La Journée Solomana Kanté : zoom sur l’inventeur de l’écriture n’ko

Publié par : Amara Nabé •  article mise à jour : 27 novembre 2017
La Journée Solomana Kanté : zoom sur l’inventeur de l’écriture n’ko

Placée sous le haut patronage du Pr Alpha Condé, président de la République, sous le label du Ministère de l’Éducation Nationale et de l’alphabétisation, et dans le cadre de l’événement Conakry Capitale Mondiale du livre, LA JOURNEE SOLOMANA KANTÉ s’est déroulée dans la salle Sory Kandia Kouyaté du Centre Culturel Franco Guinéen, ce dimanche 26 novembre 2017.

C’est à l’occasion du 30ème anniversaire de la disparition de l’inventeur de l’écriture N’ko, que cette cérémonie a lieu. Démarrée à 9h, la cérémonie a connu la participation de plusieurs membres du gouvernement ainsi que des professeurs des centres et académies n’ko, également la famille Solomana Kanté.

La rencontre a commencé par l’accueil des invités et la récitation de certains cantiques de cette écriture. Solomana Kanté est né en 1922 à kölönin dans le district de soumankoï, sous-préfecture de Karifamoudouya, préfecture de kankan.
Fils d’Amara et de Diaka Keita, son père fut un grand maître d’une école coranique très florissante à soumankoï où plus de 300 élèves venus de différentes tribus de l’Afrique de l’ouest dont : Bambara, Maninka, Dioula, Mandingo et Mini, venant apprendre ou parfaire leurs instructions islamo-coranique. La mort d’Amarna en 1941 marquera un tournant décisif dans la carrière de Solomana Kanté qui n’avait que 19 ans.
Solomana Kanté qui occupait alors le 12ème rang des enfants d’Amara eut le privilège de se voir confier toutes les responsabilités de l’école paternelle qu’il assurera sous la conduite de ses aînés.

A l’école de soumankoï, on enseignait la théologie islamique et les programmes comportaient des cours théoriques et des séances de travaux productifs permettant d’assurer l’autosuffisance alimentaire de l’établissement.

Ainsi, la mort du grand maître Amara occasionnera la dispersion des grands élèves qui avaient achevés leur instruction et l’abandon des débutants qui non seulement ne représentaient plus la force de production suffisante, mais ne bénéficiaient pas aussi de la subvention du Gouvernement colonial.

Pourquoi l’invention de l’écriture n’ko ?
En 1944 à Bouaké pendu ses nombreuses lectures, il rencontra les récits d’un journaliste Libanais du nom de Kamel Marouah ; celui-ci avait pour vocation d’informer l’opinion de son pays sur la vie des autres Libanais vivant dans les colonies françaises et anglaises de l’Afrique noire dans un journal écrit en langue arabe et dénommé : « Nous sommes en Afrique » ; dans lequel il s’indignait le peuple africain en ces termes : « l’Afrique noire recèle de plusieurs dialectes non écrits ; ceci ne sera possible que quand les Gouvernements Africains auront décidé de leur transcription à l’exemple des prêtres qui ont fait des essais de transcriptions de la bible dans certains dialectes ; malheureusement ces tentatives ont été vouées à l’échec à cause de l’absence totale de règle grammaticale permettant de bonnes dispositions dans la segmentation syntaxique des phrases », déclarait-il avant de féliciter la seule tribu Africaine du Libéria les ‘’N’fayinka’’, qui à l’époque possédait un Alphabet composé de 150 lettres pourtant dépourvu de la lettre .

C’est cette conclusion du journaliste Libanais qui a touché la sensibilité de Solomana Kanté jusqu’à l’empêcher de manger et de dormir ; ainsi, tout seul, Solomana trouvera la réponse à cette indignation en répliquant : « Nous n’avons certes pas d’écriture c’est vrai ; mais que nos langues locales sont toutes dépourvues de règles grammaticales permettant de bonnes dispositions dans la segmentation syntaxique des phrases, ça c’est faux et archi faux », répliqua Solomana Kanté après plusieurs tentatives de rencontrer physiquement le journaliste Libanais, le jeune chercheur Solomana prît l’engagement de transcrire sa langue maternelle le Maninka, en utilisant les caractères arabes qu’il maîtrisait parfaitement.

En Avril 1944, l’auteur écrit son premier syllabaire et commença à s’intéresser à la traduction des livres théologiques islamiques en 1945. Cette première expérience s’étant confrontée à une difficulté de différencier les tonalités qui sont indispensables à nos langues vernaculaires. Ce blocage a été le tournant de sa recherche.

C’est ainsi qu’il les abandonnera et créera son propre alphabet phonétique au petit matin du 14avril 1949, qu’il baptisera le « N’ko », en souvenir de l’école coranique de son père ; car le N’ko était devenu le seul terme commun à tous les dialectes parlées par les élèves de l’école de soumankoï.

Le N’ko qui signifie en français ‘’je dis’’, est devenu le terme d’unification du Mandingue, et l’alphabet qui prît son nom permet d’écrire toutes les langues Guinéennes, Africaines et voir le Russe et le Chinois sans difficulté aucune.

Du 14 avril 1949 au 27 novembre 1987, le savant Guinéen a appliqué son alphabet aux domaines les plus vastes et variés de la connaissance humaine, Solomana Kanté, chercheur infatigable et pédagogue chevronné à travers cet alphabet, a également transcrit 183 œuvres de toutes les sciences confondues ; le grand maître laisse derrière lui une bibliothèque de 179 œuvres écrites, et tira sa révérence le 23 novembre 1987, au quartier Bonfi marché laissant deux veuves et seize enfants dont six filles.

Kanté Mariam
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