La cité d’évasions poétiques

article mise à jour : 27 octobre 2011
Zienab Koumanthio Diallo. Ce nom vous dit certainement quelque chose. Tous – ou presque - tant que nous sommes avions parcouru son roman "Le mariage par colis" dans les basses classes. Aujourd’hui classée parmi les pionnières de la poésie guinéenne, le recueil de poèmes "Les rires de silence" est sa dernière livraison mentale. Entrons donc dans cette maison bâtie par la poétesse…

D’entrée de jeu, l’auteure nous avertit dans la préface sur ces intentions : Ce recueil est un grand hymne à l’amour et à la douleur de l’amour. Loin d’elle, alors le cœur se larmoie de l’absence de l’être chéri, Koumanthio, dans « le ressac des vœux pluriels » parle à son « ami » de la maison qu’elle a bâtie pour eux.

Pour « la rejoindre dans cette cité d’évasions poétiques », son cher amant devrait « emprunter le sentier de l’amour ».

La poétesse peint de manière sculpturale cette maison d’amour.
« Bâtie dans le ventre de l’aube », cette maison ayant « une couleur d’espérance » mais aussi « adossé sur l’espoir infini du vide » sans prendre le risque d’enfouir « le passé rebelle » qu’ils ont connu voire vécu ensemble. Qu’est juste ce passé qui ressurgit sans cesse ?

Koumanthio avec un style très concis affiche sans « pudeur » son manque de sensation depuis le départ de l’amant et vice versa.

Diantre ! Écoutons- là : « Orphelin / de ma chair chaude / je te sens pleurer ce manque / Et mon chant que, chaque matin / je t’offrais dans la tiédeur des draps… ». Ce n’est pas finit go !

« Tu / penses à tes râles / Dans nos longues nuits d’hiver. / Tu penses à ma bouche / qui recueillait tes yeux / les soulait, les dessoulait de ma présence… »

Ou encore : « Tu / penses, / O Marginal aveugle, / à toutes nos larmes plurielles / qui tombaient du rythme régulier / de nos corps en transe. » Le meilleur est à venir, dit-on.

Et c’est : « Tu / peux imiter le son divin de la flute / du berger peul, la souplesse de la kora mandingue / la force du tam-tam sauvage. / Pourvu que me parviennent ta voix. » Waou ! diront les chérubins devant un scénario à la PlayStation.

J’attendrai, Oui ! J’attendrai….

Dans Les rires du silence, Koumanthio ne se limite pas seulement à cartographier pour l’amant parti sur le difficile chemin de l’aventure la maison bâtie et les sensations connues aujourd’hui en sevrage. L’auteure transcende cet état pour proposer à sa douce moitié une chance qu’ils revivent le passé, leur passé. D’où sa décision d’attendre.

J’attendrai ! Oui j’attendrai dit-elle que « les griots / disent les hauts faits de mes ancêtres. » Surtout qu’ils remettent en selle « ceux que le temps méchant a enterrés, / derrière les murs de leurs citadelles » alors qu’ils font parti de « ceux qui ont brandi l’épée / contre le lion pour sauver leur cité. »

J’attendrai, Oui ! J’attendrai dit-elle « le temps de composer des airs de grandeur / au parcours impérissable » dans le but de « magnifier les / irréductibles. » C’est cela Les rires du silence…

L’auteure continue sur cette même lancée.

« Mais / J’attendrai, crois-moi / J’entendrai que le feu de ton regard / embrase mon cœur » pour que mes bras par exemple, « saoulées du vin de l’amour, dévalent le long de ton cœur de cristal. »

Dans cette errance tutélaire, l’auteure exigerait l’accompagnement de la flute pastorale et l’arc musical des peuls du Fouta Djallon. Pourquoi cela vous demandez-vous ? Parce que tout simplement elle aime.

Oh ! Qu’elle aime…

Lisons : « J’aime / quand mes profondeurs / t’acclament et s’étirent… J’aime / les veillées pastorales / quand elles nous retiennent toute la nuit… J’aime / quand ta voix mélodieuse caresse / les parois de les oreilles dépourvues de défense. »

Koumanthio n’oublie pas aussi d’avertir dans cet hymne à l’amour tous les amoureux.

« Le chemin de l’amour n’’est pas seulement orné de roses / au parfum enivrant. Le chemin de l’amour est truffé / de cœurs saignants » assure-t-elle.

Bof ! « Derrière chaque bouquet de rose, / chaque instant, deux cœurs s’attirent et se déchirent. » Hélas ! mille fois hélas…

Les rires du silence est aussi ce recueil de poème qui exprime avec brio le désir de l’amoureux. Koumanthio n’y va pas avec des pincettes.

« J’ai / la gorge embouteillée / de désirs inassouvis. » dira-t-elle en substance. Résultat ? L’auteure quémande du plaisir, de l’amour.

« Donne-moi la chance de réveiller / le démon plaisir dont nous seuls connaissons le temple de dormance. » Sa requête ne se limite pas seulement à cela. Elle ne rechignerait pas une « besace » remplis de mots simples mais « doux comme les chuchotis / des abeilles amoureuses. »

Les âmes outragées dans Les rires du silence

Vidant son sac, Koumanthio chante aussi pour ce qu’elle appelle « les âmes outragées. » Pour toutes celles qui « croient en la pérennité de la virginité de nos promesses », l’auteure promet de chanter haut et fort pour ces « folles de la folie des autres ».

Toujours dans ce méli mélo amoureux où l’amant est absent, Koumanthio fait le diagnostic, très sévère certes, de cette absence. Pour elle, elle ne voit « qu’une pavé jonché de cœur meurtri » où l’on entend « les pleurs des sexes sevré » et qui « confonde leur misère dans une chorale de sauriens têtus. »

La main sur le palpite, notre auteure attend malgré ce comportement pas salutaire de l’amant, l’abandon par ce dernier des épines au profit de s roses. Pour cela, il doit vite « venir pour égrener / le lourd chapelet de plaisirs accumulés » pour qu’ils vivent enfin « Passionnément, / Obstinément les choses de la vie. »

Koumanthio dans le cercle des poétesses restreintes primées

Ayant à son actif plusieurs ouvrages dont 4 recueils de poèmes, Zeinab Koumanthio Diallo avec Les rires du silence a reçu en 2005 le Prix du Président de la République de Guinée au concours littéraire organisé par le Pan africaine des Écrivains.
Co-fondatrice du Musée du Fouta Djallon et du célèbre Théâtre du Musée de Labé, Koumanthio y a d’ailleurs mis en place une section consacrée à la poésie et aux contes avec la participation de beaucoup de jeunes. Que dire d’autres si ce n’est que Les rires du silence est une thérapie pour les sevrés en sensualité et que ce recueil de poèmes emmitouflé dans un style très simple peut être obtenu aux Editions L’harmattan-Guinée…