La bibliothèque nationale : Un patrimoine qui meurt

article mise à jour : 11 octobre 2012
La bibliothèque nationale offre un spectacle désolant voire désespérant. Outre la saison pluvieuse qui a laissé des traces émouvantes, l’institution est confrontée à d’énormes difficultés d’équipements et de personnels qualifiés. Reportage…

La bibliothèque nationale officie dans l’enceinte du musée de Sandervalia dans la commune de Kaloum. L’ambiance est morose dans « la case » qui sert d’abri pour ce patrimoine national. Pas de lecteurs ce Mardi matin moins encore de visiteurs. Dans la grande salle de lecture, des piles de documents sens dessus-dessous sur des tables alors que la grande majorité jonchent sur le sol ou simplement rangée dans de cartons. Ce décor est conséquence des grandes pluies qui se sont abattues les mois précédant sur la capitale. « Il y a eu des écoulements d’eau à partir de la toiture. Nous avons été alors inondés et beaucoup de documents ont été détruits », se désole Dr Baba cheick Sylla, directeur de la bibliothèque craignant le pire les jours à venir avec des vents violents qui caractérisent la fin de l’hivernage.

Difficile d’évaluer la perte dans cette institution étatique. Néanmoins, M.Sylla qui tient ce département depuis plus d’une décennie peint un bilan ennuyant : « La perte est énorme. Il s’agit de la destruction des documents généraux : des publications de chercheurs guinéens et africains, des mémoires d’étude, des documents spécifiques, des journaux, des archives… », dit-il.

La direction n’a pas pour autant croiser les bras devant le danger imminent de disparition que court la bibliothèque nationale. Elle utilise ses maigres moyens pour sauver les livres des eaux de l’inondation. « Nous n’avons pas les moyens de couvrir la toiture. Mais nous avons pu alerter les autorités qui n’ont pas encore réagi », s’offusque M. Sylla qui rêve d’un local digne de ce nom pour la sécurisation des documents : « Nous sommes dans une maison de fortune (une case des hôtes du musée). Ce n’est pas un local fiable pour une bibliothèque nationale », a-t-il dénoncé.

Un projet lancé par la direction pour la numérisation de la bibliothèque nationale...

L’autre ambition de Dr Baba Cheich Sylla, numérisé tous les livres de la bibliothèque. Ce projet a démarré depuis quelques mois mais bat de l’aile, faute de financement. « Nous avons déjà numérisé toute la collection syli phone de la première république et les autres musiques produites à l’époque. La prochaine étape sera consacrée aux documents de l’esclavage et de la traite », a tenue à souligner le directeur de la bibliothèque nationale.

A cette difficulté majeure s’ajoutent d’autres comme le manque d’équipement, celui d’un personnel qualifié et de ressources financières, l’exiguïté de la salle de lecture. La colère de M. Sylla monte d’un cran à ce niveau en dénonçant un manque de budget de fonctionnement de son institution. Il appelle alors l’Etat à faire face à sa bibliothèque au risque de voir cette institution de souveraineté disparaitre un jour (Chic !).

La bibliothèque nationale est née des cendres de l’institut fondamental d’Afrique (IFAN) crée en 1960 puis de l’institut national de recherche et de documentation(INRDG).

Moussa DIAWARA