang bouillonnant par cette triste réalité, braille de toutes ses forces. Résultat ? Il a « pondu » un livre ; L’envers en vers. Ayant pour toile de fond Les angoissées du ciel, survolons l’univers de L’envers en vers hic et nunc…

Au premier champ du coq, le poète appelle un S.O.S pour les « innocents », les angoissées du ciel, pour ceux aussi qui ont les « étoiles attachées, le vent essoufflé ».
Parce que « aujourd’hui plus qu’hier devient néant / devient eau trouble ».
Car, rien ne porte secours au sort.

Et si on l’écoutait un tout petit peu : « Aucun souffle d’espoir / Aucune vague ondulatoire / Pas d’arbre ombrageant / Pas de sourire à l’horizon. »

Résultat ? Notre monde, celui des angoissés du ciel voudrais-je dire, devient une plaine sèche slalomée par des « plaines d’angoisses, des plaines rocailles, des plaines d’espoirs assassinés et de matin trahi. »

Alors les angoissés du ciel ont leur rêve qui s’effondre comme un château de cartes.
« Tout devient trépas » pour eux. Hélas… A chaque « mouvement des yeux la même image : trépas / L’aujourd’hui se résume en désespoir. » Eh wotan !

L’auteur survole aussi d’autres régions des angoissés du ciel. Sa caméra est retenue par Gaza qui se retrouve « dans le courroux de l’envers ».

Le poète interpelle le citoyen du monde envers ces oubliés de l’univers qui se retrouvent de nos jours « aux tréfonds des détresses ». Il n’oublie pas aussi certes tous ces enfants enlisés dans des « sombres angoisses » et ce, « au rythme des tirs / Affolé par les guerriers pyromanes. »

La main sur le palpite, l’auteur exprime son soutien à cette population Gazawite victime de la folie meurtrière d’une clique sanguinaire et corrompue.

Extrait : « Et en vain / Oui en vain / Malgré les pas / les pas les pas / les pas nombreux qui nous séparent / Mon visage s’inonde en larmes / Au gré de la surdité globale ».

Il n’oublie pas aussi Bagdad. Oui, cette ville irakienne qui a connu et continue de vivre la descente aux enfers depuis « l’invasion américaine ».

Pour lui, chaque jour, à Bagdad, se costume en rouge.

« Le temps s’habille en deuil / le vent souffle à l’envers / la terre s’ouvre à des Hommes Pervers / Des âmes vibrent au calvaire. » déclame-t-il.

Hakim Bah ne reste pas à poser cet état de lieu.

L’auteur se demande – sans avoir de réponses hélas – « combien d’innocents verseront leur sang ? / Laisserons leur être / Pour que le soleil souriant / Le soleil brillant de midi / Le soleil rassurant / Submerge le sol de ses lampes. »

Hakim Bah, ce jeune poète, après avoir survolé subrepticement ces régions « d’ailleurs » des angoissés du ciel, est revenu sur ses pas visiter ou revisiter le fameux camp Boiro de son pays. Cette prison où selon certains observateurs des dizaines de milliers de guinéens ont croupi dans l’iniquité et la cupidité d’une élite en soif de sang.

Pour lui, cette prison représente la « Raison de ceux qui n’ont en vérité jamais eu de raison ».

Le politique n’est pas aussi exempt de ce recueil de poème.

Dans L’envers en vers, le poète nous peigne avec finesse ce que représente le politique à ses yeux. Hakim Bah croit qu’avec ces assoiffés du pouvoir, c’est du « Elu, vive le moi / Se refermant en toi / La lune pénombre salue ».
Ce qui aboutit à donner une « morose saison sangsue » où « seuls les proches se peignent en dorure. »

Et les autres dans tout ça ? Ah ! les fameux autres… la populace. « Enlaidi de misère », le peuple végète dans la pauvreté de son peuple et sans qu’aucune main pour ne vienne la sauver depuis des décennies.

Il regrette par surcroît que « malgré les nombreux cours d’eau » qui rythment son pays, La Guinée n’a « point d’eau pour rafraîchir son être » ni d’électricité dans son gîte, et ce, de jour comme de nuit.

Dans ce cauchemar du vent nocturne où les ampoules d’espoir s’éteignent, le jeune poète peint aussi son Afrique. Façon pour lui sans nul doute d’exprimer son amour pour ce continent toujours dans le dernier wagon du développement.

Extrait : « Afrique / O belle Afrique appauvrie / Dévêtues de tes épopées mystérieuses / Engendrant des conflits banals / Imposant des monarques impériaux / Prônant des harangues broussailles / Au fond des politiques bancales / Semant des cris anormaux / Dans les ténèbres des annales / Barbouillé des calamités occidentales/ Car des dirigeants aux inertes promesses pyramidales. »

Ou encore : « Afrique : Sous-sol arrosé de richesse / Parfumé du muse de sagesse / Nous berçant sans cesse / Traînée aux tréfonds des misères / Dans les couloirs des douleurs / Par le monstre de l’intérieur. »

Face à ce toit lugubre que connaît les angoissés du ciel, Hakim bah termine par cet engagement : « Nous essuierons tes larmes / Libérerons ta parole en pleur ».

Pour ces êtres de nulle part « En quête de ciel azuré », le jeune poète leur demande de revenir vers ses origines.

Extrait : « Reviens ! Quand tu trouveras la voile azuré des tropiques… / Quand tes désirs satisfaits ».

Sa requête ne se limite pas à cela. Le poète, sachant la solitude de l’aventure, exhorte son frère qui se trouve sur « les longues routes de l’aventure » de construire au fond de lui « un toit » de chez lui.

L’auteur pour finir tend la main à ce qu’il appelle l’ « aube des satins » et ce, pour qu’elle « caresse le murmure des invisibles / Fait éclater le murmure des invisibles / Fait éclater le feu d’espoir / Feu de fleur / Abat la bête de la nuit / Déchire le glapissement des candides. »

L’auteur promet enfin de compte une vengeance envers tous les crétins, ces « insectes du mal ».
Ces élites pour parler clair qui ont bousillé la vie de son peuple. Ils doivent payer leur déconfiture, leurs échecs.
Ils « Payeront / Payeront et périront / Comme des combattants vaincus. » renchérit-il.

Ce jour-là, il promet de chanter « le chant des oiseaux / Pour que la joie reste / reste et demeure pour une éternité ».

Comme on le voit, dans un style où mot et rythme dansent, ce jeune qui croit diantre ! que sa plume reconstruira et changera la donne mérite d’être logée en première enseigne dans nos bibliothèques ; et non assiette-thèques, et ce, pour s’imbiber de ces idées novatrices.
Publié par les Editions l’Harmattan Guinée, Hakim Bah avec ce premier recueil de poème est un jeune qui compte désormais dans l’espace littéraire de la Guinée.