La musique africaine perd Ibrahima Sylla de Syllart Productions

article mise à jour : 31 décembre 2013
Le célèbre producteur Ibrahima Sylla est décédé lundi à Paris, des suites d’une longue maladie. Il avait 57 ans. Beaucoup d’artistes du continent lui doivent leur carrière.

La grande famille Syllart Productions est en deuil. De Dakar à Kinshasa et de Bamako à Cotonou, tout ce que la scène musicale africaine de la sphère francophone compte de révélations apparues au cours des trois dernières décennies pleure aujourd’hui son principal découvreur de talents, en même temps qu’un "ami" et un "frère". Ibrahima Sylla, producteur de génie, est décédé à Paris le 30 décembre, des suites d’une longue maladie au crépuscule de 2013.

"C’est grâce à lui que le monde m’a découvert", se souvient, ému, le Sénégalais Ismaël Lô, qui doit à cet inlassable défricheur son ascension internationale. C’est avec Sylla qu’il enregistre Tajebone, le single qui le propulsera. Et lorsque Barclay, par l’odeur alléché, se présente à sa porte, l’artiste sénégalais renâcle à céder aux avances de la major. "On n’était lié que par un contrat moral, mais il m’a dit : “Sama rakk, denga doff !" ["Petit frère, tu es fou ou quoi !"] Il m’a presque tordu la main pour que je signe avec eux ! Son associé Alain Jossé, son associé rencontré au lycée en 1969 et qui l’a rejoint en 1988 pour tenir ses affaires au Sénégal, confirme : "Il souhaitait qu’un artiste grandisse, quitte à aller voir ailleurs."

Des musiques africaines sans frontières

Pour ce Sénégalais né en 1955 en Côte d’Ivoire de parents d’origine guinéenne et qui sera inhumé à Dakar, les traditions musicales de l’Afrique occidentale et centrale étaient la seule boussole, l’exigence son seul credo. "Il ne lésinait pas sur les moyens et mettait le level très haut", résume Ismaël Lô. D’Orchestra Baobab à Baaba Maal et de Salif Keita à Alpha Blondy, en passant par Oumou Sangaré, Koffi Olomidé ou Zaïko Langa Langa, Ibrahima Sylla promenait sa passion exigeante d’un bout à l’autre de ce continent dont il avait exploré avec succès quasiment tous les styles. "À part le rap, précise Alain Jossé. Ce n’était pas de notre génération, on n’y comprenait rien."

"Je suis passé le voir à Paris le 6 décembre dernier, à l’occasion d’un concert au Théâtre de la Ville, confie Ismaël Lô. Sur son lit, il continuait à travailler sur le dernier Africando". C’est avec, en tête, les accents de ce groupe dont il fut le mentor, fusionnant sonorités musicales et linguistiques des quatre coins de cette Afrique dont il ignorait les frontières et de la Caraïbe avec laquelle il n’avait jamais rompu le fil, qu’Ibrahima Sylla s’en est allé rejoindre au Paradis des musiciens Tabu Ley Rochereau, l’ancien guest d’Africando, parti un mois avant lui.

Par Jeune Afrique